Le Principe responsabilité (en allemand Das Prinzip Verantwortung) est l'ouvrage le plus connu de Hans Jonas (1979). Notamment en Allemagne, il a connu une réception qui a dépassé le cercle philosophique et a même été cité au Bundestag allemand.

Dans ce livre, Hans Jonas part de la question « pourquoi l'humanité doit exister ? » L'existence de l'humanité dont l'impératif semble aller de soi, n'est plus du tout un fait assuré de nos jours. Au contraire, par son énorme pouvoir qu'il a avant tout grâce à la technique moderne, l'homme a désormais les capacités de s'autodétruire en peu de temps — c'est pourquoi il y a ici une nouvelle question qui doit entrer dans le domaine des considérations éthiques.

En se référant à sa philosophie de la biologie, Hans Jonas fonde l'impératif que l'homme doit exister, vu qu'il a, comme tout être vivant, une valeur absolue qui lui est inhérente et qu'il s'agit par conséquent de protéger quoi qu'il en coûte.

Dans la pratique, cela signifie que doit être interdite toute technologie qui comporte le risque — aussi improbable soit-il — de détruire l'humanité ou la valeur particulière en l'homme qui fait qu'il doit exister. Hans Jonas désigne cet impératif par la formule in dubio pro malo. Cela veut dire que s'il y a plusieurs conséquences possibles de l'emploi d'une technologie, il faut décider en fonction de l'hypothèse la plus pessimiste.

Fondamentalement, Hans Jonas pense qu'il faut refonder l'éthique ancestrale, basée sur l'homme vivant en "cités", citadelles autonomes où l'homme crée son monde et sa morale, sans toucher vraiment à l'être du monde (la nature versus la cité grecque). Cette morale ancienne était morale du présent et du rapport interpersonnel. Elle est dépassée.

L'emprise technico-scientifique change la donne: l'homme et ses cités, mondialisées aujourd'hui, dominent le monde (la nature) et la changent sans cesse vers on ne sait où. L'éthique doit donc abandonner le présent et l'interpersonnel et se projeter sur l'avenir et le collectif, en particulier sur l'avenir de l'humain, être qui, ontologiquement, selon Jonas, doit continuer à exister..

Hans Jonas a souvent été accusé d'être hostile à la technique et à son progrès. Il a cependant refusé ce reproche. Il a même vu une nécessité de faire progresser la technique afin de pouvoir trouver des remèdes aux dégâts déjà causés par elle. Mais ce à condition que la technique et la recherche soient pratiquées dans un cadre bien défini et sous des conditions bien contrôlées: qu'elle ne puisse nuire à la permanence ontologique de l'homme.

Pierre Rabhi : « La COP21 ne s’attaque pas aux sources des déséquilibres »

 

Le Monde.fr | 28.10.2015  

Pierre Rabhi, figure de l'écologie et de
 l'altermondialisme, en 2010, à Paris.

Entre deux conférences, la promotion de ses derniers livres et la rédaction d’un manifeste, prélude au lancement d’un forum citoyen, Pierre Rabhi nous a reçus chez lui, à Montchamp, hameau paisible d’Ardèche. Le paysan-philosophe de 77 ans, chantre de l’agroécologie, ne se fait guère d’illusion sur l’issue de la COP21 et appelle à quitter le culte de la croissance indéfinie. L’agroécologie qu’il défend promeut, entre autres pratiques agricoles, la pluriculture, le compostage ainsi que la recherche de complémentarité entre espèces, et cherche à intégrer l’ensemble des paramètres de gestion écologique de l’espace cultivé tels qu’une meilleure utilisation de l’eau, la lutte contre l’érosion, la réintroduction des haies, le reboisement et la biodiversité.

Dans un mois, les dirigeants de 195 pays se penchent sur le futur de la planète. Qu’attendez-vous de la Conférence de Paris sur le climat ?

Pierre Rabhi Il ne sortira rien de cette énième grand-messe. J’ai du mal à croire que les changements structurels nécessaires y soient actés. Il faut entrer dans une nouvelle ère, celle de la modération : modération de la consommation et de la production. Les Etats vont-ils décider d’arrêter la pêche industrielle et l’agriculture intensive, et ainsi cesser de piller les océans ou la terre ? Vont-ils réfléchir à un juste partage des ressources entre Nord et Sud ? Je n’y crois pas. Or il y a urgence, car ce n’est pas la planète qui est en danger mais l’humanité. La Terre, elle, en a vu d’autres. Ce que je reproche à la COP21, c’est de faire croire que ces discussions permettent de résoudre les problèmes, alors qu’on ne s’attaque pas aux sources des déséquilibres. C’est le même travers que celui de l’humanitaire, qui consiste à être généreux envers des personnes que le modèle a rendus indigents.

Pourtant, mi-octobre, l’organe de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture et le ministre français de l’agriculture ont déclaré que la sécurité alimentaire devait jouer un « rôle central » dans les discussions de la COP21…

La problématique de l’alimentation est majeure et n’est pas, en effet, traitée comme il se doit. Au Nord, l’alimentation est de plus en plus frelatée, la façon de la produire est destructrice de sols et d’environnement; au Sud, les peuples souffrent de pénurie chronique. Il faut donc une remise en question complète de notre modèle. Vont-ils l’aborder sous ce prisme ?

 

Le paysan retraité et écologiste Pierre Rabhi, en 2011 dans son jardin
 de la ferme de Montchamp, près de Berrias-et-Casteljau (Ardèche).
 
Le paysan retraité et écologiste Pierre Rabhi, en 2011 dans son jardin de la ferme de Montchamp, près de Berrias-et-Casteljau (Ardèche).  

 

L’agroécologie est davantage présente dans les discours et même incluse dans la loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt, adoptée en France. Mais au lieu de vous réjouir, vous craignez, dans votre dernier livre, qu’elle soit récupérée, dévoyée…

Cela fait des années que nous travaillons avec Terre et Humanisme [association créée par Pierre Rabhi il y a vingt et un ans] pour diffuser l’agroécologie, dont on parle maintenant comme étant la meilleure façon de produire. En 1981, lors de notre expérience au Burkina Faso, nous montrions déjà que cette approche était la solution pour des paysans qui avaient appauvri leur sol en utilisant des engrais chimiques et opté pour la monoculture pour se plier aux lois de la mondialisation. Grâce à l’agroécologie, ils ont pu retrouver leur autonomie alimentaire. Alors évidemment, je me réjouis de cette reconnaissance. Mais, dans le même temps, quand je vois des multinationales, des groupes agroalimentaires se référer à l’agroécologie, oui je m’interroge. L’agroécologie, ne se résume pas à des techniques, mais répond à une éthique de vie qui consiste à préserver la terre en tant que patrimoine. Un parallèle peut être fait avec l’engouement actuel pour le bio.

C’est-à-dire ?

Le bio, c’est très bien, mais on peut manger bio et… exploiter son prochain, ce n’est malheureusement pas incompatible. Ce que je veux dire, c’est que tous les beaux mots, bio, COP21… tout cela ne sert à rien si nous ne travaillons pas à une alternative, si l’humain n’entreprend pas un travail d’introspection, car le problème est en nous. Il faut évoluer, quitter le culte d’une croissance indéfinie, du toujours plus, de cette accumulation de biens, qui ferait prétendument notre bonheur. La consommation d’anxiolytiques et les inégalités sans cesse croissantes démontrent le contraire. Il faut s’engager dans la puissance de la modération, de la sobriété.

N’est-ce pas illusoire de penser que l’agriculture conventionnelle puisse effectuer un virage à 180 degrés et changer de modèle ?

Il ne faut pas partir vaincu, même si ce sera évidemment très difficile. Le monde de l’agriculture porte un contentieux séculaire. Le paysan a de tout temps été le « pauvre type ». La civilisation moderne l’a affublé de tous les qualificatifs négatifs. Puis un beau jour on lui a dit : « Paysan, tu vas devenir moderne, tu vas avoir des machines, tu ne seras plus un plouc mais un exploitant agricole. » On leur a fait miroiter un changement de statut et ils se sont fait piéger. Aujourd’hui, ils alimentent tout le monde – les banques avec leurs emprunts, les industriels avec l’achat du matériel et des produits chimiques – tout en s’appauvrissant eux-mêmes. Plutôt que de dire je suis paysan et j’en suis fier, au lieu de donner toute sa beauté à l’agriculture, la modernité les a humiliés, en a fait des martyrs. Il faudra une profonde et difficile remise en question du monde paysan pour parvenir à faire machine arrière.

D’un autre côté, il existe aussi une montée de l’engagement citoyen, un foisonnement de projets, agricoles ou non, qui se développent dans les territoires. C’est plutôt porteur d’espoir…

La société civile est en train de se forger un nouvel imaginaire face à un système à bout de souffle, dont le déclin se traduit par la montée du chômage, de la pauvreté et de nombreux déséquilibres. Comme ce système n’est plus rassurant, les citoyens cherchent des alternatives. Les innovations sociales qui se multiplient sur les territoires, dans l’écologie, les énergies renouvelables, l’éducation… sont autant d’expérimentations qui vont assurer le futur. Si nous avions des politiques intelligents, ils appuieraient ces initiatives qui émanent de la société civile. Au lieu de cela, ils s’acharnent à faire tenir coûte que coûte un modèle moribond, car ils n’arrivent pas à se détacher de leur précepte fondamental qui est la croissance économique à tout prix.

Encore faut-il mettre en musique ces expérimentations pour leur donner de l’ampleur…

C’est pourquoi, à notre échelle, nous envisageons de lancer une plate-forme citoyenne, un forum civique qui révélera tout ce qu’entreprend la société civile. Un inventaire dynamique des alternatives, en quelque sorte, qui permettra, quelques mois avant les échéances de 2017, de montrer aux politiques ce que font les citoyens.

  Frédéric Cazenave

Lave ta cuillère !

Y a-t-il une vie avant la mort? Pierre Rabhi

Plaidoyer pour l'altruisme

Le progrès, c'est nous !

Le texte intégral de l'encyclique "Laudato Sii" / et les 10 phrases clés

Publiée officiellement par le pape François jeudi 18 juin 2015, voici l'intégralité de l'encyclique sur l'écologie, intitulée : Laudato Sii – Pour la sauvegarde de la maison commune.

http://pdf.lu/eQ7H

Voici les phrases clés de ce texte:

1 ● «J'adresse une invitation urgente à un nouveau dialogue sur la façon dont nous construisons l'avenir de la planète. Nous avons besoin d'une conversion qui nous unisse tous, parce que le défi environnemental que nous vivons, et ses racines humaines, nous concernent et nous touchent tous.»

2 ● «Il existe un consensus scientifique très solide qui indique que nous sommes en présence d'un réchauffement préoccupant du système climatique (…) L'humanité est appelée à prendre conscience de la nécessité de réaliser des changements de style de vie, de production et de consommation, pour combattre ce réchauffement ou, tout au moins, les causes humaines qui le provoquent ou l'accentuent.»

3 ● «Il y a, en effet, une vraie “dette écologique ”, particulièrement entre le Nord et le Sud, liée à des déséquilibres commerciaux, avec des conséquences dans le domaine écologique, et liée aussi à l'utilisation disproportionnée des ressources naturelles, historiquement pratiquée par certains pays.»

4 ● «La faiblesse de la réaction politique internationale est frappante. La soumission de la politique à la technologie et aux finances se révèle dans l'échec des Sommets mondiaux sur l'environnement.»

5 ● «Tout est lié (…) Toute approche écologique doit incorporer une perspective socialequi prenne en compte les droits fondamentaux des plus défavorisés. (…) Puisque tout est lié, la défense de la nature n'est pas compatible non plus avec la justification de l'avortement (…) la dégradation de l'environnement et la dégradation sociale, s'alimentent mutuellement.»

6 ● «Le XXIème siècle, alors qu'il maintient un système de gouvernement propre aux époques passées, est le théâtre d'un affaiblissement du pouvoir des États nationaux, surtout parce que la dimension économique et financière, de caractère transnational, tend à prédominer sur la politique. Dans ce contexte, la maturation d'institutions internationales devient indispensable, qui doivent être plus fortes et efficacement organisées, avec des autorités désignées équitablement par accord entre les gouvernements nationaux, et dotées de pouvoir pour sanctionner.»

7 ● «L'heure est venue d'accepter une certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources pour une saine croissance en d'autres parties.»

8 ● «Les prévisions catastrophistes ne peuvent plus être considérées avec mépris ni ironie. Nous pourrions laisser trop de décombres, de déserts et de saletés aux prochaines générations. Le rythme de consommation, de gaspillage et de détérioration de l'environnement a dépassé les possibilités de la planète, à tel point que le style de vie actuel, parce qu'il est insoutenable, peut seulement conduire à des catastrophes

9 ● «C'est un retour à la simplicité. La sobriété, qui est vécue avec liberté et de manière consciente, est libératrice. Ce n'est pas moins de vie, ce n'est pas une basse intensité de vie mais tout le contraire. Le bonheur requiert de savoir limiter certains besoins qui nous abrutissent, en nous rendant ainsi disponibles aux multiples possibilités qu'offre la vie. L'heure est arrivée de réaliser que cette joyeuse superficialité nous a peu servi.»

10 ● «Il ne suffit pas de concilier, en un juste milieu, la protection de la nature et le profit financier, ou la préservation de l'environnement et le progrès. Sur ces questions, les justes milieux retardent seulement un peu l'effondrement. Il s'agit simplement de redéfinir le progrès

 


 

 

Pascale Homeyer /Emeline Guillaume / Gaz de schiste enjeux environnementaux et économiques

Rapport complet en PDF

 

http://pdf.lu/1A8Q

 

RESUME
Ce rapport vise à discuter des éventuels impacts de l’exploitation de gaz de schiste en
France. Il s’intéresse en particulier aux incidences de la technique de fracturation
hydraulique sur l’environnement. Les données quantitatives et qualitatives sont tirées de
l’expérience américaine car l’interdiction de la fracturation hydraulique a empêché
l’exploitation des gaz de schiste en France. Les États-Unis ont en effet suffisamment
d’expérience en la matière puisque 50 000 puits ont été forés sur les quarante dernières
années. Les émissions de gaz à effet de serre sont également évaluées et comparées aux
autres énergies fossiles, du point de vue de l’analyse de cycle de vie. La consommation d’eau
des puits est aussi estimée. Elle permet d’examiner les divers conflits d’usage de l’eau qui
peuvent survenir étant donné les grandes quantités d’eau utilisées pour la fracturation
hydraulique. Cette étude aborde et critique la disponibilité des ressources gazières
potentielles par rapport à la consommation actuelle de gaz et sa probable évolution. Ce
rapport examine le nouveau code minier et apporte des éléments de compréhension par
rapport aux nombreux mouvements de contestation toujours actifs de la population
ABSTRACT
This report discusses the possible impacts of shale gas exploitation, and in particular
hydraulic fracturing, on the environment in France. Quantitative data and qualitative
impacts are taken from US experience since shale gas extraction in France has been stopped
by the suspension of hydraulic fracturing. Indeed the USA have drilled more than 50,000
wells in 40 years of experience. Greenhouse gas emissions are also assessed and compared
to others fossil energies, based on a Life Cycle Analysis point of view. The use of water for
fracturing is aslo estimated. It is studied how water consumption for mining exploration
might affect other uses of water. The potential gas resources and future availability of shale
gas is discussed and critiqued in face of the present conventional gas supply and its probable
future development. New french mining legislation is reviewed with respect to hydraulic
fracturing activities. It leads to understand why so much contesting from population is still
occuring.


 

 

 

 

Pascale Homeyer / Les gaz de schiste

HOLY FIELD HOLY WAR

Présentation du film de Lech Kowalski

http://www.lechkowalski.com/fr/video/item/43/holy-field-holy-war

 

 

Quelques extraits de presse :

 

 Entamé comme un requiem, Holy Field Holy War débouche sur un appel à la révolte. Lors d’une séan­ce d’information (d’enfumage serait plus juste), face aux représentants de Chevron et des autorités complices, la colère monte et les fermiers floués se rebiffent. Mais il faut dire que le montage et le regard jamais innocent du cinéaste imprimaient dès les premières séquences le mouvement dramatique de ce «film de révolte», bien plus percutant qu’un énième éco-docu didactique et déprimant sur le monde paysan.

(Le Courrier)

"Holy Field Holy War n'est pas un film dossier, ni un film militant. S'il partage un sentiment d'empathie pour ces hommes et ces femmes dont les vies se trouvent bouleversées sans qu'ils aient les moyens de réagir, c'est par humanisme. (...). Lech Kowalski fait partie de ces cinéastes (...) qui ont fait de leur caméra une extension de leur corps."

(Le Monde)

 

"Ce documentaire épuré, sérieux et nourri d'exemples revient, à travers le prisme des petits fermiers polonais, sur l'exploitation industrielle du gaz de schiste : fort et engagé. "

(Les Fiches du Cinéma)

 

"Simple observateur-filmeur, Kowalski signe, l’air de rien, un beau film politique dont l’ancrage ultra local revêt une résonance globale. "

 (Les Inrocks)

 

"Une révolte exemplaire, salutaire, à l’image de ce film qui en capte l’élan. "

(Libération)

 

"Le constat, terrifiant, n’est pas neuf ; le film, aride et partial, l’illustre avec force. Il donne la parole à ceux qui ne l’ont pas, petits agriculteurs pollués, ruinés, acculés ; observe ces machines rouges, conquérantes, qui répandent toxicité et puanteur sur une Pologne verdoyante – après les chars communistes, ceux du capitalisme agricole. "

(NouvelObs)


 

 

 

Pierre Rabhi / J-M Le Clézio

à la Grande Librairie

un long entretien avec François Busnel au cours duquel les deux hommes ont évoqué la religion, l'amour, la vieillesse, le désarroi des jeunes, le sens de l'Histoire, la non-violence, le travail, l'éducation, le statut de la femme, le mariage homosexuel, la procréation médicalement assistée, le nucléaire, la politique et, bien sûr, l'écologie.

www.youtube.com/embed/Oo90R83mCtc


 

 

Jean-Claude Saint-Jean : l'or noir du Nigéria

Global Forest Watch (béta-version)

 

Découvrez ce qui se passe dans les forêts en ce moment

http://www.globalforestwatch.org/


 

 

 

Noureddine Bengamra : "une contribution à diffuser"

http://www.avaaz.org/fr/stop_the_keystone_xl_pipeline_loc/?bPdeUgb&v=36595

Énergie et environnement: l’exploitation des sables bitumineux en Alberta (Canada) (Mappemonde)
http://mappemonde.mgm.fr/num15/articles/art07304.html

Cinq questions sur Keystone XL, l'oléoduc qui embarrasse Obama

 Monde02.2014 Audrey Garric

 

Des pipelines attendant d'être posées dans le cadre du projet d'oléoduc géant Keystone XL, en 2012 à Ripley, dans l'Oklahoma.

 

Il est la bête noire des écologistes américains et suscite l'embarras de la Maison Blanche. L'oléoduc Keystone XL, qui doit permettre d'acheminer chaque semaine des millions de barils de pétrole extrait des sables bitumineux, du Canada vers le golfe du Mexique, soulève des questions économiques et environnementales, alors que le président américain Barack Obama, pressé par les républicains, doit prochainement se prononcer sur son avenir.

Mardi 4 février, les associations ont appelé à une « journée d'action » au cours de laquelle elles prévoient de submerger le bureau du secrétaire d'Etat John Kerry d'appels téléphoniques et de courriels. Lundi, des rassemblements d'opposants avaient eu lieu, notamment devant la Maison Blanche.

  • Qu'est-ce que Keystone XL ?

Keystone XL (KXL) est un projet d'oléoduc géant entre le Canada et les Etats-Unis, lancé en 2008 et porté par le consortium TransCanada. D'un coût de 5,3 milliards de dollars (4 milliards d'euros), il a pour objectif d'acheminer 830 000 barils par jour de brut extrait des sables bitumineux de l'Alberta vers les raffineries texanes du golfe du Mexique.

Son tracé, d'une longueur d'environ 1 900 km dont 1 400 km sur le territoire américain, doit relier Hardisty (Alberta) à Steele City (Nebraska) avec des connexions vers d'autres pipelines existants ou en projet. Le but est de raccourcir de moitié le trajet actuel de l'oléoduc Keystone qui relie depuis 2010 l'Alberta à des terminaux pétroliers dans l'Illinois. TransCanada espère un feu vert rapide de Barack Obama afin de mettre l'oléoduc en service en 2015. 

 

Tracé de l'oléoduc Keystone XL (en pointillés bleus).

 

  • Quels risques pose-t-il pour l'environnement ?

Dans le tracé initial, la portion entre l'Alberta et le Nebraska était critiquée par les opposants au projet, qui mettaient en garde contre les risques de fuite de pétrole pour les réserves naturelles des Sand Hills aux écosystèmes fragiles. Les opposants rappellent que l'oléoduc initial, Keystone, a connu une douzaine de fuites dès sa première année d'exploitation, dont près de 80 000 litres dans le Dakota du Nord.

C'est ce qui a conduit Barack Obama, en janvier 2012, à rejeter la demande de permis et à demander une étude d'impact écologique. Depuis, TransCanada a revu sa copie et proposé un nouveau tracé présenté comme plus respectueux de l'environnement et qui évite cette zone.

 

Sur le tracé
 de l'oléoduc Keystone XL près de Bradshaw (Nebraska), en mars 2013.

 

Les écologistes critiquent toujours les risques de pollution des nappes phréatiques en cas de fuite, mais également l'origine du pétrole acheminé. Les sables bitumineux de l'Alberta, ces poches de pétrole non conventionnel visqueux et lourd, nécessitent une extraction bien plus énergivore et consommatrice d'eau que les hydrocarbures traditionnels. 

Surtout, elle génère un grand volume de gaz à effet de serre. Le gouvernement de Stephen Harper a lui-même reconnu, dans un document remis à l'ONU en décembre, que les émissions repartiraient à la hausse au cours des prochaines années, tirées par l'Alberta, qui doit voir une augmentation de ses rejets de CO2 de 40 % entre 2005 et 2030. Lundi 3 février, une étude canadienne publiée dans les PNAS américaines concluait que l'exploitation à ciel ouvert des sables bitumineux d'Athabasca (Alberta) serait deux à trois fois plus polluante et risquée pour l'environnement et la santé humaine qu'estimé initialement. En cause : des émissions d'hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) rejetées dans l'atmosphère par l'extraction du bitume et lors de l'évaporation des bassins de décantation.

  • Quelles seront ses retombées économiques ?

En transportant 830 000 barils de brut par jour, Keystone XL permettrait, selon le groupe, de réduire la dépendance énergétique américaine de 40 % envers le Vénézuela et le Moyen-Orient. Les opposants, eux, rétorquent que Keystone n'aura aucun impact sur l'autonomie énergétique des Etats-Unis car la majorité du pétrole acheminé vers les raffineries sera en réalité exporté vers l' Europe  et l'Amérique Latine.

La réalisation de Keystone XL suscite également le débat en ce qui concerne son impact sur le marché du travail. TransCanada estime qu'il créera environ 40 000 emplois directs et indirects et générera plus de 2 milliards de dollars (1,5 milliard d'euros) de revenus. Les opposants, de leur côté, avancent que le projet ne créera que 35 emplois permanents de maintenance et privera le secteur de l'énergie verte de milliers d'emplois qui auraient pu être créés.

Une position soutenue par Barack Obama, qui parle, dans une interview au New York Times en juillet, d'environ 2 000 emplois créés pendant la construction – un an ou deux – puis de seulement « 50 à 100 emplois permanents dans une économie qui en compte 150 millions ». Il a ainsi rejeté les déclarations du président républicain de la Chambre des représentants, John Boehner, qui avait affirmé en mai que « l'oléoduc Keystone (allait) créer des dizaines de milliers d'emplois américains ».

  • Où en est le projet ?

 

Construit par TransCanada, l'oléoduc Keystone XL est destiné à transporter 800 000 barils par jour de brut extrait des sables bitumineux vers les raffineries texanes du golfe du Mexique.

 

TransCanada a annoncé, le 22 janvier, le début de l'exploitation du tronçon sud de l'oléoduc, entre l'Oklahoma et les raffineries du Texas. Cette portion de l'oléoduc, longue de 780 km et située entièrement en territoire américain, ne faisait pas l'objet de controverses importantes.

Surtout, le 31 janvier, le projet a passé une étape décisive, bien que pas définitive.Dans un rapport, le département d'Etat américain réaffirme que l'exploitation des sables bitumineux dans l'Alberta requiert davantage d'énergie et produit par conséquent davantage de gaz à effet de serre que celle de champs pétrolifères classiques, mais ajoute que le nouvel oléoduc n'aurait pas d'impact significatif sur le rythme d'exploitation de ces réserves et donc sur les rejets de CO2. Le rapport insiste par ailleurs sur le fait que les alternatives à l'oléoduc, comme le transport ferroviaire, entraîneraient 28 % à 42 % d'émissions supplémentaires.

  • Quel est le calendrier ?

Le secrétaire d'Etat John Kerry devra formuler une recommandation d'ici à fin avril sur le rapport du département d'Etat, de même que le ministre de l'énergie ainsi que les experts de l'Agence de protection de l'environnement (EPA) et d'autres agences.

Ensuite, Barack Obama, pressé par les républicains, prendra la décision finale, sans qu'aucune date précise n'ait été fixée. Le président américain, qui cherche à faire de la lutte contre le réchauffement climatique un axe essentiel de son second mandat, avait indiqué, lors d'un discours prononcé en juin 2013, qu'il ne donnerait son feu vert que si l'oléoduc n'était pas de nature à « exacerber de manière significative le problème climatique ».


 

Dennis Meadows, interview

"La croissance mondiale va s’arrêter"

LE MONDE | 05.2012 Stéphane Foucart et Hervé Kempf

En mars 1972, répondant à une commande d'un think tank basé à Zurich  – le Club de Rome –, des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) publiaient The Limits to Growth, un rapport modélisant les conséquences possibles du maintien de la croissance économique sur le long terme. De passage à Paris , mercredi 23 mai, à l'occasion de la publication en français de la dernière édition de ce texte qui fait date (Les Limites à la croissance, Rue de l'Echiquier, coll. "Inital(e)s DD", 408 p., 25 euros), son premier auteur, le physicien américain Dennis Meadows, 69 ans, a répondu aux questions du Monde.

Quel bilan tirez-vous, quarante ans après la publication du rapport de 1972 ?

D'abord, le titre n'était pas bon. La vraie question n'est pas en réalité les limites à la croissance, mais la dynamique de la croissance. Car tout scientifique comprend qu'il y a des limites physiques à la croissance de la population, de la consommation énergétique, du PIB, etc. Les questions intéressantes sont plutôt de savoir ce qui cause cette croissance et quelles seront les conséquences de sa rencontre avec les limites physiques du système.

Pourtant, l'idée commune est, aujourd'hui encore, qu'il n'y a pas de limites. Et lorsque vous démontrez qu'il y en a, on vous répond généralement que ce n'est pas grave parce que l'on s'approchera de cette limite de manière ordonnée et tranquille pour s'arrêter en douceur grâce aux lois du marché. Ce que nous démontrions en 1972, et qui reste valable quarante ans plus tard, est que cela n'est pas possible : le franchissement des limites physiques du système conduit à un effondrement.

Avec la crise financière, on voit le même mécanisme de franchissement d'une limite, celle de l'endettement : on voit que les choses ne se passent pas tranquillement.

Qu'entendez-vous par effondrement ?

La réponse technique est qu'un effondrement est un processus qui implique ce que l'on appelle une "boucle de rétroaction positive", c'est-à-dire un phénomène qui renforce ce qui le provoque. Par exemple, regardez ce qui se passe en Grèce : la population perd sa confiance dans la monnaie. Donc elle retire ses fonds de ses banques. Donc les banques sont fragilisées. Donc les gens retirent encore plus leur argent des banques, etc. Ce genre de processus mène à l'effondrement.

On peut aussi faire une réponse non technique : l'effondrement caractérise une société qui devient de moins en moins capable de satisfaire les besoins élémentaires : nourriture, santé, éducation, sécurité.

Voit-on des signes tangibles de cet effondrement ?

Certains pays sont déjà dans cette situation, comme la Somalie par exemple. De même, le "printemps arabe", qui a été présenté un peu partout comme une solution à des problèmes, n'est en réalité que le symptôme de problèmes qui n'ont jamais été résolus. Ces pays manquent d'eau, ils doivent importer leur nourriture, leur énergie, tout cela avec une population qui augmente. D'autres pays, comme les Etats-Unis, sont moins proches de l'effondrement, mais sont sur cette voie.

La croissance mondiale va donc inéluctablement s'arrêter ?

La croissance va s'arrêter en partie en raison de la dynamique interne du système et en partie en raison de facteurs externes, comme l'énergie. L'énergie a une très grande influence. La production pétrolière a passé son pic et va commencer à décroître. Or il n'y a pas de substitut rapide au pétrole pour les transports, pour l'aviation… Les problèmes économiques des pays occidentaux sont en partie dus au prix élevé de l'énergie.

Dans les vingt prochaines années, entre aujourd'hui et 2030, vous verrez plus de changements qu'il n'y en a eu depuis un siècle, dans les domaines de la politique, de l'environnement, de l'économie, la technique. Les troubles de la zone euro ne représentent qu'une petite part de ce que nous allons voir. Et ces changements ne se feront pas de manière pacifique.

Pourtant, la Chine maintient une croissance élevée…

J'ignore ce que sera le futur de la Chine. Mais je sais que les gens se trompent, qui disent qu'avec une croissance de 8 % à 10 % par an, la Chine sera le pays dominant dans vingt ans. Il est impossible de faire durer ce genre de croissance. Dans les années 1980, le Japon tenait ce type de rythme et tout le monde disait que, dans vingt ans, il dominerait le monde. Bien sûr, cela n'est pas arrivé. Cela s'est arrêté. Et cela s'arrêtera pour la Chine.

Une raison pour laquelle la croissance est très forte en Chine est la politique de l'enfant unique. Elle a changé la structure de la population de manière à changer le ratio entre la main-d'œuvre et ceux qui en dépendent, c'est-à-dire les jeunes et les vieux. Pour une période qui va durer jusque vers 2030, il y aura un surcroît de main-d'œuvre. Et puis cela s'arrêtera.

De plus, la Chine a considérablement détérioré son environnement, en particulier ses ressources en eau, et les impacts négatifs du changement climatique sur ce pays seront énormes. Certains modèles climatiques suggèrent ainsi qu'à l'horizon 2030 il pourrait être à peu près impossible de cultiver quoi que ce soit dans les régions qui fournissent actuellement 65 % des récoltes chinoises…

Que croyez-vous que les Chinois feraient alors ? Qu'ils resteraient chez eux à souffrir de la famine ? Ou qu'ils iraient vers le nord, vers la Russie ? Nous ne savons pas comment réagira la Chine à ce genre de situation…

Quel conseil donneriez-vous à François Hollande, Angela Merkel ou Mario Monti ?

Aucun, car ils se fichent de mon opinion. Mais supposons que je sois un magicien : la première chose que je ferais serait d'allonger l'horizon de temps des hommes politiques. Pour qu'ils ne se demandent pas quoi faire d'ici à la prochaine élection, mais qu'ils se demandent : "Si je fais cela, quelle en sera la conséquence dans trente ou quarante ans ?" Si vous allongez l'horizon temporel, il est plus probable que les gens commencent à se comporter de la bonne manière.

Que pensez-vous d'une "politique de croissance" dans la zone euro ?

Si votre seule politique est fondée sur la croissance, vous ne voulez pas entendre parler de la fin de la croissance. Parce que cela signifie que vous devez inventer quelque chose de nouveau. Les Japonais ont un proverbe intéressant : "Si votre seul outil est un marteau, tout ressemble à un clou." Pour les économistes, le seul outil est la croissance, tout ressemble donc à un besoin de croissance.

De même, les politiciens sont élus pour peu de temps. Leur but est de paraître bons et efficaces pendant leur mandat; ils ne se préoccupent pas de ce qui arrivera ensuite. C'est très exactement pourquoi on a tant de dettes : on emprunte sur l'avenir, pour avoir des bénéfices immédiats, et quand il s'agit de rembourser la dette, celui qui l'a contractée n'est plus aux affaires. 


 

 

 

Joshua Plotnik , Frans de Waal : un éléphant, ça chérit énormément

Une étreinte chaleureuse et rassurante accompagnée d’un « Chut… Ne t’inquiète pas, je suis là », se traduit chez les éléphants d’Asie par d’apaisantes embrassades avec les trompes et des gentils gazouillements. C’est la découverte de Joshua Plotnik, chef de l’organisation Think Elephants Intenational, enThaïlande, et de Frans de Waal, éthologue et professeur à l’université d’Emory, à Atlanta (Etats-Unis).

L’étude, publiée le 18 février dans la revue PeerJ, a été menée à l’Elephant Nature Park dans le nord de la Thaïlande, sur un espace d’environ 30 hectares. Pendant un an, les chercheurs ont observé, enregistré et évalué les attitudes de réconfort d’un groupe de vingt-six animaux parfois troublés et effrayés par des événements naturels comme la présence d’un serpent, d’un chien ou d’un son étrange.

Lorsqu’il est apeuré, un éléphant déploie les oreilles, dresse ou courbe la queue, émet des grognements à des fréquences très basses, barrit et rugit. Devant ces signes, ses congénères vont vers lui, vocalisent des sons aigus et des gazouillis, le touchent gentiment le long du corps et, par moments, mettent leur trompe dans sa bouche en signe de confiance.

Capables d’imiter, par leurs postures, les sentiments des compagnons stressés, les éléphants font aussi preuve de « contagion émotionnelle », phénomène bien répandu chez les êtres humains. « Il suffit de penser à un couple qui regarde une scène d’un film qui fait peur, ajoute Joshua Plotnik. Leur cœur bat vite et ils se serrent dans les bras pour se rassurer. »

CONSOLER

Comme le détaille Frans de Waal, l’empathie, c’est-à-dire la capacité de se mettre dans la peau de l’autre, est présente chez tous les mammifères car elle se révèle essentielle pour élever la progéniture. Chez les animaux qui vivent en troupeau, comme les éléphants, la tendance à prendre soin des congénères s’élargit aux individus adultes, d’où l’envie de consoler ceux qui sont en difficulté.

D’après Phyllis Lee, professeur de psychologie à l’université britannique de Stirling et experte en éthologie, cette étude est très importante car elle montre, pour la première fois, que les éléphants savent répondre à la détresse d’un semblable aussi bien par des contacts physiques que par une communication vocale dans le but précis de le réconforter.

« Il est très excitant d’avoir les preuves scientifiques de cette sensibilité émotionnelle typiquement “humaine”, poursuit Phyllis Lee. Les hommes et les éléphants, dont la survie dépend de la coopération entre individus, utilisent probablement des mécanismes cognitifs similaires. Chez ces deux espèces, lorsqu’un individu perçoit et console la détresse d’autrui, il prouve au groupe son engagement social et il montre son soutien à ses proches. »

Comme le souligne Frans de Waal, on découvre de plus en plus que des capacités cognitives attribuées initialement seulement aux êtres humains, ou tout au plus aux primates, sont présentes aussi chez les chiens, les dauphins, les corbeaux et, bien entendu, les éléphants. Ce qui suggère, selon Joshua Plotnik, que l’intelligence a évolué d’une façon similaire mais indépendante chez toutes ces espèces.

Autant Phyllis Lee que Joshua Plotnik espèrent que cette compréhension plus approfondie de la complexité intellectuelle des éléphants poussera les humains à les respecter davantage, à les protéger dans leur habitat sauvage et à les sauvegarder de l’exploitation commerciale de leurs défenses.


 

 

 

Rachid Soulimani : un rapport contesté de l'INRA

 "Pour un retrait du rapport INRA - "Vers des agricultures à haute performance, Vol.1- Analyse des performances de l'agriculture biologique"- "

 http://pdf.lu/dKMM

 

Bonjour Bernard,

Une lettre très osée contre l'un des premiers organismes internationaux de recherche sur l'agriculture et l'agro-alimentaire.
C'est assez grave qu'un rapport soit établis au nom de l'INRA en limitant les risques des expositions et en recommandant d'intensifier l'agriculture biologique par l'utilisation des pesticides.
Il doit y avoir un vrai problème cognitif chez les experts évaluateurs et auteurs de ce type de principes de créer une nouvelle passerelle entre l'agriculture intensive et l'agriculture biologique !!

(19/02/2014)

 


 

Serge Latouche et la décroissance