Le chocolat est-il un aliment comme les autres ? Non, c'est sans doute l'aliment préféré de bon nombre de personnes. C'est aussi celui auquel nous attribuons le plus de vertus, psychologiques, neurologiques et cardiovasculaires, malgré sa teneur énergétique hors norme (il est un des aliments les plus caloriques après les corps gras) ! Il est unanimement reconnu comme un stimulant, un réconfortant, et nous apprécions de le déguster. Le chocolat a donc tout pour plaire ! Mais a-t-il réellement des effets sur le moral ?

Voyons d'abord si le chocolat est un stimulant cérébral. Ces deux dernières années, deux études ont testé pendant deux à trois mois l'impact sur les fonctions cognitives d'une boisson très riche en flavonols (900 à 990 milligrammes), un type de polyphénols du cacao (des molécules organiques d'origine végétale présentant plusieurs groupements chimiques nommés phénol). Elles ont révélé que les participants ayant bu chaque jour cette boisson chocolatée étaient plus performants à des tests de mémoire que ceux n'en ayant pas consommé. Mais en 2008, des travaux n'avaient montré aucun effet quand les sujets buvaient le même genre de boisson pendant six semaines. Dans ce cas toutefois, les teneurs en flavanols des chocolats étaient bien plus faibles.

En effet, on pense que les bienfaits du chocolat sur le plan cognitif reposent sur ses polyphénols, notamment les flavonols. Plusieurs études scientifiques ont montré que ces molécules améliorent la plasticité neuronale (l'apparition et la réorganisation des neurones), les fonctions neurovasculaires, et diminuent la neuroinflammation… rien que ça ! En outre, en imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRM), on a mis en évidence qu'un apport élevé en flavanols améliorait le fonctionnement du gyrus dentelé, une région de l'hippocampe impliquée dans la mémorisation et le déclin cognitif lié à l'âge.

Un concentré d'énergie

Mais étant donné les concentrations en polyphénols du chocolat (entre 10 et 19 milligrammes par gramme de chocolat), il faudrait manger au moins 100 grammes de chocolat noir pour atteindre 800 milligrammes de polyphénols, soit 550 kilocalories ! De plus, les flavonols ne représentent qu'une partie des polyphénols du cacao, et de nombreux facteurs diminuent à la fois la quantité de polyphénols du produit fini et leur biodisponibilité : la nature des fèves, la fermentation, le séchage, la torréfaction… Un carré de chocolat de temps en temps a donc des effets neurologiques bien limités.

Qu'en est-il de ses bienfaits psychologiques ? Comment le chocolat nous réconforte-t-il ? En 2007, à Sydney, Gordon Parker et Joanna Crawford ont interrogé sur Internet 2 692 Australiens se disant dépressifs (71 % de femmes) : la moitié des sujets avaient besoin de chocolat, qu'ils jugeaient nécessaire pour soigner leur symptôme dépressif, leur anxiété ou leur irritabilité. D'autres études ont confirmé que nous mangerions du chocolat pour supporter des émotions trop intenses, voire pour « traiter » un état dépressif.

En 2008, en Finlande, Timo Strandberg et ses collègues ont étudié plusieurs années le bien-être psychologique de 1 374 Finlandais âgés de plus de 60 ans. Ils ont montré que ceux mangeant du chocolat allaient beaucoup mieux que les autres ! Ils se sentaient en général moins seuls, plus heureux, avaient plus de projets. Bref : ils étaient plus optimistes. Mais ce type d'étude ne prouve pas que le chocolat rend plus heureux : les individus se sentant mieux étaient probablement différents des autres à bien des égards (vie familiale et professionnelle, milieu socio-économique…). Des travaux où l'on ne teste que l'effet de la consommation de chocolat, indépendamment de tout autre facteur, seraient nécessaires pour confirmer ces résultats.

Des composés vraiment actifs ?

En 2006, une équipe allemande a comparé l'effet de la consommation d'une pomme et d'une barre de chocolat chez 37 femmes en bonne santé. Les deux aliments ont réduit la sensation de faim, amélioré l'humeur et stimulé l'activité cérébrale, mais l'impact du chocolat était plus important : manger du chocolat activait en plus les régions cérébrales liées au plaisir, et, chez quelques femmes, celles associées à la culpabilité.

Quelle est donc la substance « bonne » pour le moral du chocolat ? Il s'agit peut-être du magnésium, très concentré dans le chocolat (un milligramme par gramme) et dont les effets relaxants sont connus. Un déficit en magnésium provoque une diminution de la dopamine cérébrale, un neurotransmetteur impliqué dans la motivation et le circuit de la récompense. Ou bien les méthylxanthines, telle la caféine, du cacao seraient en cause ; ce sont des stimulants cérébraux. Le chocolat contient aussi des amines biogènes (telle la phényléthylamine), des substances proches de l'amphétamine qui stimuleraient les connexions entre neurones. Enfin, le cacao est riche en dérivés des anandamides qui se lient aux récepteurs cannabinoïdes cérébraux et provoquent de l'euphorie.

Mais en 1994, des chercheurs américains ont montré que des gélules contenant ces substances psychoactives du chocolat, en même quantité que dans 44 grammes de chocolat, avaient un effet sur le moral quasi nul ! Les concentrations présentes dans le chocolat seraient donc trop faibles. Alors comment expliquer les bienfaits du chocolat ?

Se faire plaisir

Ce serait l'association de son bon goût et de sa teneur élevée en glucides et lipides qui rendrait le chocolat bon pour le moral. Récemment, Traci Mann, de l'université du Minnesota, et ses collègues ont montré que le chocolat a les mêmes conséquences sur le bien-être que des glaces ou des cookies. Les participants avaient vu des films effrayants, tristes ou anxiogènes et se sentaient tous beaucoup mieux après avoir mangé l'un de ces aliments.

On sait depuis longtemps que le « gras sucré » exerce un effet antistress : la consommation de ce genre d'aliments stimule le système cérébral des « opioïdes » (les analogues naturels de la morphine), ce qui favorise la sécrétion d'endorphines, responsables du plaisir. Mann suggère d'ailleurs que c'est pour justifier leur envie de manger un aliment très (trop ?) calorique que les gens disent l'aimer, tentant ainsi d'éteindre leur culpabilité… Je n'irai pas si loin, car je crois que le chocolat est vraiment bon et que nous pouvons l'apprécier.

D'ailleurs, n'existe-t-il pas des personnes « addicts » au chocolat ? Qui ne peuvent pas s'empêcher d'en manger et qui se sentent soulagées après l'avoir consommé ? Des chercheurs français ont observé le comportement et la personnalité des « chocolatovores », des individus dévorant entre 100 à 500 grammes de chocolat par jour. Voici leur profil psychologique : dépourvus d'anxiété, hyper professionnels, ils sont très actifs physiquement et psychiquement, mais ne souffrent ni d'insomnie, ni d'agitation et ne prennent pas de poids. Et quand ils ne mangent pas leur dose journalière de chocolat, ils sont légèrement anxieux, sans aucun symptôme de manque.

Le chocolat n'est pas une « drogue », mais certaines personnes utilisent l'alimentation à des fins anxiolytiques. Or cet aliment, parce qu'il est bon et riche en glucides et en lipides, provoque un véritable plaisir alimentaire. Les « pulsions » pour le chocolat ne refléteraient que le désir de manger un aliment agréable, quoi de plus naturel ! Donc le chocolat est nourrissant, bon et fait du bien au moral. À consommer toutefois avec modération.

Jean-Michel Lecerf

 

message de Bernard Aranda (17/02/2017)

 

Bonjour Bernard,
J'ai lu l'article de JM Lecerf sur le chocolat et cela me semble trop favorable à ce produit et je ne crois pas qu'il soit totalement neutre. Étant moi même "accro" au chocolat je suis convaincu que c'est une vraie drogue même si comme toujours nous ne sommes pas égaux devant celle ci ou celle la. Le sucre est lui-même une drogue et il y a dans le cacao des substances addictives comparables à ce qu'on trouve dans le haschich. Donc double peine et difficile d'y échapper pour ceux qui y sont sensibles. Toutefois je me console en pensant qu'il y a du bon dans le chocolat à 70%. 
Voici mon avis. 
Bien amicalement. 
Bernard