« A l’adolescence, l’aspect émotionnel prend le pas sur le rationnel »

 

Etre séduit à 15 ans par le djihad n’est qu’un des exemples, parmi les plus graves, de la prise de risque inhérente à cet âge de la vie, explique la psychiatre Marie-Odile Krebs.

 

  
 
 
Plusieurs jeunes Français de 15 ans ont été mis en examen ces dernières semaines, soupçonnés de vouloir mener des attaques djihadistes. Si les affaires de ce type restent ­exceptionnelles, la volonté de passage à l’acte et la prise de risque n’en sont pas moins typiques de l’adolescence. La psychiatre et chercheuse Marie-Odile Krebs, chef de service à l’hôpital Sainte-Anne, à Paris, évoque les spécificités de cette période très particulière de la vie, durant laquelle le cerveau est en plein développement.

Quelles formes peuvent prendre la prise ­de risque et le passage à l’acte à l’adolescence, ­cet âge « de tous les possibles » ?

La prise de risque, ce peut être prendre une voie en sens interdit, rouler en scooter sans casque, sauter à l’élastique : autant de choses qui témoignent du ­besoin de sensations. Les jeunes sont en général plus impulsifs et en quête d’aventures que les adultes. Ils mesurent moins les conséquences de leurs actes. Non pas qu’ils ne les connaissent pas, mais ils ne les posent pas comme un frein à l’expérience : ils les gomment, se disent qu’eux ne risquent rien.

Ils se sentent globalement moins vulnérables que les adultes. Le passage à l’acte, lui, est une rupture avec le fonctionnement habituel. L’adolescent peut être agressif contre lui-même, jusqu’à la tentative de suicide. Ou bien contre les autres, visant alors à ­détruire les personnes ou les biens. Cette conduite déviante peut être aggravée sous l’emprise de substances, ou dans le cas d’une personnalité instable.

Cette sorte de rage, d’énergie, n’est-elle pas ­positive dans certains cas ?

La rage, non. Mais le goût de l’action, l’impulsivité et la spontanéité des jeunes ont bien sûr un côté positif. L’envie d’aventure, la capacité de passer outre certains cadres peuvent conduire à des expériences positives, dans la création, le sport… Cela s’accompagne parfois de transgressions, qui ne sont pas toujours négatives. Durant la seconde guerre mondiale, par exemple, les jeunes résistants connaissaient les risques, mais ils ont mis leur énergie au service de la libération de leur pays.

Cette singularité de la prise de risque ­adolescente, comment l’expliquez-vous ?

L’adolescence est une période assez mouvementée d’un point de vue biologique et existentiel. Le cortex est en pleine maturation, une phase pendant laquelle le développement cérébral se finalise. La plasticité du cerveau est particulièrement importante à ce moment-là : des neurones disparaissent, d’autres se réorganisent en réseaux, et la communication entre certaines parties cérébrales est favorisée par la « myélinisation », un processus qui ne s’achève que vers 25-30 ans dans le cortex frontal : des gaines de myéline (une sorte d’isolant) entourent les fibres nerveuses, ce qui permet d’accélérer la transmission d’informations d’un bout à l’autre du neurone.

Pour le dire autrement, le cerveau d’un adolescent est un peu « sous-cortical » : l’aspect « émotionnel » prend le pas sur le « rationnel ». Pour caricaturer, l’ado n’est pas tellement dans la réflexion : il agit. Ce fonctionnement singulier entraîne la recherche de nouvelles expériences, le goût pour la nouveauté, mais aussi des prises de risque.

Dans le même temps, certaines structures du cerveau, les circuits du plaisir et de la récompense, sont suractivées. Plusieurs travaux montrent clairement qu’entre 15 ans et 25 ans, nous sommes beaucoup plus sensibles à la récompense ou à des stimuli positifs qu’aux autres âges de la vie. Ces mécanismes expliquent en partie la fréquence de l’expérimentation de substances (cannabis, alcool) et la recherche de sensations. Pendant cette période, c’est donc tout le comportement qui est globalement régulé de manière différente au niveau physiologique.

Les jeunes qui passent à l’acte ont-ils un profil particulier ?

Nous ne le savons pas. Si un enfant présente des faiblesses psychologiques, ces difficultés vont souvent s’amplifier durant l’adolescence, avec parfois l’émergence d’une vraie pathologie psychiatrique. Mais tous les adolescents qui passent à l’acte ne sont pas fragiles psychologiquement, loin de là. Plus généralement, l’adolescence est une période où le jeune doit trouver sa voie et subit de nombreux changements sur le plan social et familial. Les repères se perdent, les référents changent : ce ne sont plus tellement les ­parents et les professeurs, mais les pairs, les amis ou des personnes de rencontre.

D’où le risque d’être embarqué dans tel ou tel groupe, pour partir en Syrie ou pour commettre un geste délictuel ou criminel. D’autant que le rapport à la mort, à cet âge-là, est également particulier : les jeunes sont souvent dans une sorte de toute-puissance, ils se sentent immortels. C’est ce qu’ont bien compris les recruteurs de l’organisation Etat islamique, qui ­ciblent un public jeune et influençable par le biais des réseaux sociaux. Si ces rabatteurs deviennent des ­référents pour les jeunes qu’ils rencontrent sur Internet, ces derniers seront mal armés pour remettre en question ce qu’on leur dit ou ce qu’on leur promet.

Lorsqu’un jeune n’est pas bien, à partir de quand faut-il s’inquiéter ?

Un sondage Ipsos que nous avions réalisé pour la Fondation Deniker, en avril, a montré que l’immense majorité des jeunes (95 %) se déclaraient « heureux et intéressés par la vie ». Cependant, plus d’un sur deux (55 %) reconnaissait avoir déjà été gêné dans sa vie quotidienne par des symptômes de difficulté mentale (phobie, anxiété, dépression, paranoïa). Les principales maladies psychiatriques débutant à l’adolescence ou au début de l’âge adulte, il faut être vigilant.

En consultation, ce n’est pas toujours évident de faire la part des choses entre le fonctionnement ­particulier des adolescents, une difficulté passagère et une réelle pathologie. Il faut replacer les signes ­observés dans le contexte de l’adolescence : une perte de motivation, une absence d’envies peuvent être un signal d’appel ; un jeune un peu provocant ou agressif dans un entretien peut révéler une ­dépression. Il faut surtout s’inquiéter lorsque l’adolescent modifie son comportement, décroche sur le plan scolaire, s’isole ou change de groupe d’amis et d’activités. Et bien sûr lorsqu’il exprime sa souffrance ou une anxiété, ou qu’il n’arrive plus à dormir.

Que faut-il faire dans ce cas ?

Il est toujours utile de faire une évaluation fine multidisciplinaire. C’est-à-dire un bilan médical comprenant des questions sur les consommations de sub­stances, le niveau de stress, le contexte familial, le parcours scolaire ou d’éventuelles difficultés avec les ­camarades (harcèlement, par exemple). La plupart de ces symptômes sont transitoires et ne signifient pas pour autant le début d’une maladie psychiatrique. Agir sur les facteurs de l’environnement peut permettre d’éviter que la situation s’installe ou s’aggrave.

Quel peut être le rôle des éducateurs, des parents, de l’entourage ?

Les adultes ont souvent du mal à comprendre comment fonctionnent les adolescents. Le cadre de lecture n’est pas le même. Le sondage évoqué plus haut avait montré que parents et enseignants se sentent souvent profondément démunis pour répondre aux troubles de leurs enfants ou de leurs élèves. Ce sont pourtant eux à qui les jeunes se confient en priorité, eux qui doivent être des donneurs d’alerte, faciliter l’orientation et l’accès aux soins. C’est moins simple en revanche lorsque l’un des symptômes est justement l’opposition aux parents et le ­refus de voir un tiers.

Quelles sont les actions de prévention ­à mettre en place ?

Outre la formation des personnes qui sont au contact des jeunes, il y a un grand besoin de délivrer des informations aux adolescents eux-mêmes, pour qu’ils osent exprimer leurs difficultés et qu’ils ne s’isolent pas s’ils se sentent mal. Concernant les substances psychotropes, il faut une information objective, mais il faut la donner très tôt. Faire de la prévention sur les pratiques à risques et les prises de drogues au lycée, c’est presque trop tard. Il faudrait mettre en place ces actions dès le collège, voire à partir de 9-10 ans pour que ce soit plus efficace. Il n’y a pas de remède miracle, mais il faut aussi garder en tête que les adolescents ont besoin d’espoir, de reconnaissance. Or l’avenir qu’on leur prédit dans les médias ou sur Internet n’est pas toujours très radieux.

Pascale Santi

Femmes enceintes : un cerveau différent ?

 

Les connaissances sur le sujet sont encore balbutiantes, mais il semble qu'être enceinte stimule le cerveau. 

 
 

 
 
 

Environ 80 % des femmes qui viennent d'avoir un enfant disent avoir de légers problèmes de mémoire. Les Anglo-Saxons ont même une expression, pregnancy brain (littéralement « cerveau de grossesse »), pour désigner les troubles de l'attention et de la mémoire qui surviennent pendant la gestation et juste après. Alors, la grossesse serait-elle toxique pour le cerveau ?

Les connaissances sur le sujet sont encore balbutiantes, mais il semble que ce soit plutôt le contraire et qu'être enceinte stimule l'encéphale. Ainsi, les travaux scientifiques montrent que les femmes qui attendent un enfant identifient mieux la peur, la colère et le dégoût sur le visage des autres. Elles sont aussi moins sensibles au stress, ce qui les protégerait, elles et leur fœtus, de ses effets psychologiques et physiologiques dévastateurs.

Les bénéfices ne s'arrêtent pas à l'accouchement. Les hormones qui stimulent la production de lait ont aussi un effet relaxant. En outre, des expériences sur des rats ont révélé que les mères sont plus performantes aux tests d'attention, de planification et de recherche de nourriture – d'où une meilleure capacité à s'occuper de leurs petits – que les animaux n'ayant jamais enfanté. Chez les mères humaines, les bénéfices cognitifs sont moins clairs, mais les études commencent à confirmer que le cerveau se modifie et que les enfants en profitent. En 2010, Pilyoung Kim, de l'université Cornell, et ses collègues ont ainsi observé, chez des femmes ayant accouché quelques mois auparavant, un élargissement de l'hypothalamus, du striatum et de l'amygdale, qui sont des régions cérébrales clés pour la régulation émotionnelle et la motivation ; certaines zones gouvernant la prise de décision et l'instinct de protection s'étaient aussi élargies. En outre, dans mon laboratoire, nous avons montré que plus les femmes ont une concentration élevée d'hormones comme les œstrogènes ou l'ocytocine pendant la grossesse, plus elles sont attentives aux besoins de leur progéniture par la suite.

La grossesse, l'allaitement et les interactions avec l'enfant stimulent donc la plasticité cérébrale. Certains biologistes vont jusqu'à avancer que le développement des comportements maternels est la principale force qui a façonné l'évolution du cerveau des mammifères. Les modifications de l'encéphale, qui peuvent persister toute la vie, préparent les mères à la myriade de défis qu'elles devront affronter pour prendre soin d'un petit être vulnérable. Le « cerveau de grossesse », avec ses troubles de l'attention et de la mémoire, reflète peut-être le coût associé à ces adaptations… bien utiles par ailleurs

Laura Glynn

Quand les cellules immunitaires remodèlent le cerveau

 

Les cellules immunitaires du cerveau, les microglies, sont essentielles à la formation de nouveaux réseaux cérébraux : en « touchant » les neurones, elles les connectent entre eux.  

Les microglies (en bleu) entrent en contact avec les prolongements des neurones (en vert)

Les microglies (en bleu) entrent en contact avec les prolongements des neurones (en vert) et favorisent ainsi leur croissance et la formation de connexions cérébrales.

 

Apprendre à parler une nouvelle langue, à jouer d’un instrument ou à progresser au tennis… Quel que soit le processus d’apprentissage, le cerveau doit s’adapter, utiliser ses connaissances et en acquérir de nouvelles. Pour ce faire, il développe de nouveaux circuits, c’est-à-dire fabrique des connexions entre ses neurones. C’est au début de son développement, dans l’enfance, que ce processus est le plus efficace, mais même à l’âge adulte, le cerveau est « plastique » : de nouveaux neurones et de nouvelles connexions apparaissent. Un acteur clé de ce remodelage est la microglie, les cellules immunitaires du cerveau qui assurent notamment sa défense et son nettoyage. Akiko Miyamoto, de l’Institut des sciences physiologiques à Okasaki au Japon, et ses collègues viennent de préciser comment la microglie favorise l’apparition de nouvelles connexions entre neurones.

On savait déjà que la microglie participait à la maturation et au développement du cerveau. Dans certaines situations pathologiques, lorsqu'une femme enceinte souffre d’une infection et que la microglie cérébrale du fœtus n’est pas efficace en tant qu’agent immunitaire, le bébé a plus de risques de souffrir d’autisme ou de schizophrénie, ce qui suggère que le développement cérébral ne s’est pas déroulé de façon harmonieuse. On observe alors également des anomalies des circuits cérébraux. Dans des conditions « normales », des neurones et des synapses (les connexions entre neurones) surnuméraires sont toujours produits lors du développement, puis éliminés, car ils ne s’intègrent pas à des circuits cérébraux fonctionnels. Les cellules microgliales interviennent dans ce grand nettoyage. En 2013, Wenbiao Gan, de l’Université de New York, et ses collègues, ont même montré que la microglie est essentielle à la formation des synapses lors de la maturation cérébrale ou d’une tâche d’apprentissage. Mais comment agit-elle ?

Akiko Miyamoto et ses collègues ont travaillé sur des souriceaux âgés de 8 à 10 jours, période où leur cerveau est en plein développement et où de nombreux circuits neuronaux se forment. Grâce à l’imagerie « biphotonique », qui permet de voir chez l’animal vivant des couches du cortex dit somatosensoriel, et grâce à des « tranches » post mortem de cette même région cérébrale, ils ont observé le contact des microglies avec les dendrites, les prolongements neuronaux qui « poussent » comme les tiges d’une plante vers d’autres neurones pour créer des synapses. Lors de ce contact avec la microglie, une excroissance de la membrane de la dendrite, ou « filopode », apparaît, qui va produire la synapse avec le neurone cible. Les chercheurs ont montré que le contact s’accompagne d’une entrée massive de calcium dans le filopode, ce qui favorise sa croissance et permet la formation de la connexion, qui est alors bien active. Et en créant des souriceaux génétiquement modifiés pour ne plus produire de microglies, ou en inactivant ces cellules, les chercheurs ont constaté qu’ils présentent beaucoup moins de filopodes et de synapses fonctionnelles dans le cortex.

La microglie, et donc le système immunitaire, joue ainsi un rôle crucial dans la maturation du cerveau en favorisant la formation des connexions neuronales. Les pathologies neurodéveloppementales, comme l’autisme, qui s’accompagnent d’un nombre anormal de synapses, pourraient ainsi bénéficier de nouvelles cibles thérapeutiques. Et chez l’adulte, contrôler la microglie sera peut-être aussi le secret d’une meilleure souplesse – cérébrale – pour les apprentissages…

Bénédicte Salthun-Lassalle

Pourquoi les femmes enceintes oublient tout ?

 

 

Lors de leur grossesse, il n'est pas rare que les futures mères éprouvent des troubles cognitifs. La neuroscience explique pourquoi.

 
Le film "Un heureux événement",
 réalisé par Rémi Bezançon en 2011, met en scène Louise Bourgoin (Barbara) dont la grossesse va bouleverser la vie. Photo d'illustration.

Le film "Un heureux événement", réalisé par Rémi Bezançon en 2011, met en scène Louise Bourgoin (Barbara) dont la grossesse va bouleverser la vie.  

 
 

À quel point le cortex de l'homme est-il différent de celui de la femme ?

 

Le neurobiologiste Jean-François Bouvet tord le cou aux idées reçues.

  
Jean Dujardin et Alexandra Lamy dans "Un gars, une fille".

Jean Dujardin et Alexandra Lamy dans "Un gars, une fille".  

 

SOMMAIRE

Ocytocine et liens sociaux

Le bisphénol A banni de France

Ce qu'il faut savoir sur les perturbateurs endocriniens 

Le sexisme s'invite dans la médecine

Mâles En Péril

Une affaire de Sexe

« Les données des neurosciences sont souvent instrumentalisées »

Le crabe et l'éléphant (à propos du Plan cancer 2014-2019) / ( négligence des Perturbateurs Endocriniens)

Preferential Detachment During Human Brain Development: Age- and Sex-Specific Structural Connectivity in Diffusion Tensor Imaging (DTI) Data /Si les filles sont plus matures, c’est grâce à leurs connexions cérébrales

Un cerveau mâle ou femelle ? Une question d’œstradiol !

The influence of puberty on subcortical brain development

Quand le cerveau a un sexe

Adolescence : le cerveau, chef d'orchestre de la puberté

The Teenage Brain

Pubertal hormones organize the adolescent brain and behavior

Sex differences in the structural connectome of the human brain

Adolescent Cocaine Exposure Causes Enduring Macroscale Changes in Mouse Brain  

Chronobiologie L'homme et ses rythmes

Les antalgiques seraient des perturbateurs endocriniens

La sueur favorise la coopération entre les hommes**

 


 

 

L’ocytocine : hormone de l’amour mais aussi du lien social

 

L’ocytocine, connue pour favoriser l’attachement entre une mère et son enfant, serait également un pilier essentiel des liens sociaux. Des chercheurs ont caractérisé ce rôle chez la souris. Cette découverte pourrait conduire à la mise en place de traitements pour aider les personnes autistes à communiquer avec leur entourage :

 

 

 

http://pdf.lu/42B9

 

 

 

Oxytocin Increases Generosity in Humans

http://pdf.lu/jRY4

 

 

 

Lors d’une expérience visant à déterminer le niveau de confiance envers le sens de l’équité d’autrui, de l’argent était mis à la disposition des sujets afin qu’ils décident quelle somme ils voulaient confier à un administrateur fiduciaire. Ceux qui n’investissaient rien restaient avec leur capital initial; mais en confiant leur argent à son administrateur, il pouvait l’augmenter considérablement, ou tout perdre, si ce dernier décidait de tout garder pour lui.

Près de la moitié des sujets qui avaient inhalé une dose d’ocytocine au début de l’expérience offrait la totalité de leur capital à l’administrateur fiduciaire, alors que du côté de ceux ayant inhalé un placebo, seule une personne sur cinq prenait un tel risque.

Dans une variante de cette expérience, c’était un ordinateur, et non une personne réelle, qui demandait la confiance du joueur. Les investisseurs ayant reçu de l’ocytocine ne faisaient alors pas davantage confiance à l’ordinateur que leurs collègues ayant reçu le placebo. Un résultat plutôt étonnant qui montre bien qu’on a ici véritablement affaire à un renforcement du lien de confiance avec un congénère, et non à une simple augmentation de la témérité, par exemple.

Dans une étude publiée en 2008, Paul Zak propose que l’ocytocine puisse aussi favoriser la générosité en augmentant notre empathie pour autrui. Dans un contexte expérimental où chaque sujet devait se mettre à la fois à la place d’une personne qui donne et qui reçoit de l’argent, les résultats indiquent que le fait d’inhaler de l’ocytocine rend les gens plus généreux dans leurs dons. En fait, comme il s’agissait d’argent réel, on a calculé que ceux qui avaient reçu de l’ocytocine repartaient du laboratoire avec 5% de moins d’argent que ceux qui avaient reçu un placebo.

Mais cette générosité était spécifique à la situation où le donneur était incité à se mettre à la place du receveur. L’effet comportemental de l’ocytocine se manifestait donc encore une fois ici que dans une situation d’empathie, quand un lien réel était établi avec un autre individu. Pour Zak, il ne fait aucun doute que nos interactions quotidiennes avec les autres nous placent constamment en situation où nous sommes amenés à donner un peu de temps ou de ressources à autrui. C’est la base de ce qu’on pourrait appeler le "ciment social" auquel une molécule comme l’ocytocine contribue significativement.


 

 

 

Le bisphénol A banni de France

 

 Pauline Fréour   01/2015
Le perturbateur endocrinien est désormais interdit dans tous les contenants alimentaires. Une décision très politique.

 

Boîtes de conserve, cannettes de soda, bonbonnes d'eau: depuis jeudi, tous ces "contenants alimentaires" ne peuvent plus contenir de bisphénol A (BPA), un perturbateur endocrinien utilisé pour fabriquer les plastiques durs et transparents type polycarbonate et les résines couvrant l'intérieur des boîtes métalliques.La loi passée le 24 décembre 2012 suspend la fabrication, l'importation, l'exportation et la mise sur le marché de tout contenant ou ustensile comportant du BPA à partir du 1er janvier 2015. Les consommateurs vont pourtant continuer à trouver des produits avec BPA pendant quelques mois, puisque ceux qui se trouvent déjà en magasin ou en stockage ne seront pas rappelés. Les produits destinés aux nourrissons et où figurait du BPA étaient déjà interdits.

La France devient ainsi le premier pays du monde à interdire aussi largement le bisphénol A . Cette substance chimique de synthèse est identifiée depuis longtemps comme un perturbateur endocrinien, en raison de sa structure moléculaire proche de celle des hormones. En avril 2013, l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a conclu après trois années de travail à des «risques potentiels pour la santé», confirmant «la nécessité de réduire les expositions», notamment par la voie alimentaire, qui contribue à «plus de 80 %» à l'exposition de la population.

Limiter l'exposition

Les experts ont retenu un risque chez la femme enceinte pour l'enfant à naître, chez qui l'on peut redouter une modification de la structure de la glande mammaire pouvant favoriser un développement tumoral ultérieur. Les preuves scientifiques de ce lien de cause à effet, qui n'a été observé que chez l'animal, ont été classées comme «modérées». Les autres effets supposés du bisphénol A (sur le cerveau, le métabolisme et la fertilité) n'ont pas pu être confirmés, faute d'études suffisantes. L'Anses a donc appelé à poursuivre les recherches.

Saluée par le parti des Verts, qui souhaitait même aller plus loin et plus vite dans l'interdiction, la mesure, votée à une vaste majorité incluant socialistes et UMP, suscite en revanche des réserves du côté des industriels mais aussi, et c'est plus surprenant, des scientifiques. Le Pr Jean-François Narbonne, toxicologue expert auprès de l'Anses, rappelle ainsi que le risque toxicologique du bisphénol A avait été jugé en 2007 bien inférieur à celui des phtalates par l'agence, et pourtant c'est bien au BPA que la priorité a été donnée.

«Il était, c'est vrai, nécessaire d'abaisser l'exposition de la population au BPA car une partie des individus dépassent les plafonds recommandés», précise le toxicologue. Mais il n'y avait pas urgence à le bannir entièrement des contenants alimentaires, assure-t-il. «La réduction de l'exposition aurait pu passer par des mesures plus ciblées, comme des recommandations au grand public pour limiter la consommation de conserves chez les populations sensibles (femmes enceintes, adolescents, bébés), ou en interdisant la mise en conserve de denrées sensibles comme le lait maternisé ou les plats préparés gras type cassoulet, estime Jean-François Narbonne. Cette décision est entièrement politique, elle ne repose sur aucun argument sanitaire. Les législateurs ont confondu le danger du BPA - qui est incontestablement un perturbateur endocrinien - et le risque pour la population dans les conditions de vie que nous connaissons. Or ce dernier n'a pas été révélé par les études épidémiologiques», poursuit-il, déplorant que la décision ait été prise de façon précipitée et sans qu'on ait pris le temps de passer en revue les substituts disponibles, leur innocuité et le coût des opérations de remplacement pour les industriels.

Transition difficile

Des regrets partagés par Olivier Draullette, délégué général du Syndicat national des fabricants de boîtes, emballages et bouchages métalliques. «Tous les acteurs du marché français des boîtes de conserve, côté emballage et côté agroalimentaire, travaillent ensemble depuis deux ans à cette transition. Il a fallu vérifier l'interaction de tous les aliments ou recettes que nous emballons avec les résines se substituant au BPA (polyesters, vinyliques ou acryliques), afin de s'assurer que l'acidité des contenus ne donnerait pas lieu à une perforation du métal, et donc à de la fermentation.» Car le BPA avait l'immense avantage de s'adapter à presque tous les contenants, et de résister à tous les pH. Ce qui n'est pas le cas de ses substituts, dont il faut faire varier l'épaisseur et la composition pour obtenir la même protection. «Cette spécification représente un travail énorme, dont on a chiffré le coût à plusieurs dizaines de millions d'euros», souligne Olivier Draullette.

L'industriel s'interroge désormais sur les conséquences économiques d'une mesure qui isole la France par rapport à ses partenaires commerciaux. «En perdant ce produit universel, nous allons réduire nos économies d'échelle. Or nos clients étrangers, qui se moquent de la présence ou non de BPA dans la boîte de conserve, nous disent: “S'il y a un surcoût, on ne veut pas le payer”.» L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) doit rendre fin janvier un avis sur les risques associés au Bisphénol A. «Nous espérons que cela donnera lieu à une norme européenne, c'est la seule façon pour nous de retrouver de la compétitivité», soupire Olivier Draullette.


 

Ce qu'il faut savoir sur les perturbateurs endocriniens

Le plus connu d'entre eux, le bisphénol A, va ainsi être interdit dans tous les contenants alimentaires à compter du 1er janvier 2015

 Rémy Slama :

www.dailymotion.com/embed/video/x2cdxvt

 

De plus en plus de questions se posent au sujet des perturbateurs endocriniens, ces substances chimiques qui, à doses parfois minuscules, bousculent notre équilibre hormonal. Le plus connu d'entre eux, le bisphénol A, va ainsi être interdit dans tous les contenants alimentaires à compter du 1er janvier 2015. Epidémiologiste de l'environnement à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et directeur du conseil scientifique du Programme national de recherche sur les perturbateurs endocriniens (PNRPE), Rémy Slama répond, dans cette vidéo d'Universcience, aux principales interrogations qu'ont suscitées ces molécules qui ont remis en question certains principes de la toxicologie.
 


 

Le sexisme s'invite dans la médecine

 

Le Point 07/2014 

Un article à paraître dans "Science et Vie" révèle que les médicaments, créés pour les hommes, peuvent s'avérer dangereux pour la gent féminine.

Photo d'illustration. `

La médecine est-elle sexiste ? Une étude à paraître lundi dans le magazine Science et Vie du mois d'août et relayée ce samedi par le site internet du Parisien révèle que les médicaments soigneraient mieux les hommes que les femmes. La raison : les tests de médicaments menés dans les laboratoires le sont principalement sur des rats mâles, pour "éviter que les hormones ne perturbent les résultats", comme le précise la généticienne Claudine Junien citée par Le Parisien.

Or, plusieurs études montrent qu'hommes et femmes ne réagissent pas de la même façon aux médicaments en raison de leur métabolisme différent. Le magazine américain Nature publiait déjà en 2010 un dossier sur le sujet, expliquant que "l'omission des femmes dans les études faussait les résultats".

Le système immunitaire des femmes étant plus réactif, les vaccins ont notamment plus d'effets sur elles que sur la gent masculine. Les femmes produisent par exemple autant d'anticorps que les hommes avec une simple demi-dose de vaccin, selon des chercheurs américains. Le même problème se pose avec les somnifères. L'Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA) a d'ailleurs recommandé en début d'année de diminuer de moitié les doses de Zolpidem prescrites aux femmes. Leur organisme mettant plus de temps à se débarrasser du médicament.

Des risques pour le coeur

De plus en plus de chercheurs, qui réalisent que les différences entre les sexes sont sous-étudiées, réclament donc davantage de tests pour les femmes. À tel point que l'Institut national de la santé américain (NIH) a décidé de couper ses subventions si les études n'analysent pas leurs résultats en fonction du sexe.

Le problème se pose d'autant plus que certains médicaments ont un effet limité sur les femmes. C'est notamment le cas de l'aspirine censée prévenir le risque d'infarctus. Si elle agit en effet sur le coeur en diminuant notamment de 32 % le risque cardiaque chez les hommes, elle est bien moins efficace chez les femmes. Or, ces dernières sont de plus en plus sujettes aux risques cardiaques. Le Parisienrappelle ainsi que les problèmes cardiaques tuent "dix fois plus de femmes en Europe que le cancer du sein". Or seulement 30 % de la recherche sont consacrés aux maladies cardiaques au féminin.

Une étude américaine menée par l'université Washington de Saint-Louis dans le Missouri et publiée au mois de décembre dernier a néanmoins montré que le médicament Metformin, prescrit pour lutter contre les diabètes de type 2, a des "effets positifs sur le fonctionnement du coeur des femmes, mais pas sur celui des hommes".


 

Mâles En Péril

 Arte 1h25 

www.youtube.com/embed/1ZHe0c9b0-I


 

 

Une affaire de Sexe

 Voyage au Centre du Cerveau (3°épisode)

Arte 42mn

 www.dailymotion.com/embed/video/xq25oo

 


 

 

« Les données des neurosciences sont souvent instrumentalisées »

 

 

Laurent Cohen est professeur de neurologie, chercheur à l’Institut du cerveau et de la moelle épinière à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

Les neurosciences révèlent-elles des différences entre cerveau féminin et cerveau masculin ?

Cette question récurrente place les neurobiologistes dans une situation inconfortable. Il existe certes des différences plus ou moins marquées dans l’anatomie (le cerveau des hommes est plus gros…), la fréquence des maladies du cerveau (la sclérose en plaques est plus fréquente chez les femmes, l’autisme chez les hommes…) et la biologie du cerveau (selon les influences hormonales…). Mais les différences de taille mesurées entre cerveau masculin et féminin sont statistiques, établies sur un grand nombre d’individus. Et il existe de fortes variations individuelles, avec un recouvrement important entre les deux groupes. Par ailleurs, il est très difficile d’établir une relation entre des différences de structure et des différences de fonction cérébrale. Surtout, les interprétations de ces différences sont souvent abusives, les données instrumentalisées.

En avez-vous des exemples ?

Oui. Cela a été le cas pour une étude d’imagerie cérébrale menée chez 428 garçons et 521 filles de 8 à 22 ans, publiée le 3 décembre 2013 dans PNAS par une équipe américaine [Madhura Ingalhalikar et al]. Résultats : chez les femmes, les connexions qui relient les deux hémisphères du cerveau apparaissent plus développées que chez les hommes. Inversement, chez les hommes, les connexions qui relient les différentes régions d’un même hémisphère sont renforcées. Quasi absentes dans l’enfance, ces différences se développent à l’adolescence. Elles sont surtout marquées à l’âge adulte.

Comment ces données ont-elles été réinterprétées ?

Chacun a vu midi à sa porte ! Un site très réactionnaire a écrit : « Une étude scientifique (...) ridiculise la théorie du genre. Il est maintenant prouvé qu'il existe des différences neuronales entre hommes et femmes et que leurs compétences sont complémentaires. » Ce site justifiait les différences de rôle social entre hommes et femmes par la réalité de la nature. A l’autre extrême, une radio du service public a mis l’accent sur le fait que les différences entre hommes et femmes se développent progressivement entre l’enfance et l’âge adulte. Et de citer Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme, on le devient. » A l’opposé du site précédent, cette radio affirmait que les différences de rôle social entre hommes et femmes apparaissent comme le pur produit – arbitraire – de l’éducation.

Comment les auteurs ont-ils interprété leurs résultats ?

Ils concluent que les cerveaux masculins sont organisés pour mieux coordonner la perception et l’action, tandis que les cerveaux féminins associent raisonnement, logique et intuition. Autant de lieux communs éculés ! Cela rejoint une autre réaction entendue à la radio, sur le mode : de grands savants américains prouvent que les femmes sont intuitives et les hommes prédisposés à la lutte gréco-romaine… Ou comment renforcer les stéréotypes de genre…

Une grande question est celle du caractère inné – biologique – ou acquis – culturel – des différences cognitives entre femmes et hommes. Les neurosciences peuvent-elles répondre ?

Lorsque l’imagerie cérébrale repère une différence entre le cerveau des femmes et des hommes, celle-ci est-elle la cause d’une différence de compétences innées ou la conséquence de l’éducation ? L’éducation et l’expérience impriment en permanence leur empreinte dans notre cerveau. Prenons l’exemple de la lecture. Lorsque vous apprenez à lire, vous utilisez les voies de connexion les plus adaptées à cet apprentissage. Mais dans le même temps, cet apprentissage modifie de façon subtile l’anatomie et les connexions de votre cerveau. Démêler la cause de la conséquence reste difficile.

Des différences anatomiques ne pourraient-elles pas, malgré tout, rendre compte de certaines différences cognitives ?

Quelles différences ? Les hommes logiques et les femmes intuitives ? Loin d’être évidentes, les différences intellectuelles liées au sexe sont minimes et très difficiles à prouver. Il y aurait un petit avantage masculin dans les tâches qui demandent de faire tourner des objets en 3D dans leur imagination, et un petit avantage féminin dans des tâches de langage. Mais même ces différences sont fragiles. Et des différences systématiques de performance en mathématiques n’existent entre sexes que lorsque l’accès à l’éducation scientifique est inégal. Pour autant, les choses ne se passent peut-être pas exactement de la même manière dans le cerveau des femmes et des hommes…


 

Le crabe et l'éléphant (à propos du Plan cancer 2014-2019) / ( négligence des Perturbateurs Endocriniens)

Des mesures ont été annoncées.

Et concernant l'environnement? 

 

Pour le cancer du sein, la France est le troisième pays le plus touché dans
 le monde. Pour le cancer de la prostate, notre pays réalise l'exploit d'occuper les première (Martinique) et troisième (France métropolitaine) marches de ce sinistre podium.

« Un éléphant dans le salon. » Les anglophones ont la chance de disposer de cette expression qui décrit à merveille les situations dans lesquelles un problème est trop important pour ne pas être remarqué et où, dans le même temps, se dégage une sorte de consensus tacite pour estimer sa résolution illusoire. Le pachyderme peut s'installer tranquillement dans le petit salon : les convives poursuivent leurs conversations l'air de rien, chacun feignant d'ignorer sa présence. Il s'agit de ne pas être l'idiot qui, le premier, proposera aux autres de procéder à la délicate exfiltration de l'animal.

Il y a un peu de cela dans le plan cancer rendu public le 4 février. Bien sûr, il faut reconnaître que le texte a été largement salué pour ses ambitions premières : réduire les inégalités d'accès aux soins, améliorer les conditions de vie matérielles des malades, lutter contre le tabagisme (première cause de mortalité évitable), etc. Rompant avec un concert de louanges sans doute mérité, le Réseau environnement santé (RES) fait remarquer de son côté que deux éléphants sont bel et bien là, au milieu du salon.

Le premier est le cancer du sein, le second celui de la prostate. Ce sont les deux cancers les plus fréquents. Ce sont aussi ceux dont l'incidence (les nouveaux cas diagnostiqués par an) a le plus fortement augmenté au cours des dernières années, malgré la prise en compte du vieillissement de la population.

LA FRANCE EST LE TROISIÈME PAYS LE PLUS TOUCHÉ

Pour le cancer du sein, la France est le troisième pays le plus touché dans le monde. Pour le cancer de la prostate, notre pays réalise l'exploit d'occuper les première (Martinique) et troisième (France métropolitaine) marches de ce sinistre podium.

Pourquoi une telle épidémie de ces cancers hormono-dépendants ? L'exposition diffuse aux produits dits « perturbateurs endocriniens » (certains pesticides, matériaux au contact des aliments, solvants, etc.) est l'un des principaux suspects. Il n'y a bien sûr pas de preuve épidémiologique définitive de ce lien. Et il n'y en aura sans doute jamais, du fait de l'ubiquité et des subtils modes d'action de ces molécules – effets différés, action à faibles doses pendant la période périnatale, etc. Cependant, les éléments de preuve rassemblés en février 2013 dans le rapport de l'Organisation mondiale de la santé et du programme des Nations unies pour l'environnement justifient amplement des mesures de prévention.

Or de cela, relève le RES, le plan cancer ne dit rien ou presque. Il renvoie à la Stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens, mais celle-ci, qui était attendue à l'automne 2013, n'existe toujours pas… Dommage.

Certes, les cancers du sein et de la prostate sont de mieux en mieux soignés. Certes, le tabac et l'alcool sont les principaux tueurs. Mais est-il juste que ceux qui ont décidé de ne pas prendre ces risques en courent d'autres, à leur insu ?

Stéphane Foucart 


 

Preferential Detachment During Human Brain Development: Age- and Sex-Specific Structural Connectivity in Diffusion Tensor Imaging (DTI) Data /Si les filles sont plus matures, c’est grâce à leurs connexions cérébrales

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http://pdf.lu/mgr5

Lors du développement cérébral, le nombre de connexions neuronales baisse mais les capacités du cerveau s’améliorent. Pourquoi ? Des chercheurs britanniques viennent de montrer que le cerveau conservait uniquement les informations les plus importantes afin de fonctionner plus efficacement. Cela se produirait plus tôt chez les filles que chez les garçons…

  

Pourquoi les filles sont-elles en général plus matures que les garçons à l’adolescence
 ? Selon cette étude, la réorganisation des connexions dans le cerveau se produirait plus tôt. © overseastom, Flickr, cc by nc sa 20. Pourquoi les filles sont-elles en général plus matures que les garçons à l’adolescence ? Selon cette étude, la réorganisation des connexions dans le cerveau se produirait plus tôt. © overseastom, Flickr, cc by nc sa 20.

À la naissance, le cerveau dispose déjà d’environ 100 milliards de neurones, qui ne sont pour la plupart pas encore reliés les uns aux autres. Lorsque les enfants font des découvertes, de nouvelles connexions, ou synapses, se forment pendant que d’autres se renforcent ou disparaissent. Ainsi, tout au long de l’existence et des apprentissages, le réseau de neurone se construit progressivement.

Mais, si dans les premières années de vie les connexions cérébrales se développent, elles subissent ensuite des réorganisations et leur nombre diminue. Ce phénomène intrigue les scientifiques. Pourquoi une telle baisse n’entraîne-t-elle pas une dégradation de l’activité cérébrale ? Une équipe de l’université de Newcastle upon Tyne au Royaume-Uni vient d’éclaircir le mystère. Son étude, publiée dans la revue Cerebral Cortex, montre que les synapses les plus importantes sont préservées.

Les synapses désignent la zone de contact entre deux neurones. C’est grâce à elles que l’influx nerveux peut circuler d’un neurone à l’autre.
Les synapses désignent la zone de contact entre deux neurones. C’est grâce à elles que l’influx nerveux peut circuler d’un neurone à l’autre. © Graham Johnson, Graham Johnson Medical Media, Boulder, Colorado

Le cerveau se débarrasse des informations redondantes

Pour parvenir à ce résultat, les chercheurs ont analysé le cerveau de 121 candidats âgés de 4 à 40 ans, la période de la vie au cours de laquelle les changements et les réorganisations des synapses sont les plus importants. À l’aide d’une technique d’imagerie par résonance magnétique (IRM) appelée diffusion tensor imaging, ils ont réussi à observer l’évolution des synapses dans le cerveau. Comme attendu, ils ont montré que le nombre total de fibres nerveuses restait globalement le même mais que les connexions nerveuses diminuaient avec l’âge.

En analysant ce phénomène d’un peu plus près, ils se sont rendu compte que certains nerfs étaient plus touchés que d’autres. En particulier, les fibres nerveuses qui permettent de relier différentes régions du cerveau sont mieux connectées que les petits nerfs localisés dans une même zone cérébrale. « Les connexions longues distances mettent du temps à se former mais sont cruciales pour le développement du cerveau, explique Marcus Kaiser, le directeur de l’étude. En revanche, les connexions courtes distances localisées dans une région identique du cerveau peuvent être redondantes et sont généralement moins importantes. ». Il ajoute : « C’est un peu comme dans un cercle d’amis, ceux que vous côtoyez très souvent peuvent vous donner plusieurs fois la même information, alors que ceux qui habitent plus loin vous communiquent en général des données nouvelles. »

Selon les auteurs, la perte de certaines connexions au cours du développement cérébral permet d’améliorer l’activité du cerveau. « En quelque sorte, le cerveau fait le ménage et ne conserve que les informations essentielles, raconte le chercheur, cela lui permet d’être plus efficace ». Les scientifiques ont fait une autre découverte surprenante. Leurs données montrent que cette réorganisation cérébrale se produit plus tôt chez les femmes que chez les hommes. Ce résultat pourrait expliquer pourquoi, à l’adolescence, les filles sont en général beaucoup plus matures que les garçons.


 

 

Un cerveau mâle ou femelle ? Une question d’œstradiol !

Julie Bakker a étudié la Biologie à l’Université d’Amsterdam. Diplômée en 1991, elle décide de se lancer dans une thèse de doctorat en neuroendocrinologie à l’Université Erasmus de Rotterdam. Une fois sa thèse défendue en 1996, elle rejoint l’université de Boston où elle effectue un post-doctorat de 4 ans, toujours en neuroendocrinologie. En 2000, c’est à Liège que Julie Bakker pose ses valises. Elle intègre l’équipe du Professeur Jacques Balthazart, responsable du Groupe de recherche en neuroendocrinologie du comportement au GIGA-neurosciences. Depuis 2003, Julie Bakker dirige son propre groupe de recherche. Elle a été nommée chercheur qualifié au FNRS en 2004 et bénéficie également du soutien financier du National Institute of Health (NIH) des Etats-Unis et de la Nederlandse Organisatie voor Wetenschappelijk Onderzoek (NWO-VICI) pour étudier la différenciation sexuelle du cerveau féminin.



Article rédigé par Audrey Binet

d'après les recherches de Julie Bakker 


17/05/11

 

La différenciation sexuelle du cerveau permet à un individu d’adopter un comportement sexuel mâle ou femelle à partir de la puberté. Alors qu’il est bien établi que la testostérone agit pendant le développement embryonnaire pour masculiniser le cerveau, jusqu’ici les scientifiques pensaient que l’oestradiol n’intervenait pas dans la féminisation du cerveau. Une théorie que des chercheurs de l’ULg mettent à mal en prouvant le contraire dans un article publié dans The Journal of Neuroscience.

Alors que les tabous autour de la sexualité tombent les uns après les autres depuis la fin du XXème siècle, le transexualisme reste relativement réprimé dans les sociétés occidentales. En effet, il y est souvent considéré comme une simple excentricité. Et pourtant, le transexualisme est une réelle discordance entre l’identité de genre et l’identité de sexe ressentie d’un individu. Pourquoi certaines personnes, malgré une anatomie parfaitement développée, ont-elles le sentiment d’appartenir à l’autre sexe ? L’origine de ce trouble est encore mal connue à l’heure actuelle. Une des pistes suivies par les scientifiques est le rôle des hormones sexuelles au cours du développement embryonnaire. Celles-ci seraient en effet impliquées dans la différenciation sexuelle du cerveau humain et programmeraient l’identité et l’orientation sexuelle d’un individu dès le stade embryonnaire.

« Les hormones sexuelles ont deux types de rôle qu’il faut distinguer », explique Julie Bakker, chercheur qualifié FNRS au sein de l’Unité de recherche en Neuroendrocinologie du Comportement du GIGA de l’ULg« Au cours du développement, c’est-à-dire jusqu’à la puberté, ces hormones interviennent dans l’organisation du comportement. Ensuite, à la puberté, elles jouent un rôle plus activateur au niveau des comportements sexuels ».

Une féminisation du cerveau « par défaut »

Selon la théorie classique, les différences sexuelles au niveau du cerveau des mammifères et de leurs comportements se développent sous l’influence des hormones gonadiques. Ainsi le cerveau évoluerait selon une voie de type mâle sous l’action de la testostérone secrétée par les testicules. « Chez le mâle, les testicules se développent au cours des premiers mois du développement embryonnaire. Elles sécrètent la testostérone qui atteint le cerveau dans le courant du deuxième trimestre de développement et induit sa masculinisation », précise Julie Bakker. En réalité, pour induire cette masculinisation du cerveau, la testostérone doit paradoxalement être transformée en œstradiol – hormone de la catégorie des œstrogènes, considérée comme la véritable hormone femelle - par une enzyme appelée «aromatase ». Il faut noter que la nécessité de cette conversion de la testostérone en oestradiol est surtout importante pour la masculinisation du cerveau chez les rongeurs. Hommes femmesPar contre, nous pensons que c’est la testostérone et pas l’oestradiol qui masculinise le cerveau humain !

« Chez les femelles, par contre, les ovaires ne sont pas actifs pendant le développement prénatal. Il n’y a donc pas de sécrétion d’hormones sexuelles » continue la chercheuse. La théorie classique soutient donc l’hypothèse que pour qu’un cerveau se masculinise et déclenche un comportement typiquement mâle, il faut de la testostérone au cours du développement prénatal. En l’absence de testostérone, les caractéristiques neurobiologiques et comportementales de type femelle se développeraient alors par « défaut ».

Des souris et des hommes

L’objectif principal des recherches de Julie Bakker est d’identifier les circuits neuronaux impliqués dans le comportement reproducteur et d’analyser les mécanismes par lesquels les hormones stéroïdes induisent une différenciation sexuelle du cerveau. Pour ce faire, et grâce à au soutien du National Institute of Health (NIH) (USA) et de la Nederlandse Organisatie voor Wetenschappelijk Onderzoek (NWO-VICI) (NL), la scientifique combine des projets de recherche sur des souris transgéniques et sur des modèles humains.« Nous travaillons avec des souris transgéniques qui ne sont plus capables de synthétiser telle ou telle hormone et l’on observe les répercussions que cela a sur leur comportement sexuel », explique Julie Bakker. « Pour les recherches sur le cerveau humain, nous faisons des examens post mortem mais nous avons également recours à l’imagerie cérébrale fonctionnelle (fMRI) ».  

paradigme comportement

Lors de précédentes études, Julie Bakker et ses collègues ont utilisé des souris ArKO, c'est-à-dire des souris chez lesquelles l’expression du gène codant pour l’enzyme aromatase a été supprimée. Incapables de transformer la testostérone en œstradiol au cours de leur développement prénatal, les souris mâles de cette lignée adoptent un comportement similaire aux mâles castrés à l’âge adulte. Si ces observations sont en ligne avec la théorie classique de la différenciation sexuelle du cerveau chez les mammifères, Julie Bakker et son équipe ont observé un autre détail qui remet cette théorie en question : les souris femelles ArKO montraient elles aussi un comportement sexuel anormal à l’âge adulte. En effet, celles-ci exprimaient moins le comportement de lordose et passaient moins de temps à investiguer les odeurs de leurs congénères. Ces résultats suggéraient donc que l’œstradiol pourrait avoir un rôle à jouer dans la différenciation du comportement sexuel chez les femelles. Une piste que Julie Bakker s’est empressée de creuser… 

Une théorie obsolète ?

Dans un article récemment publié dans The Journal of Neuroscience (1), Julie Bakker et ses collaborateurs décrivent les expériences qui leur ont permis de confirmer l’importance de l’œstradiol pour le développement du cerveau féminin. Les chercheurs sont en effet parvenus à corriger le déficit de comportement sexuel chez les souris femelles ArKO grâce à un traitement à l’œstradiol. Point important à souligner : « Ce traitement est efficace après la naissance des souris femelles ArKO et non avant. Plus précisément, nous sommes arrivés à corriger le comportement sexuel des femelles ArKO lorsque le traitement était administré peu avant la puberté de ces animaux », indique Julie Bakker. Selon la chercheuse, au vu de ces nouveaux résultats, la théorie classique de la différenciation sexuelle du cerveau des mammifères serait donc à revoir. Comme la masculinisation, la féminisation du cerveau serait elle aussi sous l’influence d’hormones sexuelles et ne se produirait pas « par défaut ». De plus, il est important de noter le décalage de « timing » observé dans la différenciation sexuelle du cerveau mâle et femelle. Alors que chez les mâles la testostérone doit agir au cours du développement embryonnaire pour induire la masculinisation du cerveau, chez les femelles, la différenciation sexuelle semble se produire peu avant la puberté…

differenciation sexuelle
 

(1). Brock O, Baum MJ, Bakker J (2011).  The development of female sexual behaviour requires prepubertal estradiolThe Journal of Neuroscience 31 (15):5574-5578.

 

Pister le parcours de l’œstradiol dans les circuits neuronaux

Du côté de ses recherches sur le modèle humain - qu’elle mène en collaboration avec le Nederlandse Instituut voor Neurowetenschappen (NIN) et le « Medisch Centrum Vrije Universiteit » à Amsterdam (Pays-Bas) - Julie Bakker a déjà sa petite idée sur la façon de mettre en perspectives ces nouveaux résultats. « Nous pourrions regarder chez les femmes ne synthétisant pas d’œstrogènes, comme les femmes atteintes du syndrome de Turner par exemple, si un traitement avec ces hormones entraînent des modifications au niveau cérébral, si le cerveau semble se féminiser ou non », explique la chercheuse. Le syndrome de Turner est une maladie chromosomique. Les femmes qui en sont atteintes n’ont qu’un seul chromosome X. Parmi les symptômes turnériens, on compte notamment une petite taille et un non fonctionnement des ovaires, et donc pas de sécrétion d’œstrogènes. « Dans un premier temps, les patientes reçoivent un traitement aux hormones de croissance pour atteindre une taille maximale. Ensuite, à la puberté, débute un traitement aux œstrogènes afin de permettre le développement des jeunes filles », précise Julie Bakker.

feminisant oestradiol

Cette dernière projette également de tenter de déterminer où agit l’œstradiol dans le cerveau de type femelle et quels sont les systèmes neuropeptidiques impliqués dans la féminisation du cerveau. « Mais aussi de voir quelle est la contribution des gènes situés sur le chromosome X à ce processus de féminisation car les gènes et les hormones interagissent », conclut Julie Bakker. Autant de démarches qui permettront de rassembler des éléments de réponse et de mieux comprendre pourquoi certaines personnes ont le sentiment d’appartenir au sexe opposé.


 

 

 

The influence of puberty on subcortical brain development

Munch
"puberté"

 article original PDF :

 

http://pdf.lu/Q099

 


 

 

Quand le cerveau a un sexe

 

 03/12/2013

Une étude montre que les connexions neuronales sont différentes selon le sexe : les hommes sont plus rapides, les femmes plus aptes à de multiples tâches.

Vénus
 et Mars de Botticelli.Vénus et Mars de Botticelli. © DR

 

 

Le scanner semble confirmer de bons vieux stéréotypes quant à la différence des sexes. Selon une étude publiée lundi en effet, les cerveaux féminins et masculins sont connectés différemment. "Ces cartes de la connectivité cérébrale montrent des différences frappantes et aussi complémentaires dans l'architecture du cerveau humain, qui aident à fournir une base neuronale potentielle expliquant pourquoi les hommes excellent dans certaines tâches et les femmes dans d'autres", relève Ragini Verma, professeur de radiologie à la faculté de médecine de l'université de Pennsylvanie (est), principal auteur de ces travaux publiés dans les Comptes rendus de l'Académie américaine des sciences (PNAS). 

Cette étude, qui a porté sur 949 personnes en bonne santé (521 femmes et 428 hommes) âgées de 9 à 22 ans. Elle montre chez l'homme une plus grande connectivité neuronale entre le devant du cerveau, siège de la coordination de l'action, et l'arrière où se trouve le cervelet, important pour l'intuition. Les images indiquent aussi un grand nombre de branchements dans chacun des deux hémisphères cérébraux. Une telle connectivité suggère que le cerveau masculin est structuré pour faciliter les échanges d'informations entre le centre de la perception et celui de l'action, selon Ragini Verma.

Les hommes plus aptes à apprendre

Quant aux femmes, les branchements relient l'hémisphère droit, où siège la capacité d'analyse et de traitement de l'information, à l'hémisphère gauche, centre de l'intuition, explique-t-elle. Cette chercheuse explique que les hommes sont en moyenne plus aptes à apprendre et à exécuter une seule tâche, comme faire du vélo, du ski ou la navigation. Les femmes ont une mémoire supérieure et une plus grande intelligence sociale qui les rendent plus aptes à exécuter de multiples tâches et à trouver des solutions pour le groupe, selon elle.

Des études dans le passé avaient déjà montré des différences dans les cerveaux masculin et féminin, notent les auteurs. Mais, soulignent-ils, cette connectivité neuronale de régions cérébrales dans l'ensemble du cerveau n'avait jamais été liée auparavant à de telles aptitudes cognitives dans un aussi grand groupe. "Il est aussi frappant de constater combien les cerveaux de la femme et de l'homme sont vraiment complémentaires", relève Ruben Gur, professeur de psychologie à la faculté de médecine de l'université de Pennsylvanie, un des principaux coauteurs de ces travaux. 

Les femmes plus attentives

"Les cartes détaillées du connectome (plan complet des branchements cérébraux, NDLR) dans le cerveau vont non seulement nous aider à mieux comprendre les différences dans la manière dont les hommes et les femmes pensent, mais aussi nous donner un plus grand éclairage sur les causes des troubles neurologiques souvent liés au sexe de la personne", espère-t-il. Les prochaines recherches devront identifier plus précisément quelles connexions neuronales sont spécifiques à un sexe et communes aux deux, explique le psychologue.

Les auteurs ont observé peu de différences de connectivité cérébrale entre les sexes chez des enfants de moins de 13 ans. En revanche, les différences étaient plus prononcées chez les adolescents de 14 à 17 ans et les jeunes adultes de plus de 17 ans. Les observations faites dans cette recherche correspondent aux résultats d'une étude sur les comportements effectuée par l'université de Pennsylvanie qui a mis en évidence des différences prononcées entre les deux sexes. Cette recherche a ainsi montré que les femmes sont supérieures aux hommes pour la capacité d'attention, la mémoire des mots et des visages ainsi qu'aux tests d'intelligence sociale, mais les hommes les surpassent en capacité et vitesse de traitement de l'information.


 

Adolescence : le cerveau, chef d'orchestre de la puberté

 

Grâce à de nombreuses études, les chercheurs peuvent désormais répondre à la question la plus formulée par les parents : "Mais qu'est-ce qu'il a dans la tête ?"

N'en
 déplaise aux jeunes filles, un minimum de tissu adipeux est indispensable à la fabrication par l'organisme des hormones sexuelles.N'en déplaise aux jeunes filles, un minimum de tissu adipeux est indispensable à la fabrication par l'organisme des hormones sexuelles. © POUZET / SIPA

 

Au cours de l'adolescence, le cerveau subit des modifications à la fois dans sa structure et dans son fonctionnement, dont les conséquences sont difficiles à ignorer par tous ceux qui côtoient alors les jeunes. Tout se passe sous l'influence des hormonesassociées à la maturation du système reproducteur pendant la puberté. De nombreux experts internationaux, réunis hier à Paris par la Fondation Ipsen, ont fait le point des connaissances dans ce domaine. Ils se sont notamment intéressés aux événements susceptibles de perturber la puberté. Grâce à leurs travaux, les parents ont désormais une réponse (partielle) à la question récurrente : "Mais qu'est-ce qu'il a dans la tête ?"

La puberté est l'événement qui définit l'adolescence. Elle marque la période à laquelle les garçons et les filles peuvent commencer à se reproduire. Son âge moyen d'apparition est actuellement de 13 ans (mais tout reste dans la norme à plus ou moins 2 ans près). "Cet âge a un impact considérable sur le développement psychologique et comportemental, ainsi que sur la capacité à s'adapter, et il peut influencer l'émergence de problèmes dépendant du sexe, tels que les troubles alimentaires, l'automutilation et la dépression chez les filles, et les problèmes de comportement chez les garçons", ont noté les spécialistes. Certains d'entre eux ont montré, dans leurs travaux, que les jeunes ayant eu une puberté précoce ou tardive sont plus attirés par l'exploration et le risque que ceux dont la puberté commence à un âge normal.

Quand des souris prennent de la coke...

Mais quelle que soit la période exacte de sa survenue, tous les jeunes traversent alors une zone de turbulence de mieux en mieux comprise par les spécialistes du cerveau. L'IRM fonctionnelle montre que le développement ne se fait pas de la même façon dans toutes les structures cérébrales. "Il y a alors une grande différence de maturation entre le système limbique (qui gère les émotions) et le cortex préfrontal (qui contrôle les comportements)", explique Yves Christen, organisateur du congrès. "Et ce dernier n'a pas l'armature pour gérer les pulsions et les émotions." C'est donc la période de la prise de risques, celle de tous les dangers, que les parents connaissent bien.

La consommation de drogue est une conséquence fréquente de la tendance des adolescents à faire des expériences. Malheureusement, elle peut affecter durablement le cerveau. Des spécialistes de Toronto (Canada) ont montré, chez la souris recevant de la cocaïne, un développement anormal des structures du cerveau social et une augmentation de l'activité locomotrice. Ces effets étaient plus importants lorsque la drogue était administrée à des rongeurs adolescents que lorsqu'il s'agissait de jeunes adultes.

Les chercheurs s'intéressent également beaucoup aux liens entre les apports nutritionnels et la puberté. "La reproduction nécessitant une grande quantité d'énergie, surtout chez les filles, la fertilité est réduite lorsque la nourriture est insuffisante", a rappelé le Pr Jacques Young, endocrinologue à l'hôpital de Bicêtre (AP-HP), en citant des travaux espagnols. L'anorexie est d'ailleurs une cause établie de retard pubertaire. N'en déplaise aux jeunes filles, un minimum de tissu adipeux est indispensable à la fabrication par l'organisme des hormones sexuelles.


 

 

 

 

 

 

The Teenage Brain

conférence de Jay N. Giedd (50 mn)

Jay N. Giedd, MD, Child and Adolescent Psychiatrist; Chief, Brain Imaging in the Child Psychiatry Branch, National Institute of Mental HealthNational Institutes of Health;leading researcher on child and teen brain maturation and development

 

www.youtube.com/embed/D8ZMulwX8WI

 

 


 

 

Pubertal hormones organize the adolescent brain and behavior

article original PDF :

 

http://pdf.lu/1Q45


 

 

Sex differences in the structural connectome of the human brain

le cerveau masculin (en haut) et le cerveau féminin (en bas)

 

 

Significance

Sex differences are of high scientific and societal interest because of their prominence in behavior of humans and nonhuman species. This work is highly significant because it studies a very large population of 949 youths (8–22 y, 428 males and 521 females) using the diffusion-based structural connectome of the brain, identifying novel sex differences. The results establish that male brains are optimized for intrahemispheric and female brains for interhemispheric communication. The developmental trajectories of males and females separate at a young age, demonstrating wide differences during adolescence and adulthood. The observations suggest that male brains are structured to facilitate connectivity between perception and coordinated action, whereas female brains are designed to facilitate communication between analytical and intuitive processing modes.

Abstract

Sex differences in human behavior show adaptive complementarity: Males have better motor and spatial abilities, whereas females have superior memory and social cognition skills. Studies also show sex differences in human brains but do not explain this complementarity. In this work, we modeled the structural connectome using diffusion tensor imaging in a sample of 949 youths (aged 8–22 y, 428 males and 521 females) and discovered unique sex differences in brain connectivity during the course of development. Connection-wise statistical analysis, as well as analysis of regional and global network measures, presented a comprehensive description of network characteristics. In all supratentorial regions, males had greater within-hemispheric connectivity, as well as enhanced modularity and transitivity, whereas between-hemispheric connectivity and cross-module participation predominated in females. However, this effect was reversed in the cerebellar connections. Analysis of these changes developmentally demonstrated differences in trajectory between males and females mainly in adolescence and in adulthood. Overall, the results suggest that male brains are structured to facilitate connectivity between perception and coordinated action, whereas female brains are designed to facilitate communication between analytical and intuitive processing modes.

Madhura Ingalhalikara,Alex Smitha,Drew ParkeraTheodore D. Satterthwaiteb,Mark A. Elliottc,Kosha RuparelbHakon Hakonarsond,Raquel E. GurbRuben C. GurbRagini Vermaa

Edited by Charles Gross, Princeton University, Princeton, NJ, and approved November 1, 2013 (received for review September 9, 2013)


 

Adolescent Cocaine Exposure Causes Enduring Macroscale Changes in Mouse Brain Structure

article original en PDF :

http://pdf.lu/XBTc


 

Chronobiologie L'homme et ses rythmes

 

 http://nemesistv.info/video/GY2A2GK7AM16/chronobiologie-l-homme-et-ses-rythmes

 attendre quelques secondes pour cliquer sur "start video" qui doit apparaître en haut et à droite de l'écran

puis plein écran

Superbe tour d'horizon récent sur ce sujet essentiel et négligé !

  52 mn

 

et

https://www.youtube.com/embed/c3N7gDs1Hsc

pour sourire ...


     

Les antalgiques seraient des perturbateurs endocriniens

Aspirine, paracétamol… Les médicaments antalgiques et les anti-inflammatoires non stéroïdiens les plus célèbres pourraient révéler leur côté obscur : ils inhiberaient la production de testostérone chez l’Homme et seraient donc à ce titre des perturbateurs endocriniens. Chez le rat, cela se traduit par une féminisation des mâles.

 

L'aspirine figure parmi les médicaments les plus ingérés au monde. Bien qu'on lui attribue de nombreuses vertus qui dépassent la simple atténuation de la douleur ou de la fièvre, il y aurait une contrepartie à payer pour les hommes : une baisse de la production de testostérone qui aurait des répercussions sur tout le corps et la fertilité.  

Les antalgiques les plus utilisés pourraient présenter des effets similaires à ceux des perturbateursendocriniens, comme le bisphénol A et les phtalates. Ainsi, le paracétamol et les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) inhiberaient la production de testostérone chez l’adulte. C’est ce qu’indique une étude menée par l’Inserm sur des échantillons de tissu testiculaire d’hommes adultes, mis en culture avec du paracétamol ou de l’aspirine.

« Quatre études de cohorte indépendantes mettent en évidence une association entreantalgiques et risque de cryptorchidie [l’absence d'un ou des deux testicules dans le scrotum,NDLR], décrit Bernard Jégou, directeur de l’institut de Recherche, santé, environnement et travail (Irset) de RennesNos travaux chez le rat montrent une baisse de la production de testostérone, ou encore une féminisation des rats mâles nouveau-nés. »


On a tendance à apprécier les anti-inflammatoires non-stéroïdiens comme le paracétamol pour leur capacité à atténuer les douleurs. Mais s'ils entraînent une féminisation des hommes, ils risquent de perdre de leur superbe. © Michelle Tribe, Wikipédia, cc by 2.0

Des antalgiques nocifs pour les testicules

Grâce à ces résultats parus dans Human Reproduction, les chercheurs ont obtenu le soutien de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) afin de mener des recherches chez l’humain, du stade fœtal au stade adulte. Pour Bernard Jégou, « il s’agit des médicaments parmi les plus utilisés dans le monde. La conduite de ces travaux est donc un enjeu de santé publique ».

Le docteur et son équipe ont ainsi exposé des échantillons testiculaires d’hommes adultes à différentes doses de paracétamol ou d’aspirine pendant au moins 24 heures. Les observations semblent sans appel. « À des concentrations équivalentes à celles retrouvées dans le plasma en cas de prise de ces molécules, chacune d’elles perturbe la production d’hormones stéroïdiennes et d’autres facteurs nécessaires à la masculinisation et la fertilité », explique le chercheur. En pratique, cela se manifeste par une baisse de production de la testostérone mais également desprostaglandines.

Pour Bernard Jégou, ces résultats « interpellent sur l’usage massif et chronique [des antalgiques] par certaines catégories de personnes. Des athlètes de haut niveau en usent et en abusent, notamment à des fins préventives. Outre les risques potentiels sur la fertilité ou sur la santé en général, ces produits qui provoquent une baisse de production de testostérone pourraient donc être contre-productifs en termes de performances ».