De la connerie dans le cerveau

Pierre Lemarquis

Neurologue et essayiste.

 

 Lorsque Jean-François Marmion m’a demandé si je serais éventuellement intéressé par la rédaction d’un article sur la place de la connerie dans le cerveau, j’étais, je l’avoue, très enthousiaste. J’acceptais immédiatement, sans très bien savoir pourquoi. Certes, au début, j’avais mal compris et pensais qu’il fallait parler des premiers James Bond et du Nom de la Rose. Certes, quand j’eus mieux saisi l’importance du sujet, il y avait les somptueux honoraires promis et l’honneur de figurer chez un éditeur prestigieux. Et puis, un défi à relever : ma devise étant celle de Mark Twain, «  Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait  », je me trouvais soudain confronté aux Tontons Flingueurs d’Audiard  : «  Les cons ça ose tout  ! C’est même à ça qu’on les reconnaît.  » Il me fallut rapidement déchanter car aucun laboratoire de recherche en neurosciences digne de ce nom ne semble s’atteler à ce phénomène pourtant capital et au cœur de notre existence quotidienne. Il fallait innover. Je constatai tout d’abord que mon enthousiasme initial était très communicatif, ce qui constituait un indice éthologique crucial dans ma quête de vérité ! De plus, quelques souvenirs de neurosciences et de saines lectures pouvaient en fournir les bases. Enfin, une image, insoutenable, que même Lacan, qui possédait l’original dans sa salle de bains, recouvrait d’un cache surréaliste coulissant  : il s’agissait de la reproduction d’une célèbre peinture de Courbet, dévoilant un tronc de femme nue, étalant passivement au premier plan son sexe, son «  con  », et qui se nomme, vous l’avez reconnue, L’Origine du monde. «  Et maintenant je vais vous faire voir quelque chose d’extraordinaire  » déclarait laconiquement le psychanalyste en découvrant l’œuvre à ses prestigieux invités, de Lévi-Strauss à Picasso en passant par Marguerite Duras, observant leur fascination à la dérobée… Nous sommes tous de grands prématurés pour des raisons d’anatomie du bassin féminin et devrions normalement rester au moins   15   mois de plus au chaud avant d’être jetés au monde. Ceci nous expose à des stress précoces qui pourront nous marquer à vie, même si nous les avons oubliés. Notre cerveau a de même évolué trop vite et souffre de plusieurs guerres intestines et autres conflits d’intérêts qui expliquent nos fréquentes difficultés à prendre une décision… le plus souvent la mauvaise !

Guerre nord/ sud :

 En théorie, le fonctionnement de notre cerveau est simple. Il ressemble à la toile du Titien sur l’allégorie de la prudence. On y voit trois têtes à chacun des âges de la vie. Le peintre représente le vieillard, il est accompagné de son fils et de son petit-fils adoptif avec le texte suivant : «  Informé du passé le présent agit avec prudence pour ne pas avoir à rougir de ses actions dans le futur  ». Notre cerveau se comporte comme une machine à prévoir l’avenir et son but est de nous maintenir en vie en s’adaptant aux circonstances, témoignage de sa flexibilité. Sa partie postérieure capte et décode les informations apportées par les sens, il les confronte ensuite à ce qu’il a emmagasiné comme souvenirs et propose, avec son beau lobe frontal, la meilleure attitude à adopter. C’est la proue de notre navire neuronal qui nous permet d’aller de l’avant, et son hypertrophie nous distingue des animaux et de nos ancêtres au front fuyant : elle nous oriente vers la meilleure action à envisager sur le monde pour assurer notre avenir, grâce aux fonctions dites «  exécutives  ». C’est la partie de notre cerveau dédiée à Apollon, la plus rationnelle, sage et mesurée, le cerveau sec. Mais la vie serait bien ennuyeuse si le lobe frontal dictait toujours notre conduite, et un ordinateur pourrait bien vite remplacer notre auguste cervelle. Turing le logicien, qui s’intéressait aux probabilités et rêvait déjà de créer un cerveau artificiel, n’a-t-il pas inventé en chemin le langage informatique ? Mais Dionysos veille et occupe des zones cérébrales anciennes et souterraines, les circuits du plaisir et de la récompense, cerveau humide et hormonal qui nous donne envie de vivre, cheval fou dont les buts ne s’accordent pas toujours avec ceux du cavalier facilement désarçonné qui tente de le maîtriser : des souris et des hommes sont morts en s’auto-stimulant frénétiquement ces circuits addictifs sans qui la vie serait une erreur. Nous ne citerons pas d’exemple et ne ferons pas de publicité pour une célèbre chaîne hôtelière, mais nombre d’individus dont personne ne mettra en doute les exceptionnelles capacités intellectuelles ont un jour succombé à leurs pulsions, ruinant leur carrière prometteuse en un bref instant de plaisir dérobé, qu’il s’agisse de sexe ou d’argent, en se comportant comme des cons.

 Notre cerveau : Thatcher contre le Che

Guerre est/ ouest :

Un autre conflit ruine les maigres capacités de notre cerveau, sa duplicité. Il se trouve en effet nanti de deux hémisphères, pourtant connectés : or ces faux jumeaux ne s’accordent en rien. Le gauche est de droite, conservateur, calculateur. Monopolisant la parole, il n’explore que la moitié du monde, la droite bien entendue, et si son alter ego, l’hémisphère droit, rend l’âme, il révèle sa vraie nature, néglige ce qui est dans son champ visuel gauche, se cogne aux portes, ne mange que la moitié située à droite des aliments dans son assiette, ne dessine que sur la moitié droite de la feuille de papier, confirmant l’étroitesse de sa vision. Dépourvu de rêve et de poésie, cette fourmi ne comprend pas les métaphores et cherche à tout rationaliser  : elle voit des constellations dans un groupement d’étoiles, recherche des répétitions, des codes et des martingales dans des phénomènes aléatoires auxquels elle veut donner du sens pour se rassurer, pouvoir les expliquer dans l’espoir de les contrôler, assoir son hégémonie, aller jusqu’aux sacrifices humains pour contenter un Grand Horloger. Mais son plus grand crime est de constamment brider l’autre hémisphère, son demi-frère, le droit, le révolutionnaire, le poète, celui qui est de gauche, la cigale qui comprend toutes les mélodies, associe un visage aux paroles entendues, celui qui a une vision holistique du monde qu’il apprécie dans sa globalité mais ne sait pas tenir un budget ni aligner deux mots. Thatcher contre le Che  ? Voilà notre gouvernement peuplé d’extrémistes censés se compléter harmonieusement mais qui se tiraillent et peinent à nous donner une ligne décisionnelle clairement définie !

Les cons sont toxiques et il faut s’en préserver

Nous sommes donc tous des cons en puissance. Mais certains courent plus de risques que d’autres : le lobe frontal, qui gendarme notre cerveau en tentant de réprimer ses conflits, n’est pleinement opérationnel qu’à partir de l’âge adulte, ce qui laisse tout loisir aux plus jeunes d’entre nous d’extérioriser leurs pulsions et leurs faiblesses, quitte à passer pour des p’tits cons. La sclérose cérébrale, guettant rapidement toute personne oisive qui ne s’astreint pas à une vie culturelle ou sociale active, prédispose, si l’on échappe à l’Alzheimer, à devenir un vieux con, même si le grand connaisseur Georges Brassens estime pour sa part que «  le temps ne fait rien à l’affaire 1  ».

Le niveau intellectuel par contre n’est pas discriminatif, et la connerie sévit autant chez les Nobel et autres membres de l’Institut que dans les propos de votre compagnon de comptoir. Dans l’excellent film de Michel Hazanavicius, Le Redoutable, on assiste à la transformation du génial «  Wolfgang Amadeus  » Godard en ce qui peut passer pour de la connerie prétentieuse et hermétique. La scène se passe dans une villa cossue de la côte d’Azur en mai   1968   et le réalisateur de la nouvelle vague vient, par son agitation, de contribuer à l’interruption prématurée du festival de Cannes. Défenseur du peuple, le révolutionnaire reproche à sa compagne son bronzage de bourgeoise en vacances et explique à ses amis médusés son projet d’un cinéma totalement épuré sans scénario, sans vedette ni artifice. Alors qu’un de ses proches ajoute, perfide, «  et sans spectateurs !  », le génie est confronté au bon sens du jardinier de la villa (qu’il n’a pas salué) qui lui dit avec candeur qu’il aime aller au cinéma le dimanche pour y prendre du plaisir, s’émerveiller et se distraire. Dans son ouvrage lumineux écrit en une seule soirée sous un pseudonyme, l’économiste italien Carlo Maria Cipolla nous explique Les Lois fondamentales de la stupidité humaine. Schémas à l’appui, il nous montre l’extrême danger de la stupidité : toute transaction avec un con vous mène conjointement au naufrage ! Un accord entre deux personnes intelligentes est productif pour les deux parties ; un bandit vous vole mais s’avère moins dangereux qu’un con car ce dernier vous entraîne avec lui dans sa spirale délétère : il scie la branche sur laquelle votre accord vous a conjointement placés. Il est donc essentiel de les reconnaître avant d’en arriver à de telles extrémités. Mais l’opération est extrêmement périlleuse ! Pour tenter d’éviter les redoutables conséquences de la connerie, le sociologue Christian Morel donne quelques pistes dans ses ouvrages sur les décisions absurdes  : constituer une équipe d’experts qui se respectent plutôt qu’un groupe soumis à un chef, l’effacement de la structure hiérarchique ou une hiérarchie alternante, la valorisation de la fonction d’avocat du diable permettant la procédure contradictoire qui stimule l’examen critique et freine le conformisme, donner du temps au temps  : bref, en quelque sorte, la démocratie dont personne (ou moins de   50  % de la population) ne doute des qualités décisionnelles de ses représentants. Mais comment au départ être rassuré sur son propre sort ? «  Qu’on soit con ou pas con on est toujours le con de quelqu’un  » avertit Pierre Perret, mais se poser la question est bon signe, c’est être capable d’introspection, donc d’autocritique, ce qui témoigne de capacités cognitives élaborées. Moins on a de connaissances, plus on a de convictions, nous dit Boris Cyrulnik. La réciproque est tout aussi pertinente : plus on a de connaissances et plus on a de doutes. Plus on a de souvenirs emmagasinés et plus notre cerveau disposera d’éléments pour agir avec prudence et compétence. En cherchant bien, comme le proclame l’auteur du Zizi, « … on est rassuré à chaqu’ fois Qu’on trouv’ toujours plus con que soi  ».

De la nécessité des cons : éloge de la connerie

La solution du problème est certainement là ! À la question «  Où se situe la connerie dans le cerveau  », la réponse est : dans le cerveau de celui qui affuble son semblable d’un tel qualificatif. La connerie est manifestement nécessaire sur le plan évolutif, sinon une telle tare aurait disparu depuis longtemps ! Loin s’en faut puisque, de l’avis général, les cons pullulent et se reproduisent plus vite que des lapins. Mais comment peuvent-ils échapper à la sélection naturelle en étant si peu équipés ? Il faut se résoudre à l’évidence : Le con, malgré sa dangerosité, est absolument nécessaire à la survie d’une société qui les chouchoute et dont ils constituent le ciment !

Notre cerveau est un cerveau social : traiter quelqu’un de con, c’est le pointer du doigt et l’enfermer dans une étiquette. C’est prouver que l’on est capable de détecter cette tare, ce qui n’est pas toujours aisé avec certitude à première vue, nous l’avons constaté, et que l’on n’en souffre pas. C’est montrer sa perspicacité, ce qui fait toujours plaisir à l’ego, et nous place au-dessus de la victime désignée. En général peu de gens vous contrediront et vous confirmerez ainsi votre ascendance à l’échelle d’un groupe qui partagera votre avis, plutôt que de s’y opposer, économisant le coûteux fonctionnement de leur cerveau en ne le gardant qu’en mode miroir. Ils désigneront avec vous la victime expiatoire en se moquant et les rires gras vous souderont. Vous serez confirmé en tant que leader d’une communauté supérieure qui sait tracer une frontière nette la démarquant de la famille des cons. Votre expertise s’étendra bien vite à d’autres domaines. Vous serez écouté et l’on suivra vos conseils, mieux, on vous obéira ! Les pauv’cons n’auront alors qu’à se casser ou à bien se tenir. Ils devront se soumettre et accepter les gausseries afin de remplir leur rôle fondamental de bouc émissaire. Oseront-ils chanter Brassens en sourdine «  Le pluriel ne vaut rien à l’homme et sitôt qu’on/ Est plus de quatre on est une bande de cons…  »  ? Prendront-ils le risque d’épingler en secret votre photo et celles de vos alter ego sur un mur dédié pour se soulager à leur tour, risquant à tout instant la dénonciation et les menaces par ceux-là mêmes qui les ont stigmatisés ? Pris de mégalomanie le Roi voudra bientôt garder sa couronne, étendre son pouvoir et régnera sans partage sur les manants qui l’ont placé sur le trône, les exploitant légitimement puisqu’ils sont trop cons. Et, toujours selon Brassens, il y a peu de chances qu’on le détrône !

 Qu’on soit con ou pas con on est toujours le con de quelqu’un

Pierre Perret

Une transposition moderne de l’œuvre de Courbet se nomme «  après la création  » et situe donc la toile après l’acte sexuel : une nouvelle vie vient d’être engendrée par l’entremise d’un «  con  ». La toile renvoie à la fresque de la création d’Adam vue par Michel-Ange sur la voûte de la chapelle Sixtine. Dieu fait l’homme à son image et le pointe avec son index, mais Adam fait le même geste et désigne (ou invente) pareillement son créateur. Michel-Ange a donné à Dieu la forme d’un cerveau qui se trouve ainsi braqué par l’index du premier homme. Ce dernier tente-t-il de répondre à la question de Jean-François Marmion ? Le Créateur et sa créature se traitent-ils mutuellement de cons ? Albert Camus en écrit implacablement la légende dans Le Mythe de Sisyphe : «  Ou nous ne sommes pas libres et Dieu tout-puissant est responsable du mal, ou nous sommes libres et responsables, mais Dieu n’est pas tout-puissant.  » À vous d’en tirer les conclusions transposées à notre propos ! Et c’est ainsi que j’ai compris mon enthousiasme, celui de mon entourage et l’exultation de tous ceux à qui j’ai parlé de cette proposition de contribution ! À défaut d’études scientifiques de haute volée et sans le savoir, leurs rires (pourtant interdits par le vénérable Jorge de Burgos, bibliothécaire du Nom de la Rose 2) m’ont donné la clé de l’origine du monde et je les en remercie du fond du cœur. Bande de c…!

 

1   Un article récent, pourtant de qualité, est volontairement mis à l’index par la communauté des neurologues, en particulier celle des hospitalo-universitaires. Il y est écrit et démontré que prendre précocement sa retraite expose à   15  % de risques supplémentaires de contracter la maladie d’Alzheimer. Par solidarité je n’en citerai pas les sources de peur qu’elles ne soient dévoyées et mal interprétées par le ministère d’Agnès Buzyn.

 2   Quelqu’un pourrait-il me rappeler le nom de cet acteur célèbre qui joue le rôle de Guillaume de Baskerville dans ce film et a aussi tenu le rôle de James Bond à ses débuts  ?

 

 

La connerie comme délire logique

Boris Cyrulnik

 Neuropsychiatre

 Directeur d’enseignement à l’Université de Toulon.

 

 

 Il n’y a rien de plus fréquent ni de plus sérieux que la connerie. Nous sommes certainement les êtres vivants les plus doués pour cela, dès lors que nous vivons dans un monde de représentations dont certaines, malgré leur cohérence, leur logique interne, peuvent se révéler totalement coupées du réel. On les qualifie de «  délires  » chez un psychotique, mais le plus souvent, pour vous comme pour moi, c’est tout simplement de la connerie. Et il est très facile d’en trouver mille exemples dans toutes les sphères de l’intelligence humaine. Prenons le domaine biologique. Si j’affirme que l’effet psychopharmacologique de deux comprimés de vitamines B6   équivaut exactement à l’effet d’un comprimé de vitamine B12, la logique mathématique me sert de leurre pour vous faire croire en une logique. Adaptée à un autre domaine, une logique peut donc devenir une connerie. Ainsi j’ai procédé à un petit calcul, inspiré par le psychiatre et psychanalyste Wilhelm Reich. L’espérance de vie sexuelle d’un couple est à peu près de   50   ans, parfois plus. À la cadence de deux rapports sexuels par semaine, périodicité habituelle dans notre culture, nous sommes partis pour 5   000   à   6   000   rapports sexuels. Or, en France, médaille d’or européenne de la natalité, les femmes donnent naissance en moyenne à   1,9   enfant. Soit, schématiquement, un enfant pour   3   000   rapports. Statistiquement donc, il est hautement improbable que les rapports sexuels soient la cause de la grossesse ! C’est imparable. (Remarquons au passage qu’à un tel rythme mathématique, il a fallu   2   399   200   000   000   actes sexuels pour obtenir une population de   7,5   milliards d’humains.)

Les sauts périlleux des psylacanistes Et du côté des psys ? On s’instruira avec profit d’une brève histoire de la compétition entre Allah Khan1   et Papa Freud. La jalousie d’Allah Khan fut le point de départ d’une divergence théorique fondamentale qui engendra la psylacanise, aujourd’hui vénérée par ses adorateurs qui répètent ses théories sans un mot de critique ou de discussion. Il est notoire par exemple qu’une patiente juive dit un jour à Allah Khan : «  Je suis réveillée tous les matins par l’angoisse. Je vis ça depuis la guerre, c’est l’heure à laquelle la Gestapo venait taper à la porte.  » Allah Khan sortit de son fauteuil et de la théorie pour entrer dans la pratique et passer à l’acte. Car il caressa la joue de la dame en disant : «  Geste à peau, geste à peau…  » Réaction de la patiente : «  C’est absolument merveilleux !  » En effet… Notons que les travaux d’Allah Khan sur le stade du miroir furent inspirés par l’éthologie animale, qu’il cita honnêtement. Ce fut d’ailleurs l’un des premiers à lire ce genre de publications, contrairement à ce que prétendent les psylacanistes, qui me détestent parce que j’ai souligné cette filiation, pourtant vérifiable en un clin d’œil. Le psychanalyste américain René Spitz encore, en   1946, dans La Première année de la vie de l’enfant, préfacé par Anna Freud, citait lui-même vingt-huit références d’éthologie animale. J’en conclus que, sans avoir lu leurs propres textes de base, les psylacanistes m’agressent au nom de l’idée qu’ils se font de la réalité, non de la réalité elle-même. Ce qui est la définition même du délire logique.

À l’occasion d’un colloque, dans les années   1980, j’ai imaginé un canular pour illustrer ce que Freud appelait la condensation et les déplacements dans la névrose obsessionnelle. J’ai inventé le cas d’un certain Otto Krank, souffrant d’une paralysie hystérique des deux oreilles : il ne pouvait pas les remuer comme le faisaient ses camarades de classe. Il s’en vint donc consulter un psychanalyste ou un psylacaniste, pour qui le signifiant vole bas puisqu’il agit sur le réel. Étant entendu qu’il suffit de changer un signifiant pour modifier son action sur le réel, le psychanalyste conseilla à Otto de faire l’anagramme de son prénom Otto, en l’écrivant à l’envers. Dès le lendemain, Otto se sentit beaucoup mieux. Il s’agit du même raisonnement que pour le «  geste à peau »  : déplacement, condensation, puis saut périlleux… Nous entrerons dans la carrière… Mais soyons justes : la connerie frappe parfois tout aussi fort du côté opposé, chez les psys se réclamant de la démarche scientifique. Les classifications du DSM (Manuel diagnostique et statistique, de l’Association américaine de psychiatrie) ou de la CIM (Classification internationale des maladies, par l’Organisation mondiale de la santé), s’élaborent sur la base d’articles acceptés par des revues à comité de lecture auxquelles je suis parfois invité à participer. Le nom de l’auteur de la recherche a beau rester caché, on devine très souvent qui a écrit l’article parce qu’on reconnaît son style et son thème de prédilection. Du reste, on peut très bien organiser un comité d’évaluation en choisissant les membres adéquats, qu’il s’agisse de son beau-frère, d’un copain à qui on a prêté beaucoup d’argent ou qu’on a déjà publié deux fois et qui doit nous renvoyer l’ascenseur, ou encore d’un nonagénaire qui ne cesse de répéter la même phrase («   stade du miroir, stade du miroir, stade du miroir…  »). Après tout, c’est ainsi qu’on fait carrière : en répétant toujours la même publication, quitte à en changer le titre ainsi qu’une phrase ou deux, jusqu’à la retraite. J’exagère un peu, certes, mais, en procédant anonymement, mon ami Paul Ekman, pionnier majeur de la psychologie des émotions, s’est vu refuser la publication d’un article par une revue qui l’avait déjà publiée deux ans auparavant. La connerie s’applique aussi au comité jugeant les copains ! Elle fait partie de tout système, que l’on soit biologiste, mathématicien, statisticien, psychanalyste, psylacaniste ou clinicien. Elle participe à la gestion du quotidien. Nous méritons le Prix Nobel pour notre complaisance ! Ou mieux encore, c’est-à-dire les citations du café du coin. Et pourtant, rendons hommage à la démarche scientifique. Elle présente au moins la vertu de préconiser le doute, la vérification, et l’acceptation que nos vérités sont momentanées. C’est un progrès dans la connerie. Mais si l’on veut mener une carrière scientifique, il faut absolument démontrer qu’on a raison… ce qui rejoint la conviction délirante. Par conséquent, deux options se présentent : espérance de carrière, ou espérance de vie. Soit on combat le doute pour privilégier la conviction, renforçant à la fois notre connerie et notre espérance de carrière. On signe alors des publications «  et ron, et ron, petit patapon  » pour être aimé, en insérant les termes et les citations qui font bien. Soit on transgresse, quitte à se faire agresser. Après un temps d’inconfort, on sera peut-être rejoint par d’autres gens pour former une nouvelle secte… qui, à son tour, répétera son ronron. Penser par soi-même, c’est donc se condamner à penser pour soi-même, avant de se voir rejoint rapidement par une bande de copains, pour former une nouvelle bande de cons… Des cons amicaux. Et, avec un peu de chance, on aimera au moins déconner ensemble. Voilà comment une carrière peut se voir affectée par notre rapport à la connerie. D’ailleurs, après cet article, je pense que ma carrière à moi va en prendre un méchant coup !

1   NdlR  : Boris Cyrulnik prononce Khan comme Caen et non comme Cannes. Toute ressemblance avec le plus célèbre psychanalyste français existant ou ayant existé serait presque fortuite.

 

Les émotions ne rendent pas (toujours) stupides

Rencontre avec Antonio Damasio

Professeur de neurologie et de psychologie

Directeur du Brain and Creativity Institute

Université de Californie du Sud (Los Angeles)

 

 •Une idée reçue veut que les émotions nous rendent idiot. Est-il idiot de le croire ?

 

 Cette croyance est trop générale pour rendre justice à la complexité du problème. D’abord, les émotions sont d’une grande variété. Certaines nous rendent incroyablement intelligent lorsqu’elles sont appropriées à la situation, et d’autres peuvent nous faire agir de manière tout à fait stupide ou dangereuse. Il faut donc distinguer les émotions négatives comme la colère, la peur ou le mépris, par exemple, et les émotions positives, comme la joie ou la compassion, qui nous rendent meilleurs, nous aident à coopérer, et nous font agir plus intelligemment. Bien sûr, toutes les émotions peuvent avoir leur revers : si vous vous montrez trop compassionnel ou trop gentil, vous pouvez vous faire escroquer sans devenir meilleur pour autant. Donc, ne mettons pas toutes les émotions dans le même sac. Et n’oublions pas que c’est la situation qui détermine si nos comportements vont se révéler intelligents ou stupides. Les émotions et les sentiments ne surgissent pas de manière isolée : la raison est nécessaire pour juger de nos actions. C’est important du point de vue de l’évolution, car notre espèce a d’abord éprouvé des émotions sans même que nos ancêtres en aient conscience. C’est plus tard qu’est venu le sentiment, c’est-à-dire une part de réflexion sur nos émotions. Tout ceci s’est trouvé chapeauté par la raison, basée sur la connaissance et la compréhension pertinente des situations. L’intelligence, chez l’être humain, c’est donc de savoir négocier entre les réactions émotionnelles, d’une part, et les connaissances et la raison, d’autre part. Le problème n’est pas l’émotion seule, ni la raison seule. La raison seule est un peu sèche : elle peut être appropriée à certaines situations de notre vie sociale, mais pas à toutes, loin de là.

 •Vous avez démontré que lorsque des patients sont coupés de leurs émotions à cause d’une lésion cérébrale, il leur est très difficile d’opérer de bons choix. Ce qui signifie qu’en situation normale, raison et émotion ne s’opposent pas…

 

 En effet. Là encore, c’est une affaire de négociation. Il n’est pas possible pour un être humain d’opérer dans ses pleines capacités uniquement avec sa raison, ou uniquement avec ses émotions. Les deux sont nécessaires. D’une certaine façon, la raison a évolué à partir d’émotions qui restent en arrière-plan pour nous engager dans une situation ou nous en tenir à l’écart. L’idée qu’il ne faudrait compter que sur ses émotions ou que sur sa raison pour mener sa vie, voilà une grande connerie !

 •Comment expliquer que des gens très intelligents, très éduqués parfois, puissent croire en des choses parfaitement stupides, voire dangereuses ?

 

 Il nous faut accepter le fait que dans l’immense complexité de l’être humain, nous disposons d’une énorme quantité de connaissances mais aussi d’un panel incroyablement vaste de réactions possibles. Sous prétexte que la psychologie et les neurosciences développent des modèles généraux du fonctionnement humain, il ne faut pas en déduire que nous fonctionnons tous de la même façon. Ce serait une très grande erreur, et un très grand danger. Certes, nous sommes tous humains, et en tant que tels nous méritons le respect, la liberté, et la sollicitude. Mais pour autant nous sommes tous extrêmement différents, avec chacun notre propre répertoire de comportements, notre style intellectuel, notre style émotionnel, notre tempérament. Certains d’entre nous sont très drôles, énergiques, et se réveillent le matin en chantant, tandis que d’autres préfèrent rester dormir. Nous devons reconnaître cette variété quasi infinie. Et de surcroît, nous ne vivons pas seuls mais parmi d’autres humains, au sein d’une culture donnée qui a inspiré notre développement. En vertu de cette variété, on peut donc tout à fait croire des choses idiotes dont on connaît la fausseté sur le plan scientifique et statistique. Nous sommes tous si différents que même parler d’une culture occidentale est discutable. Nous vivons plutôt dans des micro-cultures. La culture française, la culture américaine, c’est déjà trop général. Bien sûr, on peut facilement reconnaître certains traits comme typiquement français ou américains, mais ce ne sont guère que des stéréotypes : il faut encore compter avec des sous-divisions propres à nos groupes d’appartenance, aux traditions, aux normes en matière de comportements. Ça paraît compliqué, mais la réalité est tout simplement que nous ne nous réduisons pas à des stéréotypes. En tout cas, il ne le faut pas.

 •Votre dernier ouvrage, L’Ordre étrange des choses, traite des racines biologiques de la culture. Pensez-vous qu’aujourd’hui, dans notre culture globalisée, nous vivons l’âge d’or de la connerie ?

 

Difficile à dire ! À mon avis, oui et non. À notre époque nous ne connaissons pas tout, mais nous en savons beaucoup plus que nous en avons jamais su. L’accumulation de connaissances scientifiques à propos de la biologie, par exemple, du climat, de la physique, des maladies humaines comme le cancer, n’a jamais atteint de tels sommets. Nous avons accompli d’immenses progrès. Cela dit, à cause de la façon dont nous proviennent les informations, notamment avec la communication digitale et les réseaux sociaux, nous vivons aussi une époque où nous pouvons facilement nous laisser duper, nous laisser influencer par des erreurs ou des mensonges. Encore une fois, la réponse ne peut donc pas être binaire. Ça dépend de qui vous êtes, et où vous vous trouvez. Nos connaissances sont beaucoup plus importantes qu’il y a dix ans, et de loin, c’est indiscutable, mais nous sommes sujets à des flots de désinformation utilisée avec détermination. C’est tout à fait contradictoire. Cette époque est à la fois le meilleur et le pire pour la connerie.

 •Les neurosciences triomphantes sont-elles parfois stupides ou dangereuses ?

En tout cas elles nous intéressent beaucoup : nous voulons savoir comment nous sommes, comment notre cerveau, notre esprit et notre biologie fonctionnent, ce qui explique que les neurosciences soient tellement populaires. Lorsqu’une discipline est à ce point en vogue, on court le risque de la voir mal utilisée par de mauvais praticiens. Il y a évidemment de la bonne et de la mauvaise science, mais ce n’est pas une question de connerie. Et je ne pense pas que les neurosciences en général soient pires que la physique, la climatologie, ou toute autre science.

 

  

CECI TUERA CELA (VICTOR HUGO / NOTRE DAME DE PARIS / LIVRE V / CH. 2)

Giotto . Chapelle Scrovegni . Padoue . 1306

 

Nos lectrices nous pardonneront de nous arrêter un moment pour chercher quelle pouvait être la pensée qui se dérobait sous ces paroles énigmatiques de l’archidiacre : Ceci tuera cela. Le livre tuera l’édifice.

À notre sens, cette pensée avait deux faces. C’était d’abord une pensée de prêtre. C’était l’effroi du sacerdoce devant un agent nouveau, l’imprimerie. C’était l’épouvante et l’éblouissement de l’homme du sanctuaire devant la presse lumineuse de Gutenberg. C’était la chaire et le manuscrit, la parole parlée et la parole écrite, s’alarmant de la parole imprimée ; quelque chose de pareil à la stupeur d’un passereau qui verrait l’ange Légion ouvrir ses six millions d’ailes. C’était le cri du prophète qui entend déjà bruire et fourmiller l’humanité émancipée, qui voit dans l’avenir l’intelligence saper la foi, l’opinion détrôner la croyance, le monde secouer Rome. Pronostic du philosophe qui voit la pensée humaine, volatilisée par la presse, s’évaporer du récipient théocratique. Terreur du soldat qui examine le bélier d’airain et qui dit : La tour croulera. Cela signifiait qu’une puissance allait succéder à une autre puissance. Cela voulait dire : La presse tuera l’église.

Mais sous cette pensée, la première et la plus simple sans doute, il y en avait à notre avis une autre, plus neuve, un corollaire de la première moins facile à apercevoir et plus facile à contester, une vue, tout aussi philosophique, non plus du prêtre seulement, mais du savant et de l’artiste. C’était pressentiment que la pensée humaine en changeant de forme allait changer de mode d’expression, que l’idée capitale de chaque génération ne s’écrirait plus avec la même matière et de la même façon, que le livre de pierre, si solide et si durable, allait faire place au livre de papier, plus solide et plus durable encore. Sous ce rapport, la vague formule de l’archidiacre avait un second sens ; elle signifiait qu’un art allait détrôner un autre art. Elle voulait dire : L’imprimerie tuera l’architecture.

En effet, depuis l’origine des choses jusqu’au quinzième siècle de l’ère chrétienne inclusivement, l’architecture est le grand livre de l’humanité, l’expression principale de l’homme à ses divers états de développement soit comme force, soit comme intelligence.

Quand la mémoire des premières races se sentit surchargée, quand le bagage des souvenirs du genre humain devint si lourd et si confus que la parole, nue et volante, risqua d’en per-dre en chemin, on les transcrivit sur le sol de la façon la plus visible, la plus durable et la plus naturelle à la fois. On scella chaque tradition sous un monument.

Les premiers monuments furent de simples quartiers de roche que le fer n’avait pas touchés, dit Moïse. L’architecture commença comme toute écriture. Elle fut d’abord alphabet. On plantait une pierre debout, et c’était une lettre, et chaque lettre était un hiéroglyphe, et sur chaque hiéroglyphe reposait un groupe d’idées comme le chapiteau sur la colonne. Ainsi firent les premières races, partout, au même moment, sur la surface du monde entier. On retrouve la pierre levée des Celtes dans la Sibérie d’Asie, dans les pampas d’Amérique.

Plus tard on fit des mots. On superposa la pierre à la pierre, on accoupla ces syllabes de granit, le verbe essaya quelques combinaisons. Le dolmen et le cromlech celtes, le tumulus étrusque, le galgal hébreu, sont des mots. Quelques-uns, le tumulus surtout, sont des noms propres. Quelquefois même, quand on avait beaucoup de pierres et une vaste plage, on écrivait une phrase. L’immense entassement de Karnac est déjà une formule tout entière.

Enfin on fit des livres. Les traditions avaient enfanté des symboles, sous lesquels elles disparaissaient comme le tronc de l’arbre sous son feuillage ; tous ces symboles, auxquels l’humanité avait foi, allaient croissant, se multipliant, se croisant, se compliquant de plus en plus ; les premiers monuments ne suffisaient plus à les contenir ; ils en étaient débordés de toutes parts ; à peine ces monuments exprimaient-ils encore la tradition primitive, comme eux simple, nue et gisante sur le sol. Le symbole avait besoin de s’épanouir dans l’édifice. L’architecture alors se développa avec la pensée humaine ; elle devint géante à mille têtes et à mille bras, et fixa sous une forme éternelle, visible, palpable, tout ce symbolisme flottant. Tandis que Dédale, qui est la force, mesurait, tandis qu’Orphée, qui est l’intelligence, chantait, le pilier qui est une lettre, l’arcade qui est une syllabe, la pyramide qui est un mot, mis en mouvement à la fois par une loi de géométrie et par une loi de poésie, se groupaient, se combinaient, s’amalgamaient, descendaient, montaient, se juxtaposaient sur le sol, s’étageaient dans le ciel, jusqu’à ce qu’ils eussent écrit, sous la dictée de l’idée générale d’une époque, ces livres merveilleux qui étaient aussi de mer-veilleux édifices : la pagode d’Eklinga, le Rhamseïon d’Égypte, le temple de Salomon.

L’idée mère, le verbe, n’était pas seulement au fond de tous ces édifices, mais encore dans la forme. Le temple de Salomon, par exemple, n’était point simplement la reliure du livre saint, il était le livre saint lui-même. Sur chacune de ses enceintes concentriques les prêtres pouvaient lire le verbe traduit et manifesté aux yeux, et ils suivaient ainsi ses transformations de sanctuaire en sanctuaire jusqu’à ce qu’ils le saisissent dans son dernier tabernacle sous sa forme la plus concrète qui était encore de l’architecture : l’arche. Ainsi le verbe était enfermé dans l’édifice, mais son image était sur son enveloppe comme la fi-gure humaine sur le cercueil d’une momie.

Et non seulement la forme des édifices mais encore l’emplacement qu’ils se choisissaient révélait la pensée qu’ils représentaient. Selon que le symbole à exprimer était gracieux ou sombre, la Grèce couronnait ses montagnes d’un temple harmonieux à l’œil, l’Inde éventrait les siennes pour y ciseler ces difformes pagodes souterraines portées par de gigantesques rangées d’éléphants de granit.

Ainsi, durant les six mille premières années du monde, depuis la pagode la plus immémoriale de l’Hindoustan jusqu’à la cathédrale de Cologne, l’architecture a été la grande écriture du genre humain. Et cela est tellement vrai que non seulement tout symbole religieux, mais encore toute pensée humaine a sa page dans ce livre immense et son monument.

Toute civilisation commence par la théocratie et finit par la démocratie. Cette loi de la liberté succédant à l’unité est écrite dans l’architecture. Car, insistons sur ce point, il ne faut pas croire que la maçonnerie ne soit puissante qu’à édifier le temple, qu’à exprimer le mythe et le symbolisme sacerdotal, qu’à transcrire en hiéroglyphes sur ses pages de pierre les tables mystérieuses de la loi. S’il en était ainsi, comme il arrive dans toute société humaine un moment où le symbole sacré s’use et s’oblitère sous la libre pensée, où l’homme se dérobe au prêtre, où l’excroissance des philosophies et des systèmes ronge la face de la religion, l’architecture ne pourrait reproduire ce nouvel état de l’esprit humain, ses feuillets, chargés au recto, seraient vides au verso, son œuvre serait tronquée, son livre serait incomplet. Mais non.

Prenons pour exemple le moyen âge, où nous voyons plus clair parce qu’il est plus près de nous. Durant sa première période, tandis que la théocratie organise l’Europe, tandis que le Vatican rallie et reclasse autour de lui les éléments d’une Rome faite avec la Rome qui gît écroulée autour du Capitole, tandis que le christianisme s’en va recherchant dans les décombres de la civilisation antérieure tous les étages de la société et rebâtit avec ces ruines un nouvel univers hiérarchique dont le sacerdoce est la clef de voûte, on entend sourdre d’abord dans ce chaos, puis on voit peu à peu sous le souffle du christianisme, sous la main des barbares, surgir des déblais des architectures mortes, grecque et romaine, cette mystérieuse architecture romane, sœur des maçonneries théocratiques de l’Égypte et de l’Inde, emblème inaltérable du catholicisme pur, immuable hiéroglyphe de l’unité papale. Toute la pensée d’alors est écrite en effet dans ce sombre style roman. On y sent partout l’autorité, l’unité, l’impénétrable, l’absolu, Grégoire VII ; partout le prêtre, jamais l’homme ; partout la caste, jamais le peuple. Mais les croisades arrivent. C’est un grand mouvement populaire ; et tout grand mouvement populaire, quels qu’en soient la cause et le but, dégage toujours de son dernier précipité l’esprit de liberté. Des nouveautés vont se faire jour. Voici que s’ouvre la période orageuse des Jacqueries, des Pragueries et des Ligues. L’autorité s’ébranle, l’unité se bifurque. La féodalité demande à partager avec la théocratie, en attendant le peuple qui surviendra inévitablement et qui se fera, comme toujours, la part du lion. Quia nominor leo. La seigneurie perce donc sous le sacerdoce, la commune sous la seigneurie. La face de l’Europe est changée. Eh bien ! la face de l’architecture est changée aussi. Comme la civilisation, elle a tourné la page, et l’esprit nouveau des temps la trouve prête à écrire sous sa dictée. Elle est revenue des croisades avec l’ogive, comme les nations avec la liberté. Alors, tandis que Rome se démembre peu à peu, l’architecture romane meurt. L’hiéroglyphe déserte la cathédrale et s’en va blasonner le donjon pour faire un prestige à la féodalité. La cathédrale elle-même, cet édifice autrefois si dogmatique, envahie désormais par la bourgeoisie, par la commune, par la liberté, échappe au prêtre et tombe au pouvoir de l’artiste. L’artiste la bâtit à sa guise. Adieu le mystère, le mythe, la loi. Voici la fantaisie et le caprice. Pourvu que le prêtre ait sa basilique et son autel, il n’a rien à dire. Les quatre murs sont à l’artiste. Le livre architectural n’appartient plus au sacerdoce, à la religion, à Rome ; il est à l’imagination, à la poésie, au peuple. De là les transformations rapides et innombrables de cette architecture qui n’a que trois siècles, si frappantes après l’immobilité stagnante de l’architecture romane qui en a six ou sept. L’art cependant marche à pas de géant. Le génie et l’originalité populaires font la besogne que faisaient les évêques. Chaque race écrit en passant sa ligne sur le livre ; elle rature les vieux hiéroglyphes romans sur le frontispice des cathédrales, et c’est tout au plus si l’on voit encore le dogme percer çà et là sous le nouveau symbole qu’elle y dépose. La draperie populaire laisse à peine deviner l’ossement religieux. On ne saurait se faire une idée des licences que prennent alors les architectes, même envers l’église. Ce sont des chapiteaux tricotés de moines et de nonnes honteusement accouplés, comme à la salle des Cheminées du Palais de Justice à Paris. C’est l’aventure de Noé sculptée en toutes lettres comme sous le grand portail de Bourges. C’est un moine bachique à oreilles d’âne et le verre en main riant au nez de toute une communauté, comme sur le lavabo de l’abbaye de Bocherville. Il existe à cette époque, pour la pensée écrite en pierre, un privilège tout à fait comparable à notre liberté actuelle de la presse. C’est la liberté de l’architecture.

Cette liberté va très loin. Quelquefois un portail, une façade, une église tout entière présente un sens symbolique absolument étranger au culte, ou même hostile à l’église. Dès le treizième siècle Guillaume de Paris, Nicolas Flamel au quinzième, ont écrit de ces pages séditieuses. Saint-Jacques-de-la-Boucherie était toute une église d’opposition.

La pensée alors n’était libre que de cette façon, aussi ne s’écrivait-elle tout entière que sur ces livres qu’on appelait édifices. Sans cette forme édifice, elle se serait vue brûler en place publique par la main du bourreau sous la forme manuscrit, si elle avait été assez imprudente pour s’y risquer. La pensée portail d’église eût assisté au supplice de la pensée livre. Aussi n’ayant que cette voie, la maçonnerie, pour se faire jour, elle s’y précipitait de toutes parts. De là l’immense quantité de cathédrales qui ont couvert l’Europe, nombre si prodigieux qu’on y croit à peine, même après l’avoir vérifié. Toutes les forces matérielles, toutes les forces intellectuelles de la société convergèrent au même point : l’architecture. De cette manière, sous prétexte de bâtir des églises à Dieu, l’art se développait dans des proportions magnifiques.

Alors, quiconque naissait poète se faisait architecte. Le génie épars dans les masses, comprimé de toutes parts sous la féodalité comme sous une testudo  de boucliers d’airain, ne trouvant issue que du côté de l’architecture, débouchait par cet art, et ses Iliades prenaient la forme de cathédrales. Tous les autres arts obéissaient et se mettaient en discipline sous l’architecture. C’étaient les ouvriers du grand œuvre. L’architecte, le poète, le maître totalisait en sa personne la sculpture qui lui ciselait ses façades, la peinture qui lui enluminait ses vitraux, la musique qui mettait sa cloche en branle et soufflait dans ses orgues. Il n’y avait pas jusqu’à la pauvre poésie proprement dite, celle qui s’obstinait à végéter dans les manuscrits, qui ne fût obligée pour être quelque chose de venir s’encadrer dans l’édifice sous la forme d’hymne ou de prose ; le même rôle, après tout, qu’avaient joué les tragédies d’Eschyle dans les fêtes sacerdotales de la Grèce, la Genèse dans le temple de Salomon.

Ainsi, jusqu’à Gutenberg, l’architecture est l’écriture principale, l’écriture universelle. Ce livre granitique commencé par l’Orient, continué par l’antiquité grecque et romaine, le moyen âge en a écrit la dernière page. Du reste, ce phénomène d’une architecture de peuple succédant à une architecture de caste que nous venons d’observer dans le moyen âge, se reproduit avec tout mouvement analogue dans l’intelligence humaine aux autres grandes époques de l’histoire. Ainsi, pour n’énoncer ici que sommairement une loi qui demanderait à être développée en des volumes, dans le haut Orient, berceau des temps primitifs, après l’architecture hindoue, l’architecture phénicienne, cette mère opulente de l’architecture arabe ; dans l’antiquité, après l’architecture égyptienne dont le style étrusque et les monuments cyclopéens ne sont qu’une variété, l’architecture grecque, dont le style romain n’est qu’un prolongement surchargé du dôme carthaginois ; dans les temps modernes, après l’architecture romane, l’architecture gothique. Et en dédoublant ces trois séries, on retrouvera sur les trois sœurs aînées, l’architecture hindoue, l’architecture égyptienne, l’architecture romane, le même symbole : c’est-à-dire la théocratie, la caste, l’unité, le dogme, le mythe, Dieu ; et pour les trois sœurs cadettes, l’architecture phénicienne, l’architecture grecque, l’architecture gothique, quelle que soit du reste la diversité de forme inhérente à leur nature, la même signification aussi : c’est-à-dire la liberté, le peuple, l’homme.

Qu’il s’appelle bramine, mage ou pape, dans les maçonneries hindoue, égyptienne ou romane, on sent toujours le prêtre, rien que le prêtre. Il n’en est pas de même dans les architectures de peuple. Elles sont plus riches et moins saintes. Dans la phénicienne, on sent le marchand ; dans la grecque, le républicain ; dans la gothique, le bourgeois.

Les caractères généraux de toute architecture théocratique sont l’immutabilité, l’horreur du progrès, la conservation des lignes traditionnelles, la consécration des types primitifs, le pli constant de toutes les formes de l’homme et de la nature aux caprices incompréhensibles du symbole. Ce sont des livres ténébreux que les initiés seuls savent déchiffrer. Du reste, toute forme, toute difformité même y a un sens qui la fait inviolable. Ne demandez pas aux maçonneries hindoue, égyptienne, romane, qu’elles réforment leur dessin ou améliorent leur statuaire. Tout perfectionnement leur est impiété. Dans ces architectures, il semble que la roideur du dogme se soit répandue sur la pierre comme une seconde pétrification. Les caractères généraux des maçonneries populaires au contraire sont la variété, le progrès, l’originalité, l’opulence, le mouvement perpétuel. Elles sont déjà assez détachées de la religion pour songer à leur beauté, pour la soigner, pour corriger sans relâche leur parure de statues ou d’arabesques. Elles sont du siècle. Elles ont quelque chose d’humain qu’elles mêlent sans cesse au symbole divin sous lequel elles se produisent encore. De là des édifices péné-trables à toute âme, à toute intelligence, à toute imagination, symboliques encore, mais faciles à comprendre comme la nature. Entre l’architecture théocratique et celle-ci, il y a la diffé-rence d’une langue sacrée à une langue vulgaire, de l’hiéroglyphe à l’art, de Salomon à Phidias.

Si l’on résume ce que nous avons indiqué jusqu’ici très sommairement en négligeant mille preuves et aussi mille objections de détail, on est amené à ceci : que l’architecture a été jusqu’au quinzième siècle le registre principal de l’humanité, que dans cet intervalle il n’est pas apparu dans le monde une pensée un peu compliquée qui ne se soit faite édifice, que toute idée populaire comme toute loi religieuse a eu ses monuments ; que le genre humain enfin n’a rien pensé d’important qu’il ne l’ait écrit en pierre. Et pourquoi ? C’est que toute pensée, soit religieuse, soit philosophique, est intéressée à se perpétuer, c’est que l’idée qui a remué une génération veut en remuer d’autres, et laisser trace. Or quelle immortalité précaire que celle du manuscrit ! Qu’un édifice est un livre bien autrement solide, durable, et résistant ! Pour détruire la parole écrite il suffit d’une torche et d’un turc. Pour démolir la parole construite, il faut une révolution sociale, une révolution terrestre. Les barbares ont passé sur le Colisée, le déluge peut-être sur les Pyramides.

Au quinzième siècle tout change.

La pensée humaine découvre un moyen de se perpétuer non seulement plus durable et plus résistant que l’architecture, mais encore plus simple et plus facile. L’architecture est détrônée. Aux lettres de pierre d’Orphée vont succéder les lettres de plomb de Gutenberg.

Le livre va tuer l’édifice.

L’invention de l’imprimerie est le plus grand événement de l’histoire. C’est la révolution mère. C’est le mode d’expression de l’humanité qui se renouvelle totalement, c’est la pensée humaine qui dépouille une forme et en revêt une autre, c’est le complet et définitif changement de peau de ce serpent symbolique qui, depuis Adam, représente l’intelligence.

Sous la forme imprimerie, la pensée est plus impérissable que jamais ; elle est volatile, insaisissable, indestructible. Elle se mêle à l’air. Du temps de l’architecture, elle se faisait montagne et s’emparait puissamment d’un siècle et d’un lieu. Maintenant elle se fait troupe d’oiseaux, s’éparpille aux quatre vents, et occupe à la fois tous les points de l’air et de l’espace.

Nous le répétons, qui ne voit que de cette façon elle est bien plus indélébile ? De solide qu’elle était elle devient vivace. Elle passe de la durée à l’immortalité. On peut démolir une masse, comment extirper l’ubiquité ? Vienne un déluge, la montagne aura disparu depuis longtemps sous les flots que les oiseaux voleront encore ; et, qu’une seule arche flotte à la surface du cataclysme, ils s’y poseront, surnageront avec elle, assisteront avec elle à la décrue des eaux, et le nouveau monde qui sortira de ce chaos verra en s’éveillant planer au-dessus de lui, ailée et vivante, la pensée du monde englouti.

Et quand on observe que ce mode d’expression est non seulement le plus conservateur, mais encore le plus simple, le plus commode, le plus praticable à tous, lorsqu’on songe qu’il ne traîne pas un gros bagage et ne remue pas un lourd attirail, quand on compare la pensée obligée pour se traduire en un édifice de mettre en mouvement quatre ou cinq autres arts et des tonnes d’or, toute une montagne de pierres, toute une forêt de charpentes, tout un peuple d’ouvriers, quand on la compare à la pensée qui se fait livre, et à qui il suffit d’un peu de papier, d’un peu d’encre et d’une plume, comment s’étonner que l’intelligence humaine ait quitté l’architecture pour l’imprimerie ? Coupez brusquement le lit primitif d’un fleuve d’un canal creusé au-dessous de son niveau, le fleuve désertera son lit.

Aussi voyez comme à partir de la découverte de l’imprimerie l’architecture se dessèche peu à peu, s’atrophie et se dénude. Comme on sent que l’eau baisse, que la sève s’en va, que la pensée des temps et des peuples se retire d’elle ! Le refroidissement est à peu près insensible au quinzième siècle, la presse est trop débile encore, et soutire tout au plus à la puissante architecture une surabondance de vie. Mais, dès le seizième siècle, la maladie de l’architecture est visible ; elle n’exprime déjà plus essentiellement la société ; elle se fait misérablement art classique ; de gauloise, d’européenne, d’indigène, elle devient grecque et romaine, de vraie et de moderne, pseudo-antique. C’est cette décadence qu’on appelle renaissance. Décadence magnifique pourtant, car le vieux génie gothique, ce soleil qui se couche derrière la gigantesque presse de Mayence, pénètre encore quelque temps de ses derniers rayons tout cet entassement hybride d’arcades latines et de colonnades corinthiennes.

C’est ce soleil couchant que nous prenons pour une aurore.

Cependant, du moment où l’architecture n’est plus qu’un art comme un autre, dès qu’elle n’est plus l’art total, l’art souverain, l’art tyran, elle n’a plus la force de retenir les autres arts. Ils s’émancipent donc, brisent le joug de l’architecte, et s’en vont chacun de leur côté. Chacun d’eux gagne à ce divorce. L’isolement grandit tout. La sculpture devient statuaire, l’imagerie devient peinture, le canon devient musique. On dirait un empire qui se démembre à la mort de son Alexandre et dont les provinces se font royaumes.

De là Raphaël, Michel-Ange, Jean Goujon, Palestrina, ces splendeurs de l’éblouissant seizième siècle.

En même temps que les arts, la pensée s’émancipe de tous côtés. Les hérésiarques du moyen âge avaient déjà fait de larges entailles au catholicisme. Le seizième siècle brise l’unité religieuse. Avant l’imprimerie, la réforme n’eût été qu’un schisme, l’imprimerie la fait révolution. Otez la presse, l’hérésie est énervée. Que ce soit fatal ou providentiel, Gutenberg est le précurseur de Luther.

Cependant, quand le soleil du moyen âge est tout à fait couché, quand le génie gothique s’est à jamais éteint à l’horizon de l’art, l’architecture va se ternissant, se décolorant, s’effaçant de plus en plus. Le livre imprimé, ce ver rongeur de l’édifice, la suce et la dévore. Elle se dépouille, elle s’effeuille, elle maigrit à vue d’œil. Elle est mesquine, elle est pauvre, elle est nulle. Elle n’exprime plus rien, pas même le souvenir de l’art d’un autre temps. Réduite à elle-même, abandonnée des autres arts parce que la pensée humaine l’abandonne, elle appelle des manœuvres à défaut d’artistes. La vitre remplace le vitrail. Le tailleur de pierre succède au sculpteur. Adieu toute sève, toute originalité, toute vie, toute intelligence. Elle se traîne, lamentable mendiante d’atelier, de copie en copie. Michel-Ange, qui dès le seizième siècle la sentait sans doute mourir, avait eu une dernière idée, une idée de désespoir. Ce titan de l’art avait entassé le Panthéon sur le Parthénon, et fait Saint-Pierre de Rome. Grande œuvre qui méritait de rester unique, dernière originalité de l’architecture, signature d’un artiste géant au bas du colossal registre de pierre qui se fermait. Michel-Ange mort, que fait cette misérable architecture qui se survivait à elle-même à l’état de spectre et d’ombre ? Elle prend Saint-Pierre de Rome, et le calque, et le parodie. C’est une manie. C’est une pitié. Chaque siècle a son Saint-Pierre de Rome ; au dix-septième siècle le Val-de-Grâce, au dix-huitième Sainte-Geneviève. Chaque pays a son Saint-Pierre de Rome. Londres a le sien. Pétersbourg a le sien. Paris en a deux ou trois. Testament insignifiant, dernier radotage d’un grand art décrépit qui retombe en enfance avant de mourir.

Si, au lieu de monuments caractéristiques comme ceux dont nous venons de parler nous examinons l’aspect général de l’art du seizième au dix-huitième siècle, nous remarquons les mêmes phénomènes de décroissance et d’étisie. À partir de François II, la forme architecturale de l’édifice s’efface de plus en plus et laisse saillir la forme géométrique, comme la charpente osseuse d’un malade amaigri. Les belles lignes de l’art font place aux froides et inexorables lignes du géomètre. Un édifice n’est plus un édifice, c’est un polyèdre. L’architecture cependant se tourmente pour cacher cette nudité. Voici le fronton grec qui s’inscrit dans le fronton romain et réciproquement. C’est toujours le Panthéon dans le Parthénon, Saint-Pierre de Rome. Voici les maisons de brique de Henri IV à coins de pierre ; la place Royale, la place Dauphine. Voici les églises de Louis XIII, lourdes, trapues, surbaissées, ramassées, chargées d’un dôme comme d’une bosse. Voici l’architecture mazarine, le mauvais pasticcio italien des Quatre-Nations. Voici les palais de Louis XIV, longues casernes à courtisans, roides, glaciales, ennuyeuses. Voici enfin Louis XV, avec les chicorées et les vermicelles, et toutes les verrues et tous les fungus qui défigurent cette vieille architecture caduque, édentée et coquette. De François II à Louis XV, le mal a crû en progression géométrique. L’art n’a plus que la peau sur les os. Il agonise misérablement.

Cependant, que devient l’imprimerie ? Toute cette vie qui s’en va de l’architecture vient chez elle. À mesure que l’architecture baisse, l’imprimerie s’enfle et grossit. Ce capital de forces que la pensée humaine dépensait en édifices, elle le dépense désormais en livres. Aussi dès le seizième siècle la presse, grandie au niveau de l’architecture décroissante, lutte avec elle et la tue. Au dix-septième, elle est déjà assez souveraine, assez triomphante, assez assise dans sa victoire pour donner au monde la fête d’un grand siècle littéraire. Au dix-huitième, longtemps reposée à la cour de Louis XIV, elle ressaisit la vieille épée de Luther, en arme Voltaire, et court, tumultueuse, à l’attaque de cette ancienne Europe dont elle a déjà tué l’expression architecturale. Au moment où le dix-huitième siècle s’achève, elle a tout détruit. Au dix-neuvième, elle va reconstruire.

Or, nous le demandons maintenant, lequel des deux arts représente réellement depuis trois siècles la pensée humaine ? lequel la traduit ? lequel exprime, non pas seulement ses manies littéraires et scolastiques, mais son vaste, profond, universel mouvement ? Lequel se superpose constamment, sans rupture et sans lacune, au genre humain qui marche, monstre à mille pieds ? L’architecture ou l’imprimerie ?

L’imprimerie. Qu’on ne s’y trompe pas, l’architecture est morte, morte sans retour, tuée par le livre imprimé, tuée parce qu’elle dure moins, tuée parce qu’elle coûte plus cher. Toute cathédrale est un milliard. Qu’on se représente maintenant quelle mise de fonds il faudrait pour récrire le livre architectural ; pour faire fourmiller de nouveau sur le sol des milliers d’édifices ; pour revenir à ces époques où la foule des monuments était telle qu’au dire d’un témoin oculaire « on eût dit que le monde en se secouant avait rejeté ses vieux habillements pour se couvrir d’un blanc vêtement d’églises ». Erat enim ut si mun-dus, ipse excutiendo semet, rejecta vetustate, candidam eccle-siarum vestem indueret (GLABER RADULPHUS).

Un livre est si tôt fait, coûte si peu, et peut aller si loin ! Comment s’étonner que toute la pensée humaine s’écoule par cette pente ? Ce n’est pas à dire que l’architecture n’aura pas encore çà et là un beau monument, un chef-d’œuvre isolé. On pourra bien encore avoir de temps en temps, sous le règne de l’imprimerie, une colonne faite, je suppose, par toute une armée, avec des canons amalgamés, comme on avait, sous le règne de l’architecture, des Iliades et des Romanceros, des Mahabâhrata et des Niebelungen, faits par tout un peuple avec des rapsodies amoncelées et fondues. Le grand accident d’un architecte de génie pourra survenir au vingtième siècle, comme celui de Dante au treizième. Mais l’architecture ne sera plus l’art social, l’art collectif, l’art dominant. Le grand poème, le grand édifice, le grand œuvre de l’humanité ne se bâtira plus, il s’imprimera.

Et désormais, si l’architecture se relève accidentellement, elle ne sera plus maîtresse. Elle subira la loi de la littérature qui la recevait d’elle autrefois. Les positions respectives des deux arts seront interverties. Il est certain que dans l’époque architecturale les poèmes, rares, il est vrai, ressemblent aux monuments. Dans l’Inde, Vyasa est touffu, étrange, impénétrable comme une pagode. Dans l’orient égyptien, la poésie a, comme les édifices, la grandeur et la tranquillité des lignes ; dans la Grèce antique, la beauté, la sérénité, le calme ; dans l’Europe chrétienne, la majesté catholique, la naïveté populaire, la riche et luxuriante végétation d’une époque de renouvellement. La Bible ressemble aux Pyramides, l’Iliade au Parthénon, Homère à Phidias. Dante au treizième siècle, c’est la dernière église romane ; Shakespeare au seizième, la dernière cathédrale gothique.

Ainsi, pour résumer ce que nous avons dit jusqu’ici d’une façon nécessairement incomplète et tronquée, le genre humain a deux livres, deux registres, deux testaments, la maçonnerie et l’imprimerie, la bible de pierre et la bible de papier. Sans doute, quand on contemple ces deux bibles si largement ouvertes dans les siècles, il est permis de regretter la majesté visible de l’écriture de granit, ces gigantesques alphabets formulés en colonnades, en pylônes, en obélisques, ces espèces de montagnes humaines qui couvrent le monde et le passé depuis la pyramide jusqu’au clocher, de Chéops à Strasbourg. Il faut relire le passé sur ces pages de marbre. Il faut admirer et refeuilleter sans cesse le livre écrit par l’architecture ; mais il ne faut pas nier la grandeur de l’édifice qu’élève à son tour l’imprimerie.

Cet édifice est colossal. Je ne sais quel faiseur de statistique a calculé qu’en superposant l’un à l’autre tous les volumes sortis de la presse depuis Gutenberg on comblerait l’intervalle de la terre à la lune ; mais ce n’est pas de cette sorte de grandeur que nous voulons parler. Cependant, quand on cherche à recueillir dans sa pensée une image totale de l’ensemble des produits de l’imprimerie jusqu’à nos jours, cet ensemble ne nous apparaît-il pas comme une immense construction, appuyée sur le monde entier, à laquelle l’humanité travaille sans relâche, et dont la tête monstrueuse se perd dans les brumes profondes de l’avenir ? C’est la fourmilière des intelligences. C’est la ruche où toutes les imaginations, ces abeilles dorées, arrivent avec leur miel. L’édifice a mille étages. Çà et là, on voit déboucher sur ses rampes les cavernes ténébreuses de la science qui s’entrecoupent dans ses entrailles. Partout sur sa surface l’art fait luxurier à l’œil ses arabesques, ses rosaces et ses dentelles. Là chaque œuvre individuelle, si capricieuse et si isolée qu’elle semble, a sa place et sa saillie. L’harmonie résulte du tout. Depuis la cathédrale de Shakespeare jusqu’à la mosquée de Byron, mille clochetons s’encombrent pêle-mêle sur cette métropole de la pensée universelle. À sa base, on a récrit quelques anciens titres de l’humanité que l’architecture n’avait pas enregistrés. À gauche de l’entrée, on a scellé le vieux bas-relief en marbre blanc d’Homère, à droite la Bible polyglotte dresse ses sept tê-tes. L’hydre du Romancero se hérisse plus loin, et quelques autres formes hybrides, les Védas et les Niebelungen. Du reste le prodigieux édifice demeure toujours inachevé. La presse, cette machine géante, qui pompe sans relâche toute la sève intellectuelle de la société, vomit incessamment de nouveaux matériaux pour son œuvre. Le genre humain tout entier est sur l’échafaudage. Chaque esprit est maçon. Le plus humble bouche son trou ou met sa pierre. Rétif de la Bretonne apporte sa hottée de plâtras. Tous les jours une nouvelle assise s’élève. Indépendamment du versement original et individuel de chaque écrivain, il y a des contingents collectifs. Le dix-huitième siècle donne l’Encyclopédie, la révolution donne le Moniteur. Certes, c’est là aussi une construction qui grandit et s’amoncelle en spirales sans fin ; là aussi il y a confusion des langues, activité in-cessante, labeur infatigable, concours acharné de l’humanité tout entière, refuge promis à l’intelligence contre un nouveau déluge, contre une submersion de barbares. C’est laseconde tour de Babel du genre humain.

 

Rumeurs : le plus vieux média du monde ( =FAKE NEWS en 2018)

de Jean-Noël KAPFERER  

 

Pour le public, le mot "rumeur" évoque un phénomène mystérieux, presque magique. Son mode d’action sur les hommes serait proche de l’hypnose : elle fascine, subjugue, séduit, embrase.

Loin d’être mystérieuses, les rumeurs obéissent à une logique forte dont il est possible de démonter les mécanismes. Aujourd’hui on peut répondre aux questions : comment naissent-elles, d’où partent-elles, pourquoi apparaissent-elles un jour dans un groupe ou dans un lieu particulier ? A quelles règles obéissent-elles ? Comment vit-on avec les rumeurs, comment les utilise-t-on, à quelles fins ? Et enfin peut-on éteindre une rumeur ?

 

Un livre un peu ancien (1987) et dont les exemples pourraient être renouvelés aujourd'hui mais qui décrit avec précision le mécanisme immortel de la rumeur.

 

Comment naissent les rumeurs ?

 

La plupart des rumeurs sont une production sociale, spontanée, sans stratégie ni dessein même si au moment des élections ou autres circonstances, il arrive le contraire pour discréditer tel ou tel candidat.

 

(…) Dès la moindre rumeur, nous plongeons dans l’univers du complot, de la manipulation, de la désinformation, de la guerre économique ou politique, la rumeur est alors un crime par personnes interposées, crimes parfait car sans trace, sans arme et sans preuve. (…) On ne peut pas réduire l’explication de la naissance d’une rumeur à un individu, à un moment donné le public ou le groupe se saisit d’une rumeur parce que ce message revêt pour lui une profonde signification. (…) Cela montre bien comment le proverbe « il n’y a pas de fumée sans feu » est une aberration. Il n’a de sens que si on appelle feu la passion et parfois l’imagination fertile des récepteurs de message. En réalité l’attachement populaire à ce proverbe constitue la voie royale de sa manipulation par la rumeur. Le logiciel mental du public est explicite : pour lui derrière toute fumée il existe un brin de vérité. Sachant cela les stratèges ont tiré une règle d’action bien connue : Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose

 

(…) Un exemple célèbre : aux États-Unis depuis 1978, certaines des entreprises les plus connues (Procter et Gamble n° 1 des produits d’entretien, Mac Donald et Entemann’s) doivent faire face à la rumeur qu’une partie de leur capital serait dans les mains de la secte Moon. L ’origine de ces rumeurs a pu être trouvée : les pasteurs des communautés religieuses fondamentalistes ( La Bible Belt ). Lors des homélies, les pasteurs mettaient en garde les fidèles contre ces sociétés, l’Église devient alors le média de la rumeur. Ces rumeurs étaient étayées par des « preuves » où on voyait le nombre du diable (666) dans l’emblème de ces entreprises qui ont fini par le supprimer.

 

(…) La mort de Paul McCartney à partir d’une interprétation d’une des chansons par un auditeur sur une célèbre radio américaine. Sa mort a été reprise par tous les médias pendant plusieurs semaines et même son démenti officiel a servi a alimenté sa rumeur puisque la rumeur affirmait que c’était son sosie qui parlait en donnant des preuves, telle que dans la photo du magazine si on regardait au verso de la photo de Paul, on pouvait voir la publicité d’une voiture qui lui décapitait la tête. La rumeur avait retourné le démenti dans son sens.

 

(…) Il y a le mythe flottant ou légendes urbaines qui reviennent aussi par bouffée, la légende qu’un enfant aurait été mordu par un serpent dans un supermarché Cora, cette légende reprend vie de temps en temps avec le "ici et maintenant", Nice, Montpellier, Liège. Qui est passé du récit sans lieu ni date à une version actualisée, plus personne ne le sait.

 

(…) Les rumeurs naissent souvent d’une défaillance dans l’interprétation d’un message, le malentendu fait référence à un témoignage de témoignage et à une différence entre ce qui fut émis et ce qui fut décodé et dans la mesure où le nouveau message reste ambigu, il autorise l’interprétation personnelle de l’auditeur suivant. Exemple d’une personne portée disparue dans un petit village, cela devint : "cette personne est en prison" parce que la sœur de cette personne a dit qu’il était parti à Londres, la personne a entendu à l’ombreet cela correspondant à l’image que  les villageois avaient de cette personne la rumeur prenait tout son sens.

 

Elles courent, elles courent

 

Une nouvelle peu ordinaire et inhabituelle va à coup sûr surprendre, amuser ou exciter le lecteur qui s’empressera alors de la mémoriser, de la répéter : il veut faire alors partager son émotion, en somme ce qui fait l’essence de la nouvelle, c’est qu’elle relate des choses attendues mais qui étaient totalement imprévisibles.

 

(…) Pour certains, transmettre la rumeur, c’est partir en croisade, répandre le verbe, la bonne parole. Il y a une implication totale dans le contenu de celle-ci, apparue comme une espèce de vérité révélée. Ceci arrive lorsque la rumeur répond exactement à une anxiété personnelle ou résout un conflit personnel (Les antisectes ?) 

 

(…) La rumeur devient une entreprise de conversion à ses propres thèses, plus on élargit le cercle des adeptes, plus grand est le sentiment intime d’être dans le vrai. Il faut non seulement transporter la rumeur mais convaincre (…) La rumeur n’est pas une histoire drôle : elle prétend à la réalité. Cela s’est passé dans un endroit précis, à tel moment. L’homme qui dévoile la rumeur jouit d’un plus grand prestige que l’amuseur public. Il délivre une information rare, excitante, créatrice d’émotions : il dispose d’une valeur à échanger. En retour de cet échange, il gagne le plaisir de plaire, d’être écouté avec attention.

 

Pourquoi croyons-nous aux rumeurs ?

 

(…) La rumeur nous parvient rarement nue : elle s’accompagne d’un cortège de preuves qui lui confèrent une indéniable crédibilité : d’une certaine façon elle donne un sens à un grand nombre de faits soit que nous n’aurions jamais remarqués ou dont le sens ne nous était pas paru évident. Elle satisfait notre besoin d’ordre dans la compréhension des phénomènes qui nous entourent. (…) La rumeur séduit car elle fournit l’occasion de mieux comprendre le monde en le simplifiant considérablement et en y trouvant un ordre caché. (…) La rumeur est une information que nous souhaitons croire, le désir de croire est tel qu’il bouscule les critères habituels du réalisme et de la plausibilité. Si l’information ne satisfait aucun désir, ne répond à aucune préoccupation latente, ne fournit d’exutoire à aucun conflit psychologique, il n’y aura pas de rumeur. (...) La rumeur fait écho en nous et nous lui répondons de façon plus ou moins impliquée.

 

La fin de la rumeur et la signification du silence

 

(…) Beaucoup de rumeurs dites incroyables sont crues parce que les récepteurs sont sous tension. L’heure n’est pas alors à la réflexion platonicienne sur la réalité de la réalité. Lorsque cette tension s’estompe, nous retrouvons certains de nos mécanismes critiques et percevons le caractère fragile de la rumeur (…) Un exemple est celui des élections, dans tous les pays, plus l’heure des élections se rapproche, plus le climat devient tendu et les rumeurs hostiles. Lorsque les urnes ont parlé, leur hostilité n’a plus de raison d’être. Désormais déplacées, les rumeurs disparaissent (…) Certaines rumeurs semblent pourtant résister au temps. Ce phénomène est explicable : la rumeur rencontre chaque fois un nouveau public qui la découvre pour la première fois, convaincu de mettre la main sur une information ultra-récente et certifiée. Un jour ou l’autre le public se lasse et la rumeur laisse place au silence. Mais que l’on ne s’y trompe pas, la fin de l’émoi explicite manifesté dans les parlers collectifs ne signifie pas que le sujet soit oublié, ni que la tension sous-jacente ait disparu.

 

(…) Les grandes rumeurs ne meurent jamais ou presque (exemple de la rumeur concernant "la traite des blanches" où l'on retrouve des articles de journaux identiques avec les mêmes faits 20 ans après). Ces grandes rumeurs s’éteignent provisoirement et tel un volcan se réveilleront un jour (…) Une des explications est la mémoire partielle, c'est-à-dire qu’on garde certains éléments d’une histoire, d’une rumeur et on se sert des éléments marquants pour fabriquer une autre histoire mais qui se ressemblent étrangement, c’est le souvenir de la rumeur qui est à l’origine de la nouvelle rumeur (…) La permanence du trouble peut expliquer cet éternel retour. En réalité les craintes, les angoisses diffuses ou frustrations n’ont jamais quitté le corps social : seule leur expression a été refoulée, canalisée et légitimée.

 

(…) L’éternel retour est le destin des boucs émissaires. Toutes les sociétés vivent leurs grandes crises : il faut alors chercher des boucs émissaires chargés inconsciemment des péchés de la collectivité. D ’autre part face à une crise inexplicable, désigner un coupable, c’est trouver la cause du mal, donc faire un pas vers sa résorption. Les coupables potentiels sont toujours les mêmes : les étrangers, les mal intégrés dans la collectivité, ceux qui n’en partagent pas les croyances. En Occident, les Juifs ont donc constitué le modèle idéal du bouc émissaire, et la cible automatique des rumeurs : depuis l’empoisonnement présumé des puits pendant les épidémies de peste de 1348 à 1720 jusqu’au soupçon de meurtre rituel sous-jacent dans le thème de la rumeur d’Orléans (rumeur sur la traite des blanches), en passant par le soi-disant « complot des Sages de Sion ».

 

L’utilisation des rumeurs :

 

(…) les rumeurs dans une petite ville ou un quartier ne sont que la conséquence des tensions et enjeux politiques qui s’y déroulent. Par exemple un crime n’est jamais un évènement isolé : c’est un acte social, concernant l’ensemble de la microsociété. Il révèle l’histoire de celle-ci. L’armée des déçus, des haineux, des jaloux est prête à se mouvoir à la première occasion et la première occasion peut être une rumeur. (…) Le mythe du notable assassin est une constante des villes de province, tout juge d’instruction d’une petite ville connaît les bruits éternels accusant le maire ou quelque notable de fréquenter les ballets roses ou les ballets bleus .

 

(…) Aujourd’hui plus que jamais, trois droits fondamentaux se télescopent : le droit à l’information du public, mais aussi le droit de l’accusé (la présomption de l’innocence vole en éclats si quelqu’un se voit accusé dans les médias) et enfin le droit à la justice à pouvoir mener une enquête de façon serein afin que la vérité émerge. Il y a conflit entre deux pressions : le juge d’instruction sait tout mais n’a le droit de rien dire et les journalistes à qui on demande de tout dire alors qu’ils ne savent rien. Souvent ce sont les médias qui gagnent. Mais faute d’informations, ils puisent dans la rumeur, ce marché noir, toujours prêt à servir mais aussi à manipuler.

 

(…) Le potin n’a pas besoin d’être vrai. Nous préférons une histoire qui nous fait du bien à une vérité qui ne nous procure rien. Le bon potin doit alimenter le mythe. Les femmes stars représentent les archétypes d’amoureuse. L’homme star est un héros en plus d’être un amant. Les potins alimentent les deux aspects de cette identité. James Dean manifeste sa fureur en flirtant avec la mort en permanence. Il participe à des corridas au Mexique. Il est l’amant de dizaines de stars et de starlettes. Lorsqu’il se tua au volant de sa Porsche, les rumeurs confirmèrent son statut de surhomme, un surhomme ne meurt pas. En réalité, selon la rumeur, défiguré par l’accident, il s’est longtemps caché dans une ferme des environs de Los Angeles et toute une légende entoure sa Porsche qui confirme qu’il n’est pas mort jusqu’à ce que cette voiture disparaisse mystérieusement comme envolée, finalement retirée de terre par quelque force surnaturelle, celle-là même qui avait mené le destin surhumain de James Dean.

 

(…) Les rumeurs négatives sont le signe d’une fissure : la star s’éloigne des termes du contrat tacite. Elle viole le scénario pour lequel elle fut retenue (…) Une star ne s’appartient pas. Elle a deux devoirs vis-à-vis de son public, un devoir d’exhibition dosée, et aussi de permanence dans les vertus qui l’ont fait élire. A ne pas vouloir gérer les rumeurs, on s’expose aux rumeurs les plus incontrôlables. (L’exemple de Sheila qui n’a jamais démenti qu’elle serait peut-être un homme, même quand elle a eu son bébé, la rumeur a continué et son silence est sûrement une des causes de cette rumeur).

 

La rumeur politique :

 

Il n’y a pas de politique sans rumeurs. La rumeur est un contre pouvoir (…) Dans l’arsenal des outils de la guerre politique, la rumeur jouit de nombreux avantages. Tout d’abord elle évite de se montrer à visage découvert : d’autres parlent à votre place et se font les porteurs volontaires ou involontaires de la rumeur. Lasource reste cachée, insaisissable et mystérieuse. Personne n’est responsable mais tout le monde est au courant (…) La rumeur ne requiert pas de preuves (…) L’opinion publique se fonde plus sur des impressions que sur des faits. L’accusation suffit donc. La rumeur ne requiert pas non plus de larges états-majors : elle peut se fomenter en tout petit comité. C’est pour cela qu’elle est une arme favorite des complots. L’affaire Markovic (ami et garde du corps d’Alain Delon) a sali à jamais le futur Président de la République Georges Pompidou et sa femme à partir d’un montage de photos de parties de plaisir. Ces photos et ces rumeurs furent pendant des mois le sujet essentiel des salles de rédaction aggravées par le silence de Georges Pompidou qui ne démentit jamais ces rumeurs. Après enquête, un réseau de complicité situé au sein du Ministère de l’Intérieur, de la Justice et de la SDECE se sont révélés responsables de cette cabale menée par un clan gaulliste opposée au futur président.

 

(…) Les grands thèmes de la rumeur qui peuvent se décliner à l’infini :

 

- Le premier est celui de la main cachée, du pouvoir occulte, de la société secrète qui tire les rênes du pouvoir. Ce thème découle logiquement de la conception de la vie politique comme d’un théâtre. Il postule un théâtre de marionnettes où les ficelles sont dans des mains invisibles. Le thème des sociétés secrètes est une des constantes de l’imaginaire politique.

- Le deuxième thème est celui de l’accord secret. Il y aurait des accords et des arrangements liant en secret les adversaires politiques, contredisant ainsi leur attitude politique 

- On ne compte pas les rumeurs des fortunes cachées, d’accumulations scandaleuses, de profit sur le dos de la collectivité

- La sexualité a perdu un peu de sa vigueur comme thème de la rumeur. La sexualité est de moins en moins secrète et taboue : elle échappe donc lentement à la rumeur mais les sexualités déviantes sont quant à elles intolérables. Dans les villes de province, les réputations sont détruites par les rumeurs de ballets roses ou d’homosexualité.

- Le thème de la santé est un des favoris de la rumeur.

- Le sixième thème est celui du double langage : les intentions réelles de l’homme politique seraient à l’opposé de ce qu’il proclame publiquement

- le dernier thème est celui de l’immigration. Comme le précédent, c’est un thème de trahison. La Francedes années 80 est prompte à vilipender l’homme politique suspect de connivence maghrébine. A l’aube de sa carrière politique, Edgar Faure fut l’objet d’une rumeur : il s’appellerait en réalité Lheman mais il tenait à cacher son ascendance juive. Aujourd’hui le bouc émissaire a changé (« les sectes » ont depuis l’écriture de ce livre remplacé avantageusement les boucs émissaires précédents)

 

Peut-on éteindre une rumeur ?

 

Par le silence : c’est souvent la stratégie des hommes politiques qui traitent par le dédain les calomnies. Certaines rumeurs peuvent se nourrir de ce silence pour amplifier ou alors se résorber suivant les différents niveaux d’implication.


Par la publicité : l’exemple de la société Procter et Gamble qui dépensa des millions de dollars pour diffuser des publicités et apparaître à des émissions de grande écoute pour contrer la rumeur qui disait qu’ils étaient la propriété de la secte Moon.  Ils firent un dossier qu’ils envoyèrent à 67 leaders d’opinions religieuses et ensuite à 48000 organisations religieuses, cet envoi de dossier avait été fait suite à une croisade anti Procter (avec appel au boycott des produits) et cette croisade avait un aspect religieux, c’est pour cette raison qu’il était important de communiquer avec les leaders de ces communautés.

Pour montrer l’ampleur de ces rumeurs, juste quelques chiffres : elle commença en 1980 pour a peu près s’éteindre en 1985 après que la société est changé son logo qui existait depuis 1882, soupçonné de symboliser son appartenance aux Églises sataniques. En 1982, la société avait mis un standard en service pour répondre à la rumeur et c’était plus de 15000 appels par mois et des milliers de lettre anonymes.

 

Le démenti : un art périlleux

 

Démentir ne suffit pas, le démenti souffre d’un certain nombre de handicaps quant à sa valeur sur le marché de l’offre et de la demande d’informations.

     -     Ce n’est pas une nouvelle forte. L’évènement était attendu. Une personne attaquée dit ou fait dire : «  je suis innocent ». le démenti est souvent un truisme.

     -     Le démenti est une information froide, presque un rabat-joie. Il désamorce l’imaginaire pour plonger dans la banalité du réel. Le démenti supprime l’histoire dont on ne sait pas très bien si elle est totalement vraie, mais en tous cas fait son effet lorsqu’elle est racontée.

     -     On comprend alors que le démenti quand il arrive dans le journal arrive comme un chien dans un jeu de quilles. Soit le journal n’a pas parlé de la rumeur, auquel cas le démenti ne justifie pas une grande place, soit il en a parlé parce que la rumeur plaisait, en ce cas le démenti ne peut que déplaire : il héritera ici aussi d’un espace limité, donc passera inaperçu.

 

(…) Un des paradoxes des campagnes de persuasion est qu’elles semblent toucher davantage les déjà convaincus que ceux qu’on cherchait à convaincre. En effet, à moins d’être certains de nos opinions, nous évitons de prendre le risque d’entendre des informations remettant en cause nos façons de penser, quand elles concernent des sujets à forte valeur émotionnelle. Ce phénomène d’exposition sélective explique la fuite devant les messages que l’on sait opposés à ce que l’on croit, lorsqu’il s’agit de sujets à forte implication affective.

 

(…) Bon nombre de rumeurs se dégonflent car elles ne résistent pas à la réflexion et à l’examen logique de leurs détails. D’autres cependant sont imperméables au rationnel. En effet, plus une rumeur a un contenu symbolique, moins les détails qu’elle comporte comptent en eux-mêmes. Ils sont considérés pour ce qu’ils sont : des signifiants substituables. Si tel détail n’est pas réaliste, cela ne prouve pas que l’ensemble du récit soit fautif : il suffit de remplacer ce détail boiteux par un autre, plus réaliste mais signifiant la même chose.
La rumeur sait aussi retourner les preuves et les contre arguments. Dans certains cas tous les faits avancés pour infirmer la rumeur prouvaient qu’elle était fondée : c’est le système de croyances de chacun qui leur donne du sens.

 

(…) Le problème de l’extinction de la rumeur est avant tout une question de personne : le « que croire ? » dépend du « qui croire ? ». Sans un émetteur crédible, le combat anti-rumeur est voué à l’échec. Ce combat est souvent impossible à mettre en œuvre à cause de la prolifération des rumeurs qui décrédibilisent les canaux officiels de l’information.

 

(…) Plus la rumeur a un fondement émotionnel, moins la stratégie du réel est opérante.

 

Conclusion

(…) La rumeur n’est pas nécessairement « fausse », elle est nécessairement non officielle. En marge et parfois en opposition, elle conteste la réalité officielle en proposant d’autres réalités. C’est pourquoi les mass médias ne l’ont pas supprimée. (…) La rumeur est une information parallèle, donc non contrôlée.

 

(…) La conception négative associant rumeur et fausseté est d’ordre technologique : il n’est de bonne communication que contrôlée. La rumeur oppose une autre valeur : il n’est de bonne communication que libre, même si la fiabilité doit en souffrir. En d’autres termes les fausses rumeurs sont le prix à payer pour les rumeurs fondées.

 

(…) L’étude des rumeurs jette une lumière acide sur une question fondamentale : pourquoi croyons-nous ce que nous croyons ? En effet nous vivons tous avec un bagage d’idées, d’opinions, d’images et de croyances sur le monde qui nous entoure. Or, celles-ci ont souvent été acquises par le bouche à oreille, par ouï dire. Nous n’avons pas conscience de ce processus d’acquisition : il est lent, occasionnel et imperceptible. La rumeur fournit une occasion extraordinaire : elle recrée ce processus lent et invisible, mais de façon accélérée. Il devient enfin observable. (…) Les brefs moments de lucidité que procure l’étude des rumeurs débouchent sur le constat de la fragilité du savoir. Peut-être une grande partie de nos connaissances n’ont-elles aucun fondement, sans que nous en ayons conscience.

 

S'appuyant sur un pseudo-freudisme simpliste et sur des techniques proches de l'hypnose, de nouvelles psychothérapies en vogue prétendent faire resurgir à la mémoire des "souvenirs refoulés" de traumatismes enfantins, généralement sexuels. En réalité, elles ont produit des millions de "faux souvenirs", qui parfois entraînent des familles entières dans un enfer de ressentiment où les fantasmes sont confondus avec la réalité, comme en témoignent les extravagantes histoires vécues rapportées dans ce livre. Des "faux souvenirs" d'inceste, de viol et même pire, ont conduit à de tragiques erreurs judiciaires qui ne sont pas sans évoquer les chasses aux sorcières d'antan (et qui, en outre, nuisent à la cause des victimes réelles qui, elles, n'ont jamais oublié). Toutefois, un nombre croissant de patients se rétractent et accusent leurs psychothérapeutes de manipulation mentale. Le débat fait rage aux Etats-Unis. Il pénètre maintenant en France grâce à ce livre sans équivalent. Qu'est-ce que la mémoire, le refoulement, l'inconscient ? Nos souvenirs sont-ils stockés fidèlement dans notre cerveau, ou bien la mémoire est-elle un processus plus complexe, insaisissable et créatif ? Comment produit-on des "faux souvenirs" ? Les auteurs font le point sur ce phénomène étrange et inquiétant, aux frontières du para-normal, et nous mettent en garde contre cette terrifiante dérive de certaines psychothérapies.

Du grec 𝝄𝝆𝝃𝜾𝝇 signifiant testicule, les Orchidées forment un groupe d’espèces de plantes à fleurs très original. Représentées par 25000 espèces dans le monde dont 160 en France, elles proposent un éventail de formes, de tailles, de couleurs ou d’écologie si varié qu’elles ne laissent aucun amateur de plantes indifférent. Ce sont des monocotylédones à part entière avec une formule florale classique à 3 pétales et 3 sépales à la différence que chez les Orchidées, un des pétales (le supérieur) est transformé et prend une forme, une taille ou une coloration bien différentes des deux autres pétales : c’est le labelle

si particulier à cette famille. Du fait d’une torsion à 90° quasi systématique de l’ovaire inférieur, ce labelle se retrouve en position inférieure servant à la fois d’appareil vexillaire pour attirer les insectes, de piste d’atterrissage ou de leurre visuel en se confondant avec le corps d’un insecte femelle.

 

La coopération entre insectes et orchidées pour la pollinisation croisée prend souvent chez les Orchidées des allures de stratégie élaborée et infiniment complexe. Chez les Ophrys, groupe très diversifiée et probablement en évolution permanente, l’adaptation entre insecte et fleur s’est faite progressivement (coévolution), et presqu’à chaque fois, à une espèce d’orchidée correspond une espèce particulière d’insecte pollinisateur. Chez ce groupe fascinant d’orchidées, la pollinisation oblige la plante à leurrer l’insecte successivement de façon olfactive en émettant une phéromone proche de celle de l’hyménoptère femelle, de façon visuelle, le labelle ressemblant à s’y méprendre à l’abdomen d’un insecte, et de façon tactile, le labelle étant recouvert d’une fine pilosité drue comme l’abdomen précité.

 

La région PACA, extrêmement riche et diversifiée en espèces d’orchidées sauvages, offre près des 4/5 des taxons français. Du bord de mer à la haute montagne, des prairies sèches aux marécages ou aux forêts sombres, le panel d’espèces de notre région est le plus important de France.

 

Nous pouvons citer quelques espèces emblématiques qui se retrouvent dans notre région, par exemple, le magnifique sabot de Vénus (Cypripedium calceolus) au labelle transformé en chausson, objet des convoitises des amateurs de bouquet probablement responsable de la raréfaction dramatique de cet extraordinaire taxon. L’orchis nain des Alpes (Chamorchis alpina) est une rare espèce des bords de lacs et de prairies détrempées de haute montagne. C’est la plus petite espèce d’orchidée d’Europe (5 à 8cm). La goodyère rampante(Goodyera repens), orchidée discrète des sous-bois de résineux moussus des montagnes, a des fleurs complètement recouverte de petits poils dressés. Les spiranthes (genre Spiranthes) ont des fleurs disposées en spirale sur la tige florale. Le célèbre orchis vanille (Gymnadenia nigra) témoigne de la diversité de parfums qu’on peut rencontrer chez les Orchidées sauvages : vanille, lilas, rose, ou encore bouc chez l’étrange orchis bouc (Himantoglossum hircinum) des plateaux calcaires des premiers contreforts du Verdon. Citons aussi le rare et protégé orchis à long éperon (Anacamptis longicornu), encore inconnu de notre région il y a cinq ans et qui est apparu dans le Var il y a peu. Chez les Orchis, le labelle prend souvent des allures de petit bonhomme pendu comme chez l’orchis « homme-pendu » (Orchis anthropophora), ou l’orchis singe (Orchis simia). Les céphalanthères par leurs fleurs magnifiques n’ont rien à envier aux espèces vendues chez les fleuristes à l’image de la céphalanthère à grandes fleurs (Cephalanthera damasonium). Les Epipactis, plus discrètes offrent de nombreuses espèces spectaculaires telle que l’épipactis à petites feuilles (Epipactis microphylla) dont les fleurs deviennent odorantes à partir du soir. Le sérapias négligé(Serapias neglecta) est un remarquable exemple d’espèce tellement qu’elle fut oubliée des botanistes et redécouverte plus tard à l’image également de l’ophrys de Philippe (Ophrys philippi) redécouvert par P.M. Blais en 2000 alors qu’il fut ignoré et oublié des botanistes pendant plus d’un siècle ! Le genre Ophrys, d’ailleurs, extrêmement diversifié montre de remarquables espèces parfois rarissimes, par exemple, l’ophrys miroir (Ophrys speculum) connu en PACA seulement de la région de Hyères dans le Var et de Valbonne dans les Alpes maritimes. La région n’abritant pas l’insecte pollinisateur, l’orchidée ne peut pas se reproduire et est amenée à disparaître. Sa présence dans la région n’est due qu’à un transport de graines providentiel par les oiseaux et une germination improbable.

 
 
 

 

Les maladies dites « imaginaires » : des affections qui se manifestent par des symptômes bien réels mais que la médecine n'arrive à rattacher ni à une lésion ni à une maladie au sens classique. Elles vont de l'hystérie du passé aux multiples douleurs chroniques sans cause. Et pourtant l'imagerie cérébrale et les techniques de neurosciences sont là pour prouver que le cerveau a acquis un mode de fonctionnement particulier. Déviant mais bien réel.

En livrant une synthèse passionnante des apports médicaux, des neurosciences et des théories psychologiques le Dr Alain Autret, neuropsychiatre et professeur de médecine, montre qu'elles sont le produit d'un formatage des modalités de réaction au stress dans l'enfance. En sachant que chacun façonne ses symptômes et s'adapte selon sa propre histoire. Et que l'anxiété aggrave les symptômes et vice-versa.
Il faut comprendre ce qui se joue pour permettre de guérir. En apprenant à gérer le stress, on peut s'investir dans des activités récréatives, rectifier le fonctionnement cérébral et retrouver le plaisir de vivre.

Après son ouvrage majeur «Et si la maladie n’était pas un hasard» sorti en 2008, le Dr Thomas- Lamotte publie enfin la suite de ses travaux résultant de ses 40 années d’expérience en tant que médecin des hôpitaux et neurologue. Ce que Sigmund Freud a montré (l’inconscient agissant à travers nos paroles, actes et rêves) le Dr Thomas-Lamotte nous prouve que notre inconscient régule aussi nos maladies, blessures et accidents selon des schémas dont il expose les logiques, et cela afin de compenser des «non-dits». L’auteur développe avec des cas pratiques une nouvelle approche de la médecine et du malade qui, dans la grande très grande majorité des cas, est devenu souffrant à cause d’un conflit de séparation, de territoire ou de non-dits. Et clairement, la lecture de ce livre nous enseigne infiniment plus sur nous-même en une semaine que ne pourraient le faire des années de psychanalyse. Brillant, intelligent et logique. Le travail du Dr Thomas-Lamotte illustre parfaitement le «s’en rendre malade» de la langue française.

Cet ouvrage aborde les aspects historiques et médicaux de la question des psychonévroses de la Grande Guerre dont la nature et les causes lésion nerveuse, trouble psychique ou simulation... ont divisé les médecins de l'époque.
L omniprésence de la suspicion de simulation autorise la mise en place d'un vaste champ d'expérimentation médicale. On adapte à la médecine de guerre des méthodes thérapeutiques, déjà employées en temps de paix, mais désormais utilisées de manière beaucoup plus agressive. C'est ainsi que le « torpillage » mis au point par Clovis Vincent ou la méthode psychofaradique développée par Gustave Roussy deviennent la base d'une psychothérapie répressive. Certains soldats refusent ce type de traitement, et des affaires célèbres, comme celles du zouave Deschamps ou du procès de Besançon, font alors émerger la question du droit des blessés militaires.
Une collusion médico-militaire s'installe. Les soldats suspects de simulation, consciente ou inconsciente, sont renvoyés au front, au nom du patriotisme, par des médecins militaires. D'autres combattants, dont les troubles psychiques n'ont pas été identifiés, sont conduits par des médecins devant les conseils de guerre et fusillés pour désertion.
Les dérives liées à la prise en charge des psychonévroses de la Grande Guerre sont cependant à l'origine d'une importante évolution des conceptions médicales qui aboutissent à la définition moderne du post-traumatic stress disorder.

"Sacks ira loin s'il cesse d'aller trop loin" : ces mots prophétiques prononcés par un professeur donnent le ton de cette autobiographie. Voici l'histoire d'un homme exceptionnel, qui a exploré de multiples domaines avec la même énergie. Au sortir d'une jeunesse obsédée par les motos et la vitesse, il travaille, en tant que neurologue, dans un hôpital new yorkais réservé aux malades chroniques : il y découvre des patients emprisonnés dans une profonde léthargie dont il va tenter de les faire sortir, expérience bouleversante qu'il racontera dans son livre L'Eveil, plus tard adapté au cinéma. Sa voie est alors tracée : tout en explorant les troubles neurologiques les plus étranges et en décrivant ces maux souvent incurables comme des mondes particuliers, il s'appliquera à montrer que chacune de ces manières " anormales " de se comporter, de parler ou de se situer dans l'espace et le temps est profondément humaine... trait qui éclaire notre propre "normalité" sous un jour inattendu. Dans ce récit mené au pas de charge, Sacks se révèle ainsi, d'une façon qui n'appartient qu'à lui, un explorateur de l'humain.

L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau Olivier Sacks décrit dans ce livre les affections les plus bizarres, celles qui atteignent l'homme non seulement dans son corps, mais dans sa personnalité la plus intime et dans l'image qu'il a de lui-même. Il nous fait pénétrer dans un royaume fantastique, peuplé de créatures étranges : un marin qui, ayant perdu la notion du temps, vit prisonnier d'un instant perpétuel ; un homme qui se prend pour un chien et renifle l'odeur du monde ; un musicien qui prend pour un chapeau la tête de sa femme, et bien d'autres... Tentatives aussi pour poser les jalons d'une médecine nouvelle, plus complète, qui, traitant le corps, ne refuserait pas de s'occuper de l'esprit, et même de l'âme.

La musique peut nous émouvoir, nous inciter à danser, ou nous rendre tristes et nostalgiques. Quand on est un neurologue aussi compétent qu'Oliver Sacks, et surtout mélomane de longue date, comment peut-on comprendre et décrire ce pouvoir ? Plus d'aires cérébrales sont affectées au traitement de la musique qu'à celui du langage : l'homme est donc véritablement une espèce musicale. Et c'est en déployant une galerie de portraits - du chirurgien devenu pianiste après avoir été frappé par la foudre au frère manchot de Wittgenstein, en passant par les handicapés mentaux mélomanes - que l'auteur questionne les rapports du cerveau et de la musique. Notre dimension musicale est ici décrite dans son étendue et sa profondeur, d'un point de vue scientifique, philosophique et spirituel.

Plus de deux millions de personnes en France souffrent de migraines souvent sans en comprendre l'origine et parfois sans parvenir à en convaincre leur entourage. Pourtant, ce mal est bien réel. - Quels sont les différents types de migraine ? - Quand et pourquoi survient-elle ? - Comment la traiter ? Telles sont les questions auxquelles Oliver Sacks répond. C'est un livre de médecin, puisque l'auteur y décrit les circonstances d'apparition d'une migraine et les formes qu'elle peut revêtir. Mais à partir de son expérience, il montre que la migraine, pour être comprise et traitée dans sa totalité, doit être aussi considérée comme un événement d'ordre affectif : il s'agit donc de savoir à quoi elle sert. Par cette question novatrice, Sacks accède à l'arrière-fond méconnu du symptôme migraineux. Forme particulière de réaction à la menace, la migraine devient un phénomène qu'il faut comprendre pour le faire disparaître : constatation qui amène à élaborer une thérapeutique tout autre. Cette nouvelle édition intègre les résultats de la recherche scientifique des dix dernières années concernant le traitement spécifique de la migraine. 

Durant l'hiver 1916-1917 éclata une épidémie de « maladie du sommeil » (encéphalite léthargique) présentant les symptômes parkinsoniens les plus graves. Beaucoup de malades moururent ; d'autres s'enfoncèrent dans un état léthargique étrange et définitif -immobiles, souvent muets, emprisonnés dans un temps pétrifié. Ces patients incurables, Oliver SACKS les retrouve plusieurs décennies après, dans un asile de la banlieue new-yorkaise où il travaille à partir du milieu des années 60. En 1967 apparaît une drogue (la L-Dopa), qui a pour effet de réveiller ces patients ; ils se remettent à parler, à marcher, retrouvent le goût de vivre... mais certains sont en proie à des hallucinations, des délires paranoïaques, érotomaniaques. L'unité de leur personnalité se brise en une foule se « sous-moi », parfois effrayants, en lesquels ils ne se reconnaissent plus. Faut-il arrêter la L-Dopa ? Diminuer la dose ? Ce sont les problèmes dramatiques auxquels Oliver Sacks sera confronté. Extrêmement émouvant dans le récit du destin de ces patients, le livre comporte aussi une réflexion théorique qui débouche sur des questions essentielles concernant la santé et la maladie, considérée non plus comme un corps étranger qu'on « attrape », mais comme un état du « soi », ayant sa propre logique.

Olivier Walusinski

J'exerce depuis 1975 comme médecin de campagne dans le Perche, un peu loin de tout, volontairement. J'ai complété ma formation initiale par une formation en dermatologie à orientation chirurgicale (1976), un DU de médecine agricole à Tours en 1978, un DU de proctologie à Paris en 1989, et enfin un DIU d'échographie en deux ans réussi en 1994 ( le plus difficile et dont je suis le plus fière). Ceci me permet d'avoir un exercice très varié et complet. Je pratique toute la médecine depuis les surveillance des grossesses (échographies comprises), quelques accouchements trop rapides, la pédiatrie et beaucoup de gériatrie (maison de retraite médicalisée). Toujours intéressé par l'urgence, je suis sapeur pompier (armé d'un bip d'appel), correspondant du SAMU pour le canton (SMUR à 40 mn). Je dispose avec le VSAB des pompiers du matériel de réanimation (défibrillateur etc). Mon secteur comprend 30 km de l'autoroute A11 “défendre” comme disent les pompiers ! J'ai un véhicule équipé par les pompiers. Après plus de trente ans d'exercice, j'ai du mal à adhérer au courant actuel de désengagement des médecins de l'urgence. Mon téléphone reste ouvert aux patients 24 h/ 24h comme autrefois 

Mon hobby reste les neurosciences et ma collection de bibliophile de livres anciens (de médecine essentiellement de neurologie). L'informatique m'a convaincu en 1983 avec un apple II; actuellement un MAC G5.

Vers 1979, j'ai été confronté par un consultant importuné par des salves de bâillements irrépressibles. Je n'avais jamais entendu parler de ce type de pathologie pendant mes études. J'ai questionné mes amis neurologues de La Salpêtrière qui n'avaient que des idées très vagues mais m'ont encouragé à m'y intéresser. J'ai commencé à fouiller les bibliothèques pour ma culture personnelle. Après avoir accumulé une bibliographie importante, j'ai publié en 2000 mon premier article consacré à une enquête réalisée auprès de mes patients concernant leurs bâillements. La Revue du Praticien Médecine Générale a été très intéressée et cette publication a eu un certain écho professionnel. Aussi, ai-je pensé lors du décollage de l'internet de mettre en ligne une part de ma documentation. Ainsi est né le 1 janvier 2001 www.baillement.com.

Depuis, cet outil extraordinaire m'a permis de faire la connaissance de curieux et de chercheurs savants, sur tous les continents (USA, Canada, Mexique, Argentine, Afrique du Sud, Hollande, Italie, Japon, Australie). J'ai le sentiment d'avoir servi de catalyseur et d'avoir, de par ma formation de généraliste, réuni des savoirs spécialisés qui ne se rencontraient pas: éthologie, neurophysiologie, pharmacologie, psychologie, neurologie, imagerie fonctionnelle etc..

J'ai maintenant mis en ligne plus de 800 pages, plus de 500 articles originaux concernant le bâillement. Depuis l'étymologie à l'histoire des connaissances, sans oublier les arts (littérature, peinture) tous les aspects sont présentés sur le site. Véritable base de données, il est utilisé par des chercheurs du monde entier. L'aventure continue. La lettre mensuelle du site a plus de 3200 abonnés. En 2003, j'ai été coopté pour devenir membre de la Société française de recherche sur le sommeil.

La Revue de Neurologie fondée en 1893 par JM Charcot a publié pour la première fois de sa longue vie un article sur le bâillement en 2004. En 2005, elle a accepté un travail que j'ai mené avec le service de neurologie du CHU de Poitiers sur le bâillement au cours de l'hémiplégie. A. Kurjak rédacteur en chef de la revue internationale d'échographie The Ultrasound Review of Obstetrics & Gynecology m'a fait l'honneur de me commander un article sur la bâillement foetal où j'ai pu présenter mes recherches sur l'ontogenèse, la phylogenèse du bâillement et ses liens avec les formes primitives de sommeil paradoxal. Actuellement, je rédige pour la revue Psychologie et Neuropsychiatrie du vieillissement un article intitulé Le bâillement: ontogenèse, vie et sénescence. Le magazine de vulgarisation Pour La Science a publié un de mes écrits en octobre 2003. Enfin j'ai écrit un livre Bâillement et pandiculations paru en août 2004 en vente sur le site www.oscitatio.com.

J‘ai eu l'honneur de présider en 2004 un jury d'une thèse de psychologie, à laquelle j'avais participé, à l'université Vrije d'Amsterdam (novembre 2004), d'avoir présenté mes recherches à l'Université de Montreal (septembre 2004), dans différents services de neurologie à Paris etc...

En Septembre 2005, les Entretiens de Bichat ont parlé du bâillement, écho largement repris dans les médias grand public. C'est ainsi que j'ai été interviewé au journal télévisé de France2 !

Pourquoi et comment devient-on terroriste ? Comment légiférer et pourquoi la mission des juges est-elle si périlleuse ? Quelle est la position de la France face à un phénomène qui n’a pas de frontières ? 
Pour la première fois, un juge, l’une des figures de la galerie Saint-Eloi, nous fait pénétrer au cœur d’un système, d’un univers, aussi inquiétant que fascinant. Il n’hésite pas à se mettre dans la peau de ces apprentis terroristes pour dérouler la progression insidieuse vers la déraison. 
Qu’est-ce qui pousse Stéphane, seize ans, ce garçon issu d’une famille ordinaire, à se convertir soudain à l’Islam et à se radicaliser ? Pourquoi Assya, élevée laïquement en France, décide-t-elle un jour de porter le niqab et de s’inscrire sur un site de rencontres communautaires ? Que part chercher Abou Hamza dans les montagnes afghanes ? 
Au-delà de ces parcours édifiants, c’est une justice pourtant à la pointe de l’information et de la vigilance qui ne peut être rendue, faute de preuves et de faits : car un terroriste en puissance n’est pas encore un terroriste.

L'Art est une forme de mystère. Il habite l'humain depuis la nuit des temps sous toutes les latitudes et dans toutes les cultures. Cet ouvrage collectif réunissant chercheurs et cliniciens est le fruit d'un Forum de la Société de Neuropsychologie de Langue Française consacré à ce thème pour deux raisons. Tout d'abord, la nécessité de faire le point sur la littérature neuroscientifique actuelle s'impose au regard de la richesse de celle-ci, notamment (mais pas seulement) dans le courant de la neuroesthétique. La littérature cognitive tente ainsi depuis peu d'élucider les bases neuronales et suggère que la créativité artistique est la résultante neurobiologique d'une explosion combinatoire. D'autre part, et parallèlement, le recours à l'art et aux supports artistiques comme thérapie peut être revisité à la lumière de ces travaux. Il s'agit de pratiques le plus souvent empiriques ou nées d'observations expérimentales. Si elles sont exercées par des thérapeutes expérimentés, elles se distinguent d'activités occupationnelles ou récréationnelles artistiques, dont on reconnaît d'ailleurs aujourd'hui la charge motivationnelle et le potentiel de stimulation cognitive. Le "plaisir" que suscitent ces activités peut être scientifiquement évalué, mais des effets "directs" sont également envisagés, comme le montrent par exemple de plus en plus de travaux de neurosciences de la musique. Ces résultats ouvrent aussi les perspectives d'un care où identité et créativité feraient davantage partie prenante du soin neuropsychologique, en faisant appel aux capacités préservées des patients.

  • Oui, les proportions harmonieuses d’un tableau ou d‘une sculpture induisent un sentiment de bien-être. Oui, les couleurs agissent sur nos émotions, notre créativité, notre concentration, voire notre force physique. Oui, la musique a le pouvoir de soulager la douleur et de stimuler la mémoire.

    Les philosophes ont les premiers pressenti l’impact du beau et des créations artistiques sur le cours de notre existence, sur notre humeur, notre état d’esprit et notre santé. Leurs thèses sont désormais confirmées par les neurosciences, qui nous révèlent comment notre cerveau et, par là, notre corps entrent en résonance avec la beauté.

    Et si l’art pouvait vraiment aider chacun de nous à vivre mieux et plus longtemps ?

    Pierre Lemarquis est neurologue. Membre de la Société française de neurologie, de la Société de neurophysiologie clinique de langue française et de l’Académie des sciences de New York, attaché d’enseignement d’éthologie à l’université de Toulon-La Garde, il est notamment l’auteur de Sérénade pour un cerveau musicien, qui a été un grand succès.

  • Comment la musique stimule-t-elle notre cerveau ? Édith Piaf et Louis Armstrong peuvent-ils nous aider à supprimer les effets du temps et à combattre le vieillissement ? De quelle manière Mozart, ou un riff de guitare électrique, agit-il sur notre mémoire ? Pour Pierre Lemarquis, la musique existe avant le langage et lui survit dans notre cerveau.
    Née des émotions, elle module notre humeur, développe nos compétences, renforce les liens sociaux et peut même provoquer des orgasmes ! Amateurs ou professionnels, et quel que soit notre âge, nous possédons tous un cerveau musical qui ne demande qu'à nous aider au cours de notre existence. Tentons de mieux le connaître, et apprenons à le développer !

    Neurologue, neurophysiologiste, neuropharmacologue, Pierre Lemarquis est membre de la Société française de neurologie, membre de la Société de neurophysiologie de langue française et membre de l'Académie des sciences de New York.

  • Écouter une musique de Mozart, admirer une fresque de Michel-Ange ou lire une pièce de Shakespeare peuvent transformer notre cerveau. C’est la magie de l’empathie esthétique par laquelle l’esprit d’un créateur s’incarne et nous métamorphose. Un effet thérapeutique est possible, parfois spectaculaire, une véritable renaissance abolissant les notions de temps et d’espace, une régénération spirituelle qui nous ressource en profondeur. Dans ce livre, Pierre Lemarquis nous propose de vivre une expérience esthétique inouïe et de nous fondre dans les fresques de Michel-Ange à la Sixtine, sous le regard amusé de Mozart. Pierre Lemarquis est neurologue, membre de la Société française de neurologie, de la Société de neurophysiologie clinique de langue française et de l’Académie des sciences de New York. Sérénade pour un cerveau musicien et Portrait du cerveau en artiste, ses deux précédents ouvrages, ont été de grands succès.

Les Français " de souche ", ça n'existe pas. Les races non plus. Depuis l'homo-sapiens, qui était déjà le résultat de croisements avec Neandertal et les autres (arrêtons de pavoiser), nous sommes les produits de métissages permanents. Et tant mieux, car recevoir des gènes extérieurs rend plus résistant ! 
Ne pas croire non plus que l'évolution se fait de façon régulière, uniquement adaptative, en vue d'un être plus abouti ; elle est aussi la conséquence des catastrophes, des épidémies, et même des comportements : des rats stressés en laboratoire vont transmettre des " caractères " craintifs sur 3 générations ! Quant à la sélection des meilleurs, c'est un leurre. Les meilleurs s'imposent car on se soumet à eux dans l'espoir de les imiter ; mais les plus performants, les plus spécialisés vont devenir les plus vulnérables car ils auront perdu leurs facultés d'adaptation aux nouveaux changements. 
Le corps humain, de son côté, n'est pas une entité fixe. Pour une cellule humaine, on y compte 100 bactéries et 1000 virus : la médecine a fort à faire ! Sans compter que nous recevons des cellules de l'extérieur. Par exemple, une femme peut hériter de ses enfants mâles des cellules de garçon, et les transmettre... 
Maintenant, pour l'avenir, il est scientifiquement impossible de le prévoir : tout est en mutation permanente, en nous, autour de nous, sur la Terre et dans le Cosmos. La mondialisation nous apportera de mauvaises choses (épidémies, etc.) mais aussi des bonnes, et la disparition de la biodiversité n'est pas définitive : on l'a déjà vue disparaître dans le passé, et renaître. On a vu des civilisations mourir, et d'autres surgir ailleurs. Des phases de créativité intenses ont souvent succédé à des périodes d'étranglement. 

Le but de ce livre n'est donc pas de jouer les haruspices, ni même de démolir la genèse des religions (après tout, ironise le Pr Raoult, chacun est libre de définir comme il veut la source de l'ADN). Cet ouvrage nous incite seulement à nous appuyer sur les données vérifiées de la science pour éviter les caricatures anxiogènes du discours ambiant ainsi que leurs dangers, pour notre santé tant physique que morale et mentale.

Les microbes sont partout : dans nos assiettes, sur nos mains, dans nos veines et dans nos gènes ! Nous sommes des chimères génétiques.
Cette découverte récente met à mal notre vision de l'évolution des espèces en général et de l'homme en particulier ; elle renverse les certitudes héritées d'un darwinisme trop souvent érigé en dogme. Avec Didier Raoult, c'est un nouveau monde, le nôtre, qui se donne à voir, y compris celui de l'invisible qui vit en nous.

Virus et bactéries, ils sont des millions à nous coloniser. Ils sont nos très nombreux (et parfois encombrants), locataires, tout particulièrement dans le système digestif, où ils pourraient jouer un rôle dans l'épidémie mondiale d'obésité. Les probiotiques, à la mode depuis quelques années, pourraient bien se révéler moins inoffensifs que prévu.
Ils sont aussi nos voisins, copropriétaires de la planète. Quand nous modifions nos écosystèmes, nous rencontrons de nouveaux virus et bactéries, pas toujours amicaux. Nos modes de vie peuvent même déclencher des guerres de voisinage meurtrières qui ont alors pour nom épidémies.
La grande peur qu'elles provoquent chez tous, réveillée par H1N1 et fondée sur les ravages de la peste au Moyen Age, n'est pas un fantasme. Tôt ou tard, nous y serons de nouveau confrontés.
Le monde microscopique, mouvant et imprévisible, nous réserve bien des surprises !

Le transhumanisme est un courant de pensée, désormais international, prônant l'usage des sciences et des techniques, dans le but d'améliorer l'espèce humaine, en augmentant les performances physiques et mentales de l'homme. Il considère en outre certains aspects de la condition humaine tels que le handicap, la maladie, le vieillissement ou la mort subie comme inutiles et indésirables. A ce titre, il interroge et il inquiète... Pour éclairer l'actualité de façon constructive, et tracer un pont entre les fantasmes et la réalité, l'auteur décrypte ce courant de pensée en proposant un texte accessible, synthétique et vivant. Il commence par faire un retour historique sur les origines et les influences du transhumanisme. Il s'interroge ensuite, à travers une lecture humaniste de la situation actuelle, sur la pertinence d'une telle "évolution". Il nous interpelle enfin sur les orientations que nous souhaitons réellement donner à notre évolution en soulignant les parts d'ombre et les raisons d'espérer.

" Ne croyez surtout pas qu'il s'agisse de science-fiction : 18 avril 2015, une équipe de généticiens chinois entreprenait d'"améliorer' le génome de quatre-vingt-trois embryons humains.
Jusqu'où ira-t-on dans cette voie ? Sera-t-il possible un jour (bientôt ? déjà ?) d'"augmenter' à volonté tel ou tel trait de caractère de ses enfants, d'éradiquer dans l'embryon les maladies génétiques, voire d'enrayer la vieillesse et la mort en façonnant une nouvelle espèce d'humains "augmentés' ? Nous n'en sommes pas (tout à fait) là, mais de nombreux centres de recherche "transhumanistes' y travaillent partout dans le monde, avec des financements colossaux en provenance de géants du Web tel Google. Les progrès des technosciences sont d'une rapidité inimaginable, ils échappent encore à toute régulation. En parallèle, cette "infrastructure du monde' qu'est le Web a permis l'apparition d'une économie dite "collaborative', celle que symbolisent des applications comme Uber, Airbnb ou BlaBlaCar. Selon l'idéologue Jeremy Rifkin, elles annoncent la fin du capitalisme au profit d'un monde de gratuité et de souci de l'autre. N'est-ce pas, tout à l'inverse, vers un hyperlibéralisme, vénal et dérégulateur, que nous nous dirigeons ? Certaines perspectives ouvertes par les innovations technoscientifiques sont enthousiasmantes, d'autres effrayantes. Ce livre cherche d'abord à les faire comprendre, et à réhabiliter l'idéal philosophique de la régulation, une notion désormais vitale, tant du côté de la médecine que de l'économie. "

Ce livre est le volume 2 (de 2) de l’édition complète en fac-similé de la version révisée de De Humani corporis fabrica ("De l’Architecture du corps humain") faite imprimée en 1555 par le célèbre anatomiste André Vésale (Andreas Vesalius). Elle corrige les erreurs que Vésale avait commises dans la précédente édition de 1543, et elle est augmentée (877 pages en tout, contre 714 pour l’édition de 1543). Le texte est toujours en latin.

Les deux versions de ce traité d’anatomie, la première de 1543, et la seconde de 1555 ici reproduite, constituent, ensemble, l’une des étapes les plus importantes de toute l’histoire de la médecine. Elles furent toutes deux imprimées à Bâle, en Suisse. L’exceptionnelle qualité de leurs impressions, et de leurs typographies, ne s’est jamais vue dans aucun autre livre publié avant 1543. Elle connut même une considérable amélioration dans cette seconde édition, laquelle ne fut que rarement reproduite par la suite, jusqu’à la large diffusion de l’imprimerie mécanisée durant le milieu du XIXe siècle. Avec sa publication de De Humani corporis fabrica, André Vésale apporta au monde une série d’images qui permit de voir et de comprendre pour la première fois la véritable architecture du corps humain.

Les gravures de l’édition originale font 33 centimètres de hauteur, c’est-à-dire quelques petits centimètres de plus que leurs reproductions pleine page, et en doubles pages, dans ce fac-similé. De Humani corporis fabrica est un volume unique de près de mille pages, lourd et de grand format. Avec de tels taille et poids, il ne pouvait être lu que sur un lutrin ou posé à plat sur une table. Il est divisé en sept parties que Vésale a nommées "livres", lesquelles auraient fort bien pu être imprimées en volumes séparés, en effet ; celles-ci sont respectivement titrées (traduction du latin en français) :

Livre 1 : "Les Os et cartilages".
Livre 2 : "Les Ligaments et muscles.
Livre 3 : "Les Veines et artères".
Livre 4 : "Les Nerfs".
Livre 5 : "Les Organes de la nutrition et de la procréation".
Livre 6 : "Le Cœur et les organes associés".
Livre 7 : "Le Cerveau".

Ces sept livres sont suivis d’un court Errata post Libri Impressionem, puis d’un considérable index, très complet, de 46 pages.

De Humani corporis fabrica est un ouvrage aussi connu pour l’exceptionnelle qualité de ses gravures et grandes planches (plus de 250 en tout), dont la réalisation fut tout d’abord attribuée à Titien, puis, désormais, à son élève Jean-Stéphane Van Calcar.
Ce fac-similé a été réalisé à partir de l’une des éditions les mieux conservées (collection privée) ; aucune de ses pages n’est manquante, ni n’a été déchirée ou endommagée de quelque manière que ce soit. Cent quarante-trois exemplaires seulement de De Humani corporis fabrica sont connus et recensées dans le monde aujourd’hui. Cette rareté est expliquée par l’énorme coût de la réalisation de cet ouvrage à l’époque.

 Ce petit livre, la thèse de Doctorat en Médecine du Dr Louis Ferdinand Destouches,dit Céline est un petit chef d'oeuvre ("intense, bref et substantiel" comme dira son auteur lui même). Pourquoi? Il ne s'agit pas d'un texte scientifique avec des tas de statistiques exactes et impéccables. Il ne s'agit pas d'une biographie détaillée de la vie de Philipp Ignaz Semmelweis (1818-1865, avec un "s"). Alors quoi? Céline avec,déjà comme carabin, une plume efficace et incisive, avec un langage riche, extraordinaire (comme il le deviendra encore plus dans ses écrits de la maturité) esquisse la vie et l'oeuvre de Semmelweis. Un des grands maitres de la médecine de tous les temps. Céline met à nu l'incompréhension des contemporains de Semmelweis pour une découverte qui a peu d'égales dans l'histoire de la médecine. Céline démontre, comme il dira ailleurs, que "la faculté est une armoire bien fermée, des pots en masse, peu de confiture". Semmelweis est entouré de confrères aussi puissants qu'obtus. Semmelweis ne se comforme pas aux croyances de son époque, que sa  découverte devrait écraser. Semmelweis a vu trop loin pour les sociétés de médecine de son temps. Il menace l'ordre d'une discipline "bien fermée" (tout comme aujourd'hui). Il dénonce la toujours actuelle idiotie médicale qui refuse tout progrès, toute innovation, tout doute. Semmelweis a un esprit scientifique (ce qu'il fait est une des expériences scientifiques plus mémorables de l'histoire de la médecine), son esprit n'est pas "magique" comme celui de ses paresseux et poussiéreux confrères, son esprit est anarchiste non pas conformiste, (beaucoup ont observé la ressemblamce entre la vie de Semmelweis et celle de Céline lui même, dans une sorte d'autobiographie ante litteram). Il s'agit, enfin, d'un petit chef d'oeuvre, parce que relu après longtemps il garde sa puissance et sa fraicheur, sa force et sa fascination. J'ai lu ce livre quand j'étais carabin, c'est au tour de ceux qui le sont à présent de le lire. Aucun carabin,aucun médecin ne devrait ne pas avoir lu et réfléchi sur ce livret daté 1924,mais qui conserve une actualité surprenante. (Le livre est à la portée de tous, il ne faut absolument pas etre toubib pour le lire et le comprendre).

Le point central de cet ouvrage neuroscientifique est la Joconde dont le principal intérêt est qu'elle est une figure de l’art bien connue des lecteurs. À partir d’une représentation gravée de Vesselin Vassiliev présentant Mona Lisa de dos, l’auteur utilise les brouillons de travail de l’artiste pour illustrer les connaissances récentes des neurosciences concernant l’inspiration (pourquoi l’artiste s’est demandé ce qui a pu faire sourire la Joconde ?), la résolution du problème que se pose l’artiste en réflexion (que regarde la Joconde ?) tout en trouvant une solution plausible, l’illumination (la solution de la scène et les méandres pour y parvenir) et la fabrication (la difficulté technique). À partir des dessins préparatoires et d’autres oeuvres de Vesselin Vassilev, le lecteur peut se familiariser ainsi avec le long travail d’élaboration de l’oeuvre et utiliser son propre imaginaire puisque le tableau lui est forcément connu. Le fait qu’il s’agisse de la Joconde permet de s’interroger aussi sur ce qui fait l’artiste, le créateur et l’oeuvre d’art. Le travail de Vesselin Vassilev, notamment à partir d’une sélection de ses gravures, montre ce que sont le style d’un artiste, les années d’apprentissage, le savoir technique, les recherches personnelles et ici, les recherches historiques sur les peintres de la Renaissance, les expériences personnelles. Mais l’oeuvre n’est rien sans le spectateur. Des données neuroscientifiques récentes sur le visage de Mona Lisa permettent enfin de s’intéresser à ce que regarde le spectateur et ce que le regard apporte à la théorie de l’esprit et aux échanges sociaux. L’ouvrage visite la création artistique avec un regard neuroscientifique et neuroesthétique, et est illustré par des données scientifiques contemporaines.

 

Les expérimentations sur l'embryon, l'usage généralisé de la drogue. Ces questions d'actualité ont été résolues dans l'État mondial, totalitaire, imaginé par Huxley en 1932. Défi, réquisitoire, anti-utopie, ce chef-d'oeuvre de la littérature d'anticipation a fait de son auteur un des témoins les plus lucides de notre temps.

Imaginez qu'on puisse vous opérer d'une tumeur au cerveau sans vous endormir, et qu'en affinant le geste médical on sauve non seulement votre vie mais toutes les capacités de cet organe... Imaginez qu'on puisse aller jusqu'à amputer votre cerveau de la zone du langage, la fameuse " aire de Broca ", sans vous priver pour autant de la parole... Science-fiction ? En aucun cas. C'est ce qu'a prouvé le professeur Duffau qui, à ce jour, a opéré plus de six cents tumeurs cérébrales, sans séquelles. Décrié à ses débuts, il est aujourd'hui mondialement reconnu et consulté pour sa technique spectaculaire. Après une lutte acharnée pour rompre avec les dogmes encore en vigueur, il a révolutionné la neurologie et mis fin à une croyance erronée vieille de cent cinquante ans. En effet, le cerveau n'est pas divisé en zones indépendantes comme on le croyait, mais organisé en réseaux interactifs et doté d'une étonnante plasticité. Il est donc capable de s'adapter ou de se remodeler en permanence, offrant aux patients une récupération et une qualité de vie qu'on imaginait jusqu'ici impossibles.

 

article de Nature Reviews/ Neurology

Stimulation mapping of white matter tracts to study brain functional connectivity

http://pdf.lu/9e6x

Hugues Duffau

Cartographie de stimulation de faisceaux de matière blanche pour l’étude la connectivité fonctionnelle du cerveau

Résumé | Malgré les progrès de la nouvelle science de connectomique, qui vise à cartographier globalement les  connexions neuronales tant aux niveaux structurel que fonctionnel,  les techniques d'étude directe de la fonction  de la substance blanche, in vivo chez l’homme, restent discrètes. La  cartographie de la stimulation électrique directe (SED) des fibres sous-corticales offre une occasion unique d'étudier la connectivité fonctionnelle du cerveau. Cette méthode originale permet des corrélations anatomo-fonctionnelles en temps réel, en particulier en ce qui concerne les voies nerveuses chez les patients éveillés subissant une chirurgie du cerveau. Dans cet article, l'objectif est d'examiner de nouvelles connaissances, acquises à partir de DES axonales, dans la connectivité fonctionnelle des systèmes sensitivo-moteur, du langage et cognitif. Les interactions entre ces réseaux neuronaux et des systèmes multimodaux, tels que  mémoire de travail, attention, fonctions exécutives et  conscience, peuvent également être examinées par la stimulation axonale. Dans ce modèle de réseau, le traitement par le cerveau n'est pas conçu comme la somme de plusieurs sous-fonctions, mais comme le résultat de l'intégration et de potentialisation de sous-réseaux  parallèles (bien que se chevauchant partiellement). Cet apport « hodotopique » *, permis par  la SED axonale, améliore notre compréhension de la neuroplasticité et de ses limites. Les implications cliniques de ce changement de paradigme, de localisationnisme à l’ «hodotopie », dans le contexte de la chirurgie du cerveau, la neurologie, la psychiatrie et la neuro-réhabilitation, sont discutées.

Duffau, H. Nat. Rev. Neurol. 11, 255-265 (2015); publié en ligne le 7 Avril 2015; doi: 10.1038 / nrneurol.2015.51

  * du grec " hodos" (voies) et "topos" (localisation)

Dans ce livre plein de vie et d’humour, Frans de Waal, éthologue réputé, démontre que l’instinct de compassion n’est pas l’apanage exclusif de l’homme. Il révèle également que l’empathie et la coopération représentent des avantages sélectifs décisifs pour la perpétuation des espèces. Un livre de nature et de science à l’évidente portée politique dans notre société occidentale où règnent la concurrence et l’individualisme. Sommes-nous sur terre, comme on l’affirme si souvent, dans le seul but de servir notre propre survie et nos intérêts personnels ? Est-ce vraiment dans la nature humaine de se poignarder dans le dos pour gravir les échelons de la hiérarchie ? Dans ce livre stimulant, Frans de Waal examine comment l’empathie vient naturellement aux humains et à certains autres animaux. Le comportement égoïste et l’esprit de compétition, souvent présentés comme conformes aux théories de l’évolution, sont ici magistralement remis en cause. Fort de son expérience sur le terrain et de ses recherches sur les chimpanzés, les bonobos et les singes capucins, ainsi que sur les dauphins, les baleines et les éléphants, Frans de Waal nous montre que de nombreux animaux sont prêts à prendre soin les uns des autres, à s’entraider et, dans certains cas, à se mobiliser pour sauver la vie de leurs congénères. Ecrit dans un langage accessible à tous, nourri d’histoires animales aussi extraordinaires qu’émouvantes, L’Age de l’empathie, en mettant la coopération au cœur de l’évolution des espèces, ouvre des perspectives passionnantes sur la nécessaire solidarité dans nos sociétés.

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" La capacité d'empathie est inhérente à l'espèce humaine. Elle implique de pouvoir se mettre à la place d'autrui et de ressentir ce qu'il éprouve, aussi bien pour s'attrister que pour se réjouir avec lui. Mais l'être humain est également doté d'une faculté tout aussi grande de mettre son empathie en sommeil. L'histoire du XXe siècle, jalonnée de barbaries, en est la preuve. Aujourd'hui, d'autres menaces pèsent sur elle, comme la logique de guerre à laquelle conduit la concurrence économique ou les nouvelles technologies qui virtualisent nos interlocuteurs. Dans les deux cas, l'autre devient un étranger, ou pire, un ennemi. Pourtant, comment expliquer que nous puissions si facilement renoncer à l'empathie alors qu'elle est si profondément enracinée en nous ? D'où viennent les forces qui nous en éloignent ? Et comment la réveiller ? "

Une crise d’épilepsie est un phénomène au cours duquel plusieurs régions cérébrales se mettent à trop communiquer entre elles pour finalement échanger des informations pauvres et stéréotypées. Le fonctionnement de ces régions cérébrales perd en complexité, et les spécificités qui permettaient de les distinguer s’amenuisent. Un peu comme certaines rues commerçantes des sociétés mondialisées qui finissent par toutes se ressembler et ne permettent plus de savoir dans quel pays on se trouve. Dans ce nouveau livre, Lionel Naccache compare la crise d’épilepsie cérébrale, microcosmique, et la crise, macrocosmique, que vit notre monde – qu’il nomme le « paradoxe du voyage immobile » : ce contraste entre, d’une part, une accélération et une facilité inédites des possibilités de voyager et, d’autre part, une atténuation sans cesse croissante de l’expérience de dépaysement. À partir de cette analogie, il nous fait découvrir en quoi notre monde contemporain dispose d’un potentiel de conscience jamais atteint auparavant, mais également pourquoi il est exposé à des fragilités qui se manifestent dans les crises traversées aujourd’hui par les sociétés occidentales : mondialisation, retour du religieux, réduplication du monde à l’identique en plusieurs points du globe, crises des démocraties… Cette approche inédite le conduit également à proposer un ensemble de mesures destinées à soigner et surtout à prévenir l’épilepsie des sociétés, de la même façon que l’on soigne et prévient l’épilepsie d’un individu. Lionel Naccache est neurologue, professeur de médecine à la Pitié-Salpêtrière, directeur d’une équipe de recherche à l’Institut du cerveau et de la moelle épinière (ICM). Il est l’auteur du Nouvel Inconscient, de Perdons-nous connaissance ? et d’Un sujet en soi, qui ont été de grands succès. 

"Comment faisons-nous pour lire ? Au cours des vingt dernières années, la recherche scientifique sur le cerveau et la lecture a progressé à grands pas. Nous disposons aujourd'hui d'une véritable science de la lecture. Toutefois, ces recherches restent méconnues du grand public et, surtout, des premiers concernés : les parents et les enseignants des enfants des écoles primaires. Nous avons écrit ce livre avec un objectif bien précis : que les connaissances scientifiques sur les neurosciences cognitives de la lecture soient diffusées et mises en pratique dans les écoles. Nous espérons également, avec ce livre, que les parents trouveront un plaisir plus grand encore à comprendre l'esprit de leurs enfants, à suivre leurs progrès en imaginant les étonnantes transformations qui se produisent dans leur cerveau et à prolonger le travail de l'école à la maison par des jeux pertinents. Un seul objectif doit nous guider : aider l'enfant à progresser pour qu'il devienne un lecteur autonome, qui lit autant pour apprendre que pour son plaisir", S.D.

Stanislas Dehaene est professeur au Collège de France, titulaire de la chaire de psychologie cognitive expérimentale et membre de l'Académie des sciences. Il est notamment l'auteur de La Bosse des maths et des Neurones de la lecture, qui ont été d'immenses succès. Avec Ghislaine Dehaene-Lambertz, Édouard Gentaz, Caroline Huron, Liliane Sprenger-Charolles.

Écouter une musique de Mozart, admirer une fresque de Michel-Ange ou lire une pièce de Shakespeare peuvent transformer notre cerveau.

C’est la magie de l’empathie esthétique par laquelle l’esprit d’un créateur s’incarne et nous métamorphose. Un effet thérapeutique est possible, parfois spectaculaire, une véritable renaissance abolissant les notions de temps et d’espace, une régénération spirituelle qui nous ressource en profondeur.

Dans ce livre, Pierre Lemarquis nous propose de vivre une expérience esthétique inouïe et de nous fondre dans les fresques de Michel-Ange à la Sixtine, sous le regard amusé de Mozart. 

Pierre Lemarquis est neurologue, membre de la Société française de neurologie, de la Société de neurophysiologie clinique de langue française et de l’Académie des sciences de New York. Sérénade pour un cerveau musicien et Portrait du cerveau en artiste, ses deux précédents ouvrages, ont été de grands succès. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Extrait de l'ouvrage :

 

 L'Empathie esthétique. Entre Mozart et Michel-Ange

Pierre Lemarquis

« Observez Glenn Gould : il nous interprète le Cinquième Concerto pour piano de Beethoven, l’œuvre d’un sourd, les yeux fermés. Il nous affirme que ce n’est pas avec les mains que l’on joue du piano, mais avec son cerveau. »
 
 
 

Extrait du chapitre III « Voir avec les oreilles, entendre avec les yeux »

Voir avec les oreilles…

– Ainsi donc, me dit l’enfant songeur, nous pouvons entendre avec les yeux, imaginer des sons en lisant une partition, voir des images en lisant un texte ?

– Bien sûr, mon garçon ! Si tu vas un jour à Lisbonne, passe par le musée Calouste Gulbenkian. Tu y verras parmi les riches collections du marchand arménien une toile d’Henri Fantin-Latour peinte en 1870 intitulée La Lecture. Notons que ce peintre proche de Baudelaire, Rimbaud et Verlaine, ami des impressionnistes, bien que réaliste et intimiste, connu pour ses natures mortes, ses bouquets de fleurs dont il étudiait le caractère comme celui d’un visage, ses portraits de groupes d’artistes, poètes, peintres et mélomanes, était passionné par la musique : Berlioz, Schumann et surtout Wagner qu’il tenta de retranscrire dans des œuvres allégoriques comme Les filles du Rhin ou de nombreuses lithographies, Wagner et sa muse par exemple. Dans la toile exposée à Lisbonne une femme fait la lecture à une autre. La lectrice, concentrée sur le texte, est dans l’obscurité mais semble éclairée par le livre qu’elle tient entre les mains. Celle qui écoute a le regard lointain, perdue dans ses rêves, ses visions générées par la lecture. Elle est vêtue de noir mais se trouve en pleine lumière.

Il est donc possible de voir avec les oreilles, ou d’entendre avec les yeux, notre cerveau s’adaptant au mode d’entrée sensorielle et son fonctionnement étant supra-sensoriel. On sait que les expressions du visage et la gestuelle sont souvent bien plus informatives que le contenu d’un discours, mais les sourds savent parfois lire sur les lèvres, ce qui leur permettait au temps du cinéma muet de décrypter les dialogues réellement prononcés par les acteurs qui ne correspondaient pas toujours au contexte du film : tel marquis séduisant, la main sur le cœur, une courtisane en pâmoison, déclarait en fait : « Vous êtes vraiment une saleté ! » ou : « Je vous déteste ! » et seuls les sourds comprenaient le mystérieux règlement de comptes qui se déroulait entre les acteurs à l’insu du public. On sait aussi que le langage des signes évolue comme une langue à l’intérieur d’une institution pour sourds-muets…

Les zones dédiées à la vision, à l’audition ou au tact dans le cerveau ne sont pas totalement différenciées à la naissance, mais se spécialisent peu à peu. Il existe, par exemple, une variété de chats blancs congénitalement sourds par défaut de développement de leur oreille interne ; une partie de leur cerveau à l’âge adulte sera spécialisée dans le décryptage des informations apportées par le toucher, une autre pour la vision et celle normalement dédiée à l’audition sera polysensorielle : pour le tact et pour la vue. Si on implante au minet une cochlée artificielle, cette zone retrouve sa spécialisation pour l’audition, ce qui témoigne de la plasticité de notre cerveau qui s’adapte au monde qui l’entoure et à ses possibilités pour assurer au mieux sa survie. Frost et Ptito, des chercheurs de Montréal, ont branché des fibres nerveuses provenant de la rétine de l’œil d’un hamster dans la zone de son cerveau normalement dédiée à la réception des sons : cette dernière se transforme et permet alors à la fois d’entendre et de voir… Des aveugles pourront après un court apprentissage se diriger à l’aide d’une caméra qui transforme les images en sons ou les convertit en sensations tactiles transmises à la peau de leur ventre ou à leur langue. Ils seront très rapidement capables de distinguer des objets, d’en décrire la forme, la situation dans l’espace. Qu’importe le canal sensoriel emprunté par la stimulation extérieure pour notre cerveau qui saura au final s’adapter et en tirer les informations essentielles. L’apprentissage lui permet une détection plus fine et plus rapide des données nécessaires et l’oubli progressif des particularités du canal sensoriel qui les véhicule… Le sens du message de Kant s’éclaircit : « Les principes de la sensibilité s’y verront fixer leur validité et leurs bornes, afin qu’ils n’embrouillent pas les jugements portant sur les objets de la raison pure. »

Un pianiste voit la partition, touche le clavier et entend la musique en même temps mais observez Glenn Gould : il nous interprète le deuxième mouvement du Cinquième Concerto pour piano de Beethoven, l’œuvre d’un sourd, les yeux fermés. Il n’a pas de partition, on sait qu’il évitait le contact avec les claviers, il chante et son corps est en mouvement, il n’est que musique et nous affirme que ce n’est pas avec les mains (ni avec les yeux ni avec les oreilles ?) que l’on joue du piano, mais avec son cerveau. Michel-Ange écrivait déjà : « Un véritable artiste peint avec son cerveau, et non avec ses mains » lorsqu’il souhaitait quelques encouragements financiers de la part d’un mécène pour l’aider à vaincre sa mélancolie et lui redonner goût au travail.

Diderot nous apporte ses lumières

Mais voici un homme qui s’avance vers nous un livre à la main, il porte une vieille robe de chambre, un grand front, des yeux vifs.

– Qu’un philosophe des Lumières, un encyclopédiste, surgisse au milieu de notre conversation n’est pas surprenant, mais que faites-vous donc dans une église, monsieur Denis Diderot, je vous croyais athée ?

– Je vous rappellerai tout d’abord mon éducation chez les jésuites, j’ai même reçu la tonsure en 1726 par l’évêque de Langres et suis diplômé en théologie de la Sorbonne, j’apprécie l’abbé Condillac mais voyez surtout l’épigraphe de mon livre, la citation au début de ma Lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient.

– « Possunt, nec posse videntur » ? Ah, Virgile, encore lui ! Un voyant parmi les aveugles pour nous guider ! Mais n’avez-vous pas quelque peu modifié cette phrase de l’Énéide ? Que voulez-vous dire ? « Ils peuvent voir, bien qu’ils soient aveugles » ? Ou voient-ils mieux que les voyants ? En tout cas vous vous êtes retrouvé emprisonné dans le donjon du château de Vincennes le 24 juillet 1779 sitôt votre manuscrit publié, par ceux qui craignaient que vous n’ouvriez trop les yeux à vos lecteurs, dix ans avant la Révolution française !

– Ce fut effroyable, mais c’était une œuvre de jeunesse que j’ai quelque peu corrigée en 1782, et ceci m’a appris la prudence ! Remarquons que c’est en venant me rendre visite dans mon sombre cachot que Jean-Jacques Rousseau a eu son illumination et s’est mis à écrire son Discours sur les sciences et les arts qui le rendit célèbre ! Il y prétend que ces dernières éloignent l’homme de la vertu, préférant l’ignorance et la simplicité qui forgent des hommes vigoureux et guerriers ! N’en parlons plus, mais laissez-moi vous insuffler quelques sujets de réflexion. J’ai longuement questionné un aveugle de naissance, il vivait la nuit pour être plus tranquille, et passait son temps à ranger sa maison, l’ordre étant pour lui le seul moyen pour retrouver ses affaires, ce qui dénote déjà un trait de comportement lié à sa cécité. Il lisait déjà avec les doigts des lettres en relief bien avant que Louis Braille n’invente son alphabet, ce qui montre également l’hypertrophie des autres sens pour pallier ses déficits.

– Les neurosciences vous ont donné raison, cher maître, on sait aujourd’hui que la partie du cerveau normalement dédiée à la vision est chez les aveugles colonisée par le tact et l’ouïe qui deviennent plus fins.

– L’appréciation du beau sera également modifiée chez eux, ils seront sensibles à la symétrie mais surtout, comme la plupart des gens, à ce qu’en disent les autres…

– J’ai connu un aveugle très fier de posséder une télévision couleur…

– Rien d’étonnant, Nicholas Saunderson qui fut professeur de mathématique à Cambridge fit des conférences exceptionnelles sur l’optique, la lumière, les couleurs et l’arc-en-ciel qu’il n’avait jamais vus à cause de… sa cécité ! Et mon aveugle parlait de miroirs à tout moment et fort justement : il en avait saisi la fonction en se référant au sens du toucher « C’est comme ma main qu’il ne faut pas que je pose à côté d’un objet pour le sentir. » Mon aveugle aurait sans doute pensé qu’une peinture était comme une sorte de miroir.

– Certains philosophes platoniciens auraient parlé de simulacres…

– Le modèle n’est pas le vrai, mais est semblable au vrai. L’art imite la nature mais présuppose un modèle idéal. L’artiste doit créer selon les lois de la nature mais, n’étant pas un savant, il imite les apparences. Notre aveugle n’a de connaissance des objets que par le toucher ; la vue, pour lui, est une sorte de toucher, ce qui lui permet également de saisir la notion de relief. Il voit avec sa canne d’aveugle. Descartes n’a pas mieux décrit la vision dans sa Dioptrique.

– Bouchons-lui les oreilles avec de la cire et il redevient aveugle…

– Mais son tact est si développé qu’il enfile un fil dans le chas d’une aiguille qu’il tient entre ses lèvres et repère avec la langue. Il a également la mémoire des sons à un degré surprenant, et les visages ne nous offrent pas une diversité plus grande que celle qu’il observe dans les voix. Elles ont pour lui une infinité de nuances délicates qui nous échappent. La prononciation et le son d’une voix sont pour lui un critère de beauté, comme le grain d’une peau, l’embonpoint ou la fermeté de la chair, la douceur de l’haleine. Il connaît le langage du toucher. Saunderson avait inventé une machine à calculer tactile. Notre aveugle sait également assez de musique pour exécuter un morceau. Il estime, avec beaucoup plus de précision que nous, la durée du temps, par la succession des actions et des pensées.

– Son monde se décline dans le temps, mais le temps devient espace, l’aveugle-organiste que j’avais côtoyé dans ma jeunesse me promenait sans hésiter à travers les rues de son village, me montrant les endroits où il avait habité. Il comptait ses pas. Arrivé à l’église, il m’avait fait grimper par des échelles branlantes en haut du clocher pour me faire admirer le paysage (qu’il n’avait jamais vu) avant de me donner une leçon d’orgue phénoménale et je dois bien avouer que je me suis senti nettement inférieur à lui. Malgré sa cécité il me semblait une sorte de surhomme, un superhéros comme Daredevil chez Marvel qui compense sa perte de vision par l’hypertrophie de ses autres sens et dont je dévorais les aventures à l’époque. Certains aveugles utilisent réellement l’écholocation, comme les dauphins ou les chauves-souris : ils ne se contentent pas de se situer dans l’espace par les vibrations engendrées par leur canne blanche ou en tapant du pied mais arrivent à se repérer avec l’écho des clics qu’ils émettent en claquant leur langue contre leur palais et qu’ils perçoivent avec les oreilles mais aussi, comme les dauphins, avec la sensibilité tactile de leur visage, on parle alors de « vision faciale ». Ces informations auditives et tactiles sont décryptées par des zones du cerveau normalement dédiées à la vision, confirmant la possibilité de voir avec les oreilles. Les myopes développeraient également plus facilement cette faculté d’écholocation pour compenser leur défaut visuel. Certains aveugles sont devenus célèbres par leur maîtrise de cette pratique : le Californien Daniel Kish, surnommé « Batman », l’homme chauve-souris, encore un superhéros, tente de transmettre son expérience à d’autres non-voyants par le biais de son association. On peut le voir sur le Net se déplacer à bicyclette en se repérant grâce à ses clics buccaux. Ben Underwood, qui perdit la vue à 3 ans à la suite d’un cancer de la rétine, réussissait à pratiquer le basket, le baby-foot, le skateboard, les patins à roulettes et même le surf en utilisant l’écholocation.

– Oui, les secours que nos sens se prêtent mutuellement les empêchent de se perfectionner et notre aveugle en tire quelque fierté, il avoue même qu’il préférerait qu’on lui accorde de longs bras plutôt que la vue, jusqu’à toucher la lune pour l’explorer avec ses mains.

– Mon confrère britannique Oliver Sachs pense même que bien souvent les aveugles à qui l’on rend la vue connaissent alors de telles perturbations dans leur mode de vie que leur existence en pâtit au point d’entraîner des décompensations parfois dramatiques. Il raconte l’histoire pathétique d’un kinésithérapeute qui retrouva la vue et finit par en mourir.

– L’état de nos organes et de nos sens a aussi, je n’en ai jamais douté, beaucoup d’influence sur notre métaphysique et notre morale et nos idées les plus purement intellectuelles, si je puis parler ainsi, tiennent de fort près à la conformation de notre corps. Si jamais un philosophe aveugle et sourd de naissance fait un homme à l’imitation de celui de Descartes, il placera l’âme au bout des doigts, car c’est de là que lui viennent ses principales sensations et toutes ses connaissances !

– Voici sans doute le sens du message de Kant qui nous a été remis tout à l’heure, et là encore les neurosciences vous donnent raison si l’on en croit les travaux d’Antonio Damasio. Ce célèbre neuroscientifique donne tort à Descartes sur la dualité entre le corps et l’esprit et raison à Spinoza : l’esprit naît du corps et se trouve en conséquence affecté par les modifications de ce dernier. Balzac et Hemingway n’auraient sans doute pas écrit de la même façon si leur morphologie avait été différente !

– La philosophie doit s’inspirer des sciences ! La mémoire de l’aveugle sera donc sonore et tactile et son mode de pensée en découlera… Entre nous, Monsieur, ne vous est-il jamais arrivé de vous souvenir d’un corps aimé et des contours de son empreinte sur le vôtre ?

– C’est l’auteur des Bijoux indiscrets qui s’exprime ? Le libertin qui écrivit La religieuse et fit parler le sexe des femmes ? Il est vrai que Michel-Ange âgé perdant la vue allait caresser chaque jour le torse du belvédère pour se souvenir des belles choses et que Goethe l’illuminé conseillait de regarder le Laocoon en fermant les yeux, puis de les ouvrir et de les refermer immédiatement après, assurant que l’on verrait alors le marbre tout entier en mouvement... …

 

 
 
Les sons du violon ont accompagné l’enfance de Chagall. Pas une fête à Vitebsk sans la présence du musicien qui tirait l’archet sur le toit de la maison enneigée. Il apparaît sur plusieurs toiles, coiffé et vêtu de diverses manières, touchant de solitude. Comme un jalon préféré, « ce personnage symbolique traverse toute la vie artistique de Chagall et exprime une large gamme d’émotions induites par la musique ». On le retrouve aussi acteur du cirque parmi les acrobates, métamorphosé ici en une tête de vache rouge, ailleurs en cheval au centre de la piste. Il est celui qui joue la sérénade (émouvante encre de Chine sur papier de 1925), il est celui encore qui tient sur ses genoux un coq, devient lui-même « un coq violoniste », se fait arlequin et clown, accompagne un enfant (illustration de Lider und poemen d’Avrom Valt Liessin). C’est l’homme multiple et un, le frère des années difficiles, le chantre aussi des années enchantées. 

 

 

 

 
Quant à l’instrument, il se glisse dans les scènes comme un motif discret qui rythme les rêves et les amours ou s’impose tel un arbitre comme sur la toile célèbre où un poisson ailé vole dans le ciel bleu au-dessus d’une horloge (Le temps est une rivière sans rives, 1930). Il est tenu dans la bouche d’un curieux animal à corne de couleur jaune dans La Chute de l’ange. Chagall en1954 donne peut-être une clé à cette présence constante en faisant son Autoportrait au violon. Le chapitre intitulé « En écoutant Chagall » qui débute l’ouvrage est la parfaite introduction à une œuvre dont « l’écriture picturale » ne cesse d’éblouir le regard qui se met en quelque sorte comme à l’écoute et suit ses rythmes.   

 

 

 

 
Parce qu’il est un contemplatif ébloui par le spectacle du monde, Chagall fait résonner au long de son existence la douceur comme la douleur d’en être le témoin et en égrène les étapes en gerbes de tons et de notes qui rendent ses tableaux audibles, leurs mélodies de couleurs accordant joie et mélancolie. En 1920, Chagall peint une série de panneaux (tempera et gouache) pour le Théâtre juif de Moscou. Les personnages qui s’activent sont à l’unisson des teintes et rendent visible une musique qui convoque le regard autant que l’oreille. Le violoniste revient, comme un leitmotiv dans un concerto, entouré d’autres instrumentistes qui ont souvent l’air heureux de jouer. Les sons des cordes font danser des femmes qui occupent certains panneaux. Cette poésie et cette force de  l’image, à la fois autres et proches, se retrouvent dans les illustrations que Chagall entreprend dès 1952 pour Daphnis et Chloé. On peut voir une douzaine de maquettes des costumes réalisées à l’aquarelle, à la gouache, au pastel, aux crayons de couleur en 1958 ainsi que celles conçues pour L’Oiseau de feu en 1945. Chagall a été en effet « très tôt fasciné par la danse ». Un autre chapitre intitulé les « Choré-calligraphies » permet de suivre le travail graphique de Chagall.   

 

 

 

 
Le plafond de l’Opéra de Paris est une vaste audition de couleurs dédiées aux grands compositeurs dont Chagall se fait le chef d’orchestre. Je veux « chanter comme un oiseau sans théorie ni règle » disait ce peintre poète qui garda cet esprit d’enfance rebelle aux années. On sait que la commande de cette immense œuvre lui a été faite par André Malraux et que la voûte,  « reflet de la nature supérieure », a été inaugurée le 23 septembre 1964. C’est aux sons de la musique de Berlioz et de Mozart que s’effectuera son dévoilement. Malraux au sujet de la peinture de Chagall avait parlé de sa « puissance d’exaltation ». Le plafond de l’Opéra en est une des preuves les plus manifestes. Le jour des 90 ans de Chagall, un concert est donné à Nice. Rostropovitch que l’on voit sur une photo à ses côtés, interpréta des pièces de Beethoven.

 

 

 

 
Toute la peinture de Chagall reprend les thèmes gravés dans la tête enfantine, leur donne la vibration et l’émotion que le petit Moyshe Shagalov surnommé Moshka ressentait dans l’épicerie de la mère « minuscule ». Il se souviendra toujours des magasins aux portes de guingois, des demeures «simples et éternelles comme les bâtiments sur les fresques de Giotto », de l’odeur des harengs que le père traînait derrière lui, des oncles assoupis, des ombres derrière les chandeliers, des reflets du samovar, du son des violons lors des fêtes, de la fumée des isbas quand l’hiver arrive, de la lecture de la Bible qui « m’a rempli de vision sur le destin du monde et m’a inspiré dans mon travail » et du repos du Sabbath. Il a merveilleusement raconté ses souvenirs dans Ma vie. Après l’apprentissage conduit par Yehuda Pen, les cours à Saint-Pétersbourg du professeur Bakst qui trouve que cet élève est le meilleur - « il m’écoute attentivement, prend ses pinceaux et fait tout autre chose » - vont polir ce diamant et en multiplier les facettes.

 

 

 

 
Car Chagall ne suit personne sinon son instinct et ses préférences, il obéit à un appel innommé, jamais il n’appartiendra à une école quelconque, il ne revendique aucun élève, il ne se relie à aucun mouvement, il n’a aucun système, il n’est d’aucune avant-garde. « Un beau jour - mais tous les jours sont beaux - comme ma mère mettait le pain au four, je lui dis : Maman, je voudrais être peintre ». Acquiescement devant tant de résolution. La trajectoire est désormais claire. La mémoire pour guider à l’avenir la main, l’art comme moyen d’exprimer ce qui entre par la fenêtre. Rien de moins que l’univers entier s’est introduit à travers cette humble découpe de la maison sur l’infini du ciel. Cette indépendance sera à la source de son œuvre.

 

 

Abondamment illustré, incluant des œuvres peu ou pas connues, écrit par des connaisseurs et des amateurs de la vie et de l’œuvre de Chagall, cet ouvrage constitue un guide assuré pour entrer dans cette « symphonie existentielle et humaniste » et dans l’exposition présentée à La Piscine qui, réunissant plus de 200 œuvres, consacre l’artiste et donne à écouter chacune des sonorités visuelles qu’il a créées. « Chaque œuvre de Chagall est une voix » dit un des auteurs. Comme on l’entend ! 

 

Dominique Vergnon

 

Sous la direction d’Ambre Gauthier et de Meret Meyer, Chagall et la musique, Gallimard-Philharmonie de Paris-La Piscine-Roubaix, 23 x 28,7 cm, 360 pages, 500 illustrations, octobre 2015, 45 euros.

 

 

Chagall peint la musique

Pourquoi des dizaines de milliers de musulmans se convertissent-ils pour devenir chrétiens ou témoins de Jéhovah ? Comment expliquer que la religion qui croît le plus vite dans le monde soit le pentecôtisme ? Pourquoi le salafisme, doctrine musulmane particulièrement austère, attire-t-il de jeunes Européens ? Pourquoi si peu de jeunes catholiques entrent-ils dans les séminaires alors qu'ils se pressent autour du pape lors des Journées mondiales de la jeunesse ? Comment se fait-il que les défenseurs de la tradition anglicane conservatrice soient aujourd'hui nigérians, ougandais ou kényans, alors que le primat de l'Église en Angleterre approuve l'usage de la charia pour les musulmans britanniques ? Pourquoi la Corée du Sud fournit-elle, proportionnellement, le plus grand nombre de missionnaires protestants dans le monde ? Comment peut-on être " juif pour Jésus " ? Comment se fait-il que le premier musulman et le bouddhiste élus au Congrès américain en 2006 soient tous les deux des Noirs convertis ? La théorie du clash des civilisations, de S.Huntington, ne permet pas de comprendre de tels phénomènes. Car loin d'être l'expression d'identités culturelles traditionnelles, le revivalisme religieux est une conséquence de la mondialisation et de la crise des cultures. La " sainte ignorance ", c'est le mythe d'un pur religieux qui se construirait en dehors des cultures. Ce mythe anime les fondamentalismes modernes, en concurrence sur un marché des religions qui à la fois exacerbe leurs divergences et standardise leurs pratiques.

«C'est peut-être un des traits les plus caractéristiques du génie que de se créer une légende », affirmait Blaise Cendrars en 1910. On a beaucoup évoqué la tendance mythomaniaque de l'écrivain, mais qu'en est-il exactement pour la période de la Grande Guerre ? Période cruciale et traumatisante pour le poète suisse : engagé volontaire dans la Légion étrangère dès 1914, grièvement blessé près de la ferme de Navarin, il sera amputé de son bras d'écriture en 1915.
En réalité, les archives montrent que Cendrars n'a pas participé à certaines batailles auxquelles il prétend avoir assisté. À partir de documents inédits et de témoignages de ses camarades de combat, sources qui permettent de rectifier de nombreuses inexactitudes couramment admises, Laurent Tatu et Julien Bogousslavsky reconstituent en détail, et pour la première fois, le parcours du légionnaire durant la guerre 14-18. En outre, et pour la première fois également, ils révèlent la véritable identité des combattants de son escouade.
Le rétablissement des faits, notamment ceux concernant les soldats proches de Cendrars, modèles de multiples personnages imaginaires, éclaire d'un jour nouveau le processus de création littéraire et nous amène à mieux saisir la métamorphose du réel à l'oeuvre chez ce grand prosateur de la main gauche.

Le GREMOIRE 2 : Tests et échelles des maladies neurologiques avec symptomatologie cognitive.

Sous la direction de Laurence Hugonot-Diener, Catherine Thomas Antérion et François Sellal.

Introduction de Catherine Thomas Antérion

 

Les tests, les échelles et les questionnaires neuropsychologiques participent à l’évaluation de la cognition et du comportement. Leur choix est guidé par l’entretien et les  hypothèses diagnostiques. Aucune batterie standardisée ne saurait remplacer un entretien et un diagnostic clinique de tel ou tel déficit et de son retentissement nécessitant un bilan ou  légitimant une simple surveillance. De plus un résultat chiffré à un test doit être comparé aux normes de l’outil utilisé mais toujours interprété en fonction des données recueillies dans l’entretien. Ceci peut être différent dans des études longitudinales (essais thérapeutiques, cohortes, registres etc.) où des bilans peuvent être pratiqués à échéance régulière, avec des objectifs de recherche, ne relevant plus seulement ou pas du tout du diagnostic et de la prise en soin, ce qui demande une standardisation et une généralisation du recueil de données.

La plupart des outils que nous utilisons en première ligne ou dans des bilans plus spécialisés, évaluent une fonction cognitive (ou un élément du comportement) et ce même si la plupart des tests sont sous-tendus par plusieurs fonctions cognitives (liste de mot à apprendre et intervention de la mémoire verbale, des fonctions exécutives, du langage, et de l’imagerie mentale).

Le champ diagnostique du Grémoire tome 2 est élargi aux maladies neuro-dégénératives avec symptômes cognitifs. Nous avons adopté pour leur présentation dans le GREMOIRE tome 2 comme dans le GREMOIRE tome 1, une classification selon la fonction ou les fonctions (tests globaux) qu’ils mesurent, car cette classification est la plus proche de la démarche clinique.

On peut dans certains manuels avoir recours à des modes de classement par région anatomique d’intérêt. Ainsi les fonctions frontales et les tests frontaux, longtemps intitulés de la sorte,  sont devenus les fonctions exécutives et les tests exécutifs, lorsqu’il a été bien admis que les réseaux neuronaux les sous-tendant pouvaient inclure d’autres territoires (lobe pariétal, sous-cortex). Le raisonnement « anatomo-fonctionnel » demeure toutefois bien souvent la trame du raisonnement neurologique. Il est par exemple utile de savoir que « le syndrome pariétal » peut se manifester par un déficit des praxies, du calcul, et de l’écriture etc. afin de conduire un examen neuropsychologique avec les outils appropriés, c’est pourquoi cette terminologie reste vivace.

Peu à peu le champ de la neurologie réinvestit la cognition et le comportement dont l’évaluation rapide fait partie de l’examen neurologique au même titre que celle de la marche ou des réflexes ostéo-tendineux. En 2014, un plan gouvernemental s’est intitulé « maladies neuro-dégénératives », défendant l’idée de rassembler sous cette bannière commune, des maladies neurologiques avec symptômes cognitifs. Nous préférons ce dernier terme puisqu’il permet d’inclure l’ensemble de la neurologie y compris les traumatismes crâniens, les AVC, les troubles du développement etc. Dans ce mode de raisonnement nosologique, des tests, des échelles ou des batteries sont signalés comme remarquables dans l’exploration de la cognition et du comportement plus que d’autres, dans telles ou telles pathologies. Si dans cet ouvrage, les rubriques historique ou applications des fiches rappellent l’usage des outils proposés (p.e utiles au repérage des symptômes cognitifs dans la SEP), nous avons préférés continuer à les classer par fonction, et ce d’autant plus que certains outils sont polyvalents ou détournés de leur usage initial.

Dans cet ouvrage, on trouvera exclusivement des outils qui n’étaient pas présentés dans le volume 1, centré sur la maladie d’Alzheimer et les syndromes apparentés, et qui sont utiles à l’ensemble des maladies neurologiques à expression cognitive : maladie d’Alzheimer et apparentés mais aussi SEP, AVC, TC, hyperactivité de l’adulte.

 

Ce volume présentera également les batteries GRECO qui ont cette dernière décennie étaient développées avec la volonté soit de disposer d’outils dans un domaine où l’on en manquait soit d’élaborer des recommandations professionnelles d’outils ciblés dans telle ou telle problématique clinique : pathologie, population particulière, fonction.

GREVASC ET GRECONCO présentent une liste d’outils (issus du répertoire classique de la neuropsychologie) utiles à l’exploration des patients vasculaires et des patients avec une pathologies neuro-oncologiques ou des séquelles iatrogéniques possibles à distance de la maladie.

GRECILL proposent des outils pour les personnes illettrées. L’évaluation mnésique peut s’avérer difficile lorsque les personnes sont d’origine multiculturelle, de faible niveau de scolarité ou en situation d’illettrisme fonctionnelle, c'est-à-dire ne pouvant pas lire un message simple dans la langue de l’examinateur. Peu d’outils dédiés au repérage des troubles de la mémoire sont actuellement normalisés et standardisés pour ces sujets alors que l’illettrisme et un faible niveau d’éducation sont des facteurs de risque de démence.

GREBECS proposent une exploration fine des capacités sémantiques et suggèrent l’utilisation de cette batterie en tout premier lieu dans la démence sémantique.

GREMOTS proposent une batterie d’évaluation complète du langage, dans le domaine du vieillissement et des pathologies démentielles Les troubles du langage peuvent constituer les symptômes inauguraux dans les maladies neurodégénératives, en particulier dans la maladie d’Alzheimer, les dégénérescences lobaires fronto-temporales, et notamment dans les syndromes d’aphasies progressives primaires (APP), décrits et classifiés par Mesulam puis plus récemment Gorno-Tempini.

GRETOP Visage et noms, propose une batterie d’évaluation des visages et des noms.

 

Cet ouvrage a pour mission de mettre en commun des outils consensuels  validés et de les faire connaître. Leur regroupement sous l’étendard de la neurologie, participent à la compréhension de la neuropsychologie : fonction, réseau de neurones, clinique, de façon holistique et consensuelle sans réinventer la roue. Enfin et comme dans le premier volume, le GRECO a la volonté de rappeler l’importance de la propriété intellectuelle, et la nécessité de toujours citer les auteurs des outils, ceux qui les ont traduit et adapté, et les éditeurs s’il y a lieu.

 

Pour le commander :

http://www.deboecksuperieur.com/titres/133259_3/9782353273263-gremoire-2.html

 

 

 

  

« Qu’est-ce donc que le temps ?

Si personne ne me pose la question, je sais ; si quelqu’un pose la question et que je veuille l’expliquer, je ne sais plus (1)».

 

Cette pensée de Saint-Augustin laisse présager la difficulté de poser une définition du temps. Immédiatement, nous sentons une tension entre l’expérience d’un temps vécu et notre incapacité à rendre compte de celle-ci, dans une restitution conceptuelle fiable.

Il semble, en effet, que chaque fois que les hommes parlent du temps, ils le connotent d’une valorisation typiquement humaine : « Prendre du bon temps », « perdre son temps », « la fuite du temps » et l’expérience immédiate affective et bouleversante favorise un discours quasi simpliste ou nostalgique sur ce temps considéré comme ce qui enferme le tragique ou le pathétique de la condition humaine, vouée à la finitude.

Le paradoxe réside donc, en ce fait qu’il paraît complexe de dire l’essence du temps, d’autant que souvent chacun en est réduit à n’en faire qu’une description mesurable, chronologique ou phénoménologique, toujours incomplète.

Toutefois cette conception d’un temps essentiellement linéaire ne semble pas rendre compte de l’aspect cyclique ou rythmé de certaines manifestations (notamment naturelles), ni même des résurgences du passé par l’intermédiaire de la mémoire, ou encore des projets et des anticipations envisagés par l’imagination en prévention d’un « à-venir ».

L’embarras réside, spécifiquement, dans cette aporie à donner une consistance au temps typiquement humain face à la perfection ontologique d’une éternité : ontologie qu’il importe de situer en l’homme par opposition à une entité extérieure rendue visible par l’instrument de mesure, mais qui ne peut coïncider avec l’intériorisation du temps intuitionné au cœur de l’être en pleine étance. Ontologie à distinguer notamment d’un Être suprême qui échappe à toute temporalité et présuppose son immuabilité, d’un homme dans son statut d’être livré au temps, dont il est coupé.

 

Au regard de cette complexité, nous pouvons réitérer la question : qu’est-ce que le temps et comment le penser ? Comment égrener une philosophie du temps comparable à la saisie de l’écoulement de grains de sable dans un sablier et palper au cœur même de la vie, dans son efflorescence, la puissance de l’instant ? 

 

Afin de répondre Laurence Vanin propose de poser un socle de réflexions.

En un premier temps il lui paraît fondamental de sonder la question du temps à partir de la nécessité sociétale de structurer le travail, de rythmer les relations humaines sur la base de structures spatiotemporelles communes afin d’aborder, ensuite, la conception scientifique du temps en privilégiant sa mesure et l’idéal de la précision.

D’autant que Laurence Vanin souligne que d’un point de vue épistémologique s’interroger sur la présence, c’est aussi vouloir comprendre la provenance de cette conscience qui s’interroge sur son être-là. Ce questionnement sur l’origine du monde se rapporte parallèlement à l’origine du temps. C’est pourquoi nous élargirons notre analyse à la thématique de la genèse : d’où venons-nous ?

Ensuite l’auteur envisage le temps vécu, du point de vue existentiel, lorsque la conscience se situe dans le temps pour se positionner dans ses trois modalités : passées, présentes et futures, ainsi que pour ce corps qui lui est associé, qui expérimente, quant à lui autrement, ses changements pour éprouver ses âges comme des saisons. Cette temporalité plus personnelle et intime nous invitera à méditer la question du : que dois-je faire ?

Laurence Vanin étend son examen à la question du devenir puisque celui-ci rejoint dans l’être collectif la question de l’histoire et du devoir de mémoire.

Pourtant ce temps, qui d’un point de vue cyclique révèle la créativité toujours possible, suppose la nécessité de façonner à chaque instant un nouvel homme : celui qui se créé en permanence et défie ainsi la durée pour lui préférer la solitude de l’être qui tend à se surpasser ou plutôt se « sur-passé ». L’interrogation portera alors sur la question : que puis-je espérer ? Et par conséquent comment donner du sens à « ma » présence.

Plus encore, cette analyse a vocation à faire un état des lieux sur cette notion si familière et pourtant simultanément si compliquée à définir dès que chacun tente de la conceptualiser. D’autant qu’elle concerne de nombreux domaines qui touchent au quotidien des hommes : la science, l’histoire, la société, la conscience, la mémoire, le vieillissement, la mort, l’art, le développement personnel, etc.

Du midi au minuit des hommes, le temps rythme la marche de leur évolution, il contribue à façonner les êtres en faisant de ses initiés les porteurs d’une nouvelle sagesse, même si selon la formule consacrée : Ecce homo.

 

 

(1) Saint-Augustin, Confessions, XI, 14, 17, Paris, Desclée de Brouwer, 1962.

Comment la musique stimule-t-elle notre cerveau ? Édith Piaf et Louis Armstrong peuvent-ils nous aider à supprimer les effets du temps et à combattre le vieillissement ? De quelle manière Mozart, ou un riff de guitare électrique, agit-il sur notre mémoire ? Pour Pierre Lemarquis, la musique existe avant le langage et lui survit dans notre cerveau.
Née des émotions, elle module notre humeur, développe nos compétences, renforce les liens sociaux et peut même provoquer des orgasmes ! Amateurs ou professionnels, et quel que soit notre âge, nous possédons tous un cerveau musical qui ne demande qu'à nous aider au cours de notre existence. Tentons de mieux le connaître, et apprenons à le développer !

Oui, les proportions harmonieuses d'un tableau ou d'une sculpture induisent un sentiment de bien-être. Oui, les couleurs agissent sur nos émotions, notre créativité, notre concentration, voire notre force physique. Oui, la musique a le pouvoir de soulager la douleur et de stimuler la mémoire. Les philosophes ont les premiers pressenti l'impact du beau et des créations artistiques sur notre humeur, notre état d'esprit et notre santé. Leurs thèses sont désormais confirmées par les neurosciences, qui nous révèlent com- ment notre cerveau et, par là, notre corps entrent en réso- nance avec la beauté. Et si l'art pouvait vraiment aider chacun de nous à vivre mieux et plus longtemps ? Pierre Lemarquis est neurologue. Membre de la Société française de neurologie, de la Société de neurophysio- logie clinique de langue française et de l'Académie des sciences de New York, attaché d'enseignement d'étho- logie à l'université de Toulon, il est notamment l'auteur de Sérénade pour un cerveau musicien , qui a été un grand succès.

 
« Plus d'un quart de siècle au contact des malades d'Alzheimer et de leurs proches, une disponibilite et une proximite presqu'aussi grande que leur médecin de famille, m'ont permis d'affirmer que les aidants familiaux sont au coeur de la prise en charge des malades d'Alzheimer. Pour tout dire, je considère qu'ils ont un rôle thérapeutique ». Ce livre très riche et documenté est destiné aux aidants des malades d'Alzheimer tant sur le plan de la compréhension de la maladie que pour les détails pratiques de la vie quotidienne, les aspects privés, publics, sociaux, économiques, juridiques...


 
Jean-Pierre Polydor est un neurologue et neuropharmacologue spécialise dans la prise en charge de cette maladie qui affecte tant de nos aînés. Il est l'un des membres du groupe de travail « vieillissement et résilience » sous la direction de Boris Cyrulnik et président-fondateur de l'association Alzheimer Trait d'Union . Il vous propose un guide pratique pour accompagner avec justesse vos parents atteints par la maladie et leur permettre la meilleure évolution possible. 
Madeleine Chapsal, qui a vécu personnellement cette épreuve avec deux de ses proches, a tenu à préfacer ce livre destine aux familles concernées par la maladie, les aidants. 
« La parole s'éteint mais ils comprennent encore. Aider les aidants, soulage le malade et sa famille ». Boris Cyrulnik

Ce livre n'est pas un livre de médecine qui nécessite des connaissances en neurologie pour être apprécié. Pour autant, un certain nombre de pré-requis, en neuropsychologie, en neurosciences ou en neurologie est fortement conseillé pour vraiment investir cet essai. En effet, il explore plutôt la personnalité humaine et sa fantastique capacité d'adaptation. Oliver Sacks s'intéresse autant aux patients qu'à leur pathologie sans développer les détails médicaux.

Le livre s'ouvre sur le cas étrange du docteur P. incapable de reconnaître les visages, y compris le sien. Possédant pourtant des yeux intacts, il ne sait reconnaître le plus banal des objets (une rose, sa chaussure gauche, un gant, etc.). Le docteur P. est atteint d'une agnosie visuelle lui ayant fait perdre tout sens du « concret ». La partie abstraite du monde n'est en revanche pas un problème puisque qu'il identifie à coup sûr des formes géométriques quand on les lui présente (c'est aussi pour ça qu'il n'a pas de problème avec la musique). C'est dans son monde abstrait que cet être quasi extraterrestre (comme le définit l'auteur) a un jour confondu la tête de sa femme avec son chapeau.

Parmi les essais, citons ceux portant sur :

Jimmie G. a perdu la capacité de former sa mémoire à court terme à cause du syndrome de Korsakoff. Depuis sa démobilisation à la fin de la Seconde Guerre mondiale, il ne peut former de nouveaux souvenirs, même si un événement est survenu quelques minutes auparavant. Il croit qu'il est toujours en 1945 et se comporte normalement comme un homme jeune, sauf en ce qui concerne son incapacité à se souvenir de son passé et des événements récents.
Une dame a perdu au complet sa proprioception : elle est incapable de situer physiquement son corps par rapport à son environnement.
Un homme a partiellement perdu son sens de l'équilibre à la suite d'une maladie qui a atteint une partie de ses oreilles. Cette perte l'empêche de maintenir la station verticale sans une aide visuelle : il a monté un niveau à bulle dans ses lunettes.
Des jumeaux autistes, incapables de lire ou de multiplier, sont pourtant capables de « calculer » de très grands nombres premiers, jusqu'à vingt chiffres. Pour tester leur capacité, Sacks a utilisé un ouvrage listant de tels nombres. Lors d'une séance, ils auraient compté d'un seul coup d'œil le nombre de cure-dents tombés par terre : 111, soit le triple de 37, un nombre premier. Cet épisode aurait été transposé dans le film Rain Man. Cependant, la véracité de ce fait a été remise en cause en 20061.
Un étudiant en médecine, âgé de 22 ans, après une nuit sous l'influence d'amphétamines, de cocaïne et de PCP, se réveille le matin pour découvrir que son odorat s'est amplifié de façon dramatique. Plusieurs années après avoir rédigé cet ouvrage, Sacks a avoué qu'il s'agissait de lui-même.

Les médias sont capables d'altérer notre santé. Les preuves dans ce sens abondent. Mais comment et pourquoi ? Aujourd'hui, nous sommes en permanence informés, inondés même, de tout ce qui se passe sur la planète, et ce n'est évidemment pas sans conséquence.

Les médias, les journaux, Internet, la télévision, par le flux d'informations catastrophes qu'ils diffusent, auraient-ils le pouvoir de nous rendre physiquement malades, sans parler de la dépression, de l'insomnie, de l'angoisse, en un mot, du mal-être qu'ils peuvent engendrer ?

Dans ce livre, Patrick Lemoine analyse l'apparition d'un phénomène nouveau : l'effet nocebo, exact contrepoint du bénéfique placebo. Quel est son mystérieux impact ?

Une réflexion critique et salutaire à propos de notre système de communication, qui nous incitera à nous protéger et à retrouver un optimisme raisonnable.

Veut-on savoir comment griller des ampoules électriques à distance ? Veut-on comprendre pourquoi on peut le faire ? Veut-on savoir comment marcher sur des braises ardentes sans se brûler les pieds ? Veut-on comprendre pourquoi on peut le faire ? Veut-on savoir comment localiser des points d'eau avec une baguette de sourcier ? Veut-on comprendre pourquoi on peut le faire ? C'est à ces questions, et pour chaque cas, que Georges Charpak et Henri Broch apportent de passionnantes réponses. S'ils dissipent le mystère, ils ne rompent jamais le charme. La magie change simplement de camp : elle ne relève plus du surnaturel, elle devient toute naturelle

L'illusion en médecine porte le joli nom de placebo. Elle soigne, guérit même parfois. Elle fait disparaître l'eczéma du chien ou dormir le nourrisson insomniaque. Elle calme la toux, apaise l'anxiété ou soulage la douleur. Comment diable une substance inactive, sans effet pharmacologique prouvé, peut-elle avoir un tel pouvoir ? Et pourquoi donc les médecins exploitent-ils si peu, ou avec tant de mauvaise conscience, le phénomène ?
C'est une passionnante enquête dans le monde de la maladie et des médicaments que nous propose Patrick Lemoine au cours de laquelle nous découvrons d'étranges pratiques, souvent tenues secrètes par le monde médical.

Médecin, psychiatre spécialisé dans l'exploration et la prise en charge des troubles du sommeil et de la dépression, Patrick Lemoine est actuellement chef de service à Lyon où il se consacre au problème de la surconsommation des médicaments psychotropes en France.

Bien connue pour ses aspects moteurs, la maladie de Parkinson ne possède à ce jour aucun traitement curatif. Après quelques années, la maladie se complique par l'apparition de symptômes non moteurs, de fluctuation de réponse et d'une plus grande sensibilité aux effets secondaires des médications spécifiques. À ce stade, peuvent également apparaitre des fluctuations de la mobilité, des dyskinésies (mouvements involontaires), des symptômes axiaux (dysarthrie, dysphagie, trouble de l'équilibre et/ou sphinctériens, etc.) ainsi que des complications des systèmes digestif, urologique, rhumatologique, psychique, neurovégétatif, etc.

Ces diverses complications engendrent un fardeau de plus en plus pénible à supporter pour le patient et ses proches. Une situation qui ne peut qu'interpeller les soignants et expliquer aisément la nécessité d'une prise en charge individuelle, globale et multidisciplinaire. Sans oublier les aspects d'éducation thérapeutique. Abordant de manière détaillée les différents angles de la maladie de Parkinson et les affectations apparentées, Traiter le Parkinson relate l'expérience acquise par une structure spécialisée aux plans médical et paramédical, sans oublier les aspects humains et de service.

Cette nouvelle édition mise à jour est destinée à toutes les professions concernées par la maladie de Parkinson : médecins, infirmières, kinésithérapeutes, logopèdes, ergothérapeutes, nutritionnistes, psychologues, assistants sociaux, pharmaciens, etc. Il intéressera également les patients et leur entourage, par les nombreux trucs et astuces permettant d'améliorer le quotidien.

Jean-Emile Vanderheyden, est neuropsychiatre à vocation neurologue. Il s'est impliqué dans la prise en charge diagnostique et thérapeutique des maladies neurodégénératives. Il a créé et dirigé pendant vingt ans une structure hospitalière multidisciplinaire spécifique pour patients parkinsoniens. Actuellement, il se consacre à une pratique privée et à la fonction de rédacteur en chef de la revue belge bilingue NEURONE/ NEURON.

Dominique-Jean Bouilliez, est médecin généraliste. Il a eu l'occasion de prendre en charge de nombreux patients parkinsoniens. Consacrant désormais sa carrière au journalisme médical, il a été directeur médical au Journal du Médecin / Artsen Krant et exerce actuellement cette fonction au sein de la maison d'édition médicale belge Reflexion Medical Network.

Qu'est-ce qui fait la spécificité d'un individu créatif? Y a-t-il un âge plus propice à la créativité? Quelles conditions favorisent son éclosion? Peut-on apprendre à devenir plus créatif? Poursuivant ses recherches, Mihaly Csikszentmihalyi se penche sur le processus créatif qu'il place au centre de cette "expérience optimale " développée dans ses précédents livres Vivre et Mieux vivre. Au travers des témoignages de quatre-vingt-onze individus exceptionnels - écrivains, artistes en tout genre, scientifiques, chercheurs, politiques, acteurs ou chefs d'entreprise - suivis pendant cinq ans, le psychologue explore ici toutes les facettes, y compris les plus surprenantes, du processus créatif et nous donne les outils pour insuffler une étincelle créative jusque dans les champs les plus inattendus de notre vie quotidienne.

Les dérèglements par excès ou par défaut de la libération de la dopamine sont impliqués dans de nombreuses et souvent graves affections neurologiques ou psychiatriques : la maladie de Parkinson, le syndrome des jambes sans repos, certains troubles de la veille ou du sommeil, des états dépressifs, toutes les toxicomanies et autres addictions, la schizophrénie, l’hyperactivité de l’enfant avec déficit de l’attention, les troubles des conduites alimentaires, certains troubles endocriniens,d es troubles de la régulation de la température corporelle…
À partir de vignettes cliniques présentant ces affections, le Pr Jean Costentin explicite les mécanismes dopaminergiques qui les sous-tendent et permet au lecteur de comprendre le recours thérapeutique à des médicaments manipulant la transmission dopaminergique. Cet enchaînement, qui va de la clinique à la pharmacologie, en passant par la physiopathologie, rend compréhensible à un large public cultivé cet important volet de la neurobiologie, qui couvre un grand nombre d’affections.
Jean Costentin, professeur émérite de la faculté de Médecine & Pharmacie de Rouen, est docteur en Médecine, Pharmacien, docteur ès Sciences. Il a dirigé une unité de neuropsychopharmacologie associée au C.N.R.S. (1984-2008) ainsi
que l’Unité de Neurobiologie clinique du CHU de Rouen (1999-2011). Il préside le Centre National dePrévention, d’Études et de Recherches sur les toxicomanies. Il
est membre titulaire des académies nationales de Médecine et de Pharmacie. Il est l’auteur de plus de 300 publications scientifiques originales dans des revues internationales;
publications qui sont en relation, pour nombre d’entre elles, avec les thèmes abordés dans ce livre.
Il a mis son sens pédagogique très aiguisé, au service de l’information du public sur ce sujet très important de la dopamine cérébrale.

Jason Padgett was an ordinary, not terribly bright, 41-year-old working in his father's furniture shop when he was the victim of a brutal mugging outside a karaoke bar in 2002.

That same night his stepfather died of cancer, and two weeks later his only brother went missing (his body was discovered three year later). The combined traumas of these three events proved, unsurprisingly, too much for Jason and he withdrew from life completely, living as a hermit for four years suffering with agrophobia and the onset of OCD. During this time he developed a fascination with the principles of the physical universe, devouring mathematics and physics journals. He also started to see intricate webs of shapes in his head and discovered that he could draw these by hand.

A chance encounter in a mall pointed him in the direction of college. There, his extraordinary mind was recognised, and he was set on a path in which his drawings were identified as mathematical fractals and neuroscientists were able to diagnose a unique individual.

Jason is a miraculous everyman with an inspiring 'what if' story that pushes beyond the boundaries of what scientists thought possible.

Qu'est-ce que la câlinothérapie ? Quels sont les bienfaits des câlins sur la santé ? Un câlin, qu'il soit amoureux ou amical, nous fait du bien. On le sait, on le sent. Mais aujourd'hui, on le prouve : les récentes découvertes montrent que le câlin améliore notre bien-être par la libération de l'hormone du bonheur : l'ocytocine, et entraîne une chute du taux de cortisol, l'hormone du stress. La pression artérielle baisse, nous nous sentons mieux, apaisés. Depuis l'enfance, on nous enseigne à aller à l'encontre de nos pulsions premières, à les maîtriser jusqu'à ne plus les ressentir. Cet élan, nous le réfrénons par crainte du jugement, par peur du ridicule ou de la morale. La câlinothérapie nous propose de réparer ces manques et de nous faire revivre la sécurité du petit enfant. Manquer de câlins n'est pas anodin, cela fait souffrir, beaucoup. Dans un état d'esprit apaisé, un corps touché tombe moins malade, le système immunitaire s'en trouve renforcé. Activer nos propres mécanismes de santé est possible ! Face à cette demande d'un genre nouveau, les propositions fleurissent. De toutes sortes. Des "Free Hugs' aux bars à câlins, des animaux à caresser dans les maisons de retraite ou les institutions psychiatriques aux bars à chats, des contacts peau à peau pour les enfants prématurés à Amma qui réussit à rassembler des milliers de personnes en proposant une étreinte d'amour... Tout est prétexte à câliner et se faire câliner.

Extrait du prologue

«Aujourd'hui, le burn-out est en train de devenir une véritable épidémie dans de nombreux pays du globe.»
Maslach et Leiter, 2011

Ce livre est né dans la douleur d'une expérience personnelle, mais aussi, et surtout, dans le suivi de patient(e)s rencontré(e)s au long cours d'une pratique clinique neurologique plutôt que psychiatrique depuis plus de 30 ans. Ceux-ci se plaignent de céphalées, de malaises neurovégétatifs surtout tensionnels, d'insomnie ou encore de bouffées d'angoisse avec réaction de type cynique ou dépressive, voire suicidaire. L'anamnèse permet alors de découvrir une grande souffrance en liaison avec le travail, les malaises apparaissant sur le chemin ou sur le lieu du travail avec des angoisses liées aux rapports avec la clientèle, les collègues ou la direction. Stress, dépression et burn-out peuvent parfois se mêler chez un même sujet, ce qui peut prêter à confusion. Cependant, il existe une distinction fondamentale claire entre ces pathologies.

- Le stress est caractérisé par des difficultés d'adaptation ou la perte des capacités de gestion psychologique devant une ou plusieurs situations contraignantes entraînant de manière aiguë ou chronique des manifestations de tension psychique ou musculaire, avec éventuelle décompensation progressive dans l'angoisse ou la dépression.

- La dépression est typiquement une perte d'élan vital, une perte d'envie, de goût pour toutes sortes d'activités y compris appétit, sommeil, sexualité... s'installant généralement progressivement en réaction à des difficultés existentielles, à l'exception des dépressions endogènes intervenant plus brutalement et sans raison chez des patients prédisposés.

- Le burn-out est quant à lui caractérisé par une perte de force mentale et physique apparaissant soudainement, après un long combat «psychologique» souvent inégal, contre des stresseurs dont la puissance est d'être soit une autorité, une hiérarchie, une personne intelligente, ou perfide ou encore insaisissable (cf. harcèlement en rue...). Cette longue lutte, plus souvent inconsciente que consciente, mène à la dépersonnalisation, à l'affaiblissement de l'accomplissement personnel et surtout à l'épuisement émotionnel.

Cet épuisement émotionnel apparaissant souvent dans le contexte professionnel, mais parfois aussi dans la vie privée, selon des descriptions plus récentes, porte le nom de burn-out depuis les observations inaugurales sur le stress au travail par Bradley en 1969, précisées par Freudenberger en 1974 et complétées à partir de 1976 par Maslach (Maslach, 1982) qui en donne une échelle d'évaluation par autoquestionnaire, le "Maslach Burn-out Inventory" ou échelle MBI (cf. annexe 1) (Maslach, 1996). Ces observations concernaient souvent de jeunes adultes qui «perdaient les pédales» dans leurs activités professionnelles en s'y engageant parfois sans préparation psychologique suffisante ou de manière immodérée en heures, avec excès de zèle ou de détermination et des difficultés à prendre du recul, le tout aboutissant à l'épuisement émotionnel avec vide intérieur, à la dépersonnalisation avec cynisme et déshumanisation de l'attitude vis-à-vis de la clientèle, et un faible accomplissement personnel avec des sentiments d'incompétence, de diminution de l'estime de soi, voire de culpabilité, auxquels s'associent des somatisations.
Présentation de l'éditeur
Jean-Emile Vanderheyden Neuropsychiatre à vocation neurologue. Il s est impliqué de longue date dans les pathologies neurodégénératives et tout particulièrement, dans la maladie de Parkinson, développant au CHU de Charleroi (site Vésale) une unité de prise en charge transdisciplinaire. Confronté ainsi aux problèmes de la démence chez les parkinsoniens, il s est alors intéressé beaucoup plus largement aux démences et il est le promoteur d une approche transdisciplinaire des démences dans les services de gériatrie, neurologie et réadaptation de son institution. Il est rédacteur en chef de la revue Neurone.

" Les sciences humaines n'ont pas conscience des caractères physiques et biologiques des phénomènes humains. Les sciences naturelles n'ont pas conscience de leur inscription dans une culture, une société, une histoire. Les sciences n'ont pas conscience de leur rôle dans la société. Les sciences n'ont pas conscience qui leur manque une conscience.Mais de partout naît le besoin d'une science avec conscience. Il est temps de prendre conscience de la complexité de toute réalité - physique, biologique, humaine, sociale, politique - et de la réalité de la complexité. Il est temps de prendre conscience qu'une science privée de réflexion et qu'une philosophie purement spéculative sont insuffisantes. Conscience sans science et science sans conscience sont mutilées et mutilantes. "

D'où viennent nos perceptions, nos sentiments, nos illusions et nos rêves ? Où s'arrête le traitement mécanique de l'information et où commence la prise de conscience ? L'esprit humain est-il suffisamment ingénieux pour comprendre sa propre existence ? La prochaine étape sera-t-elle une machine consciente de ses propres limites ? Depuis plus de vingt ans, Stanislas Dehaene analyse les méca- nismes de la pensée humaine. Dans ce livre, il invite le lecteur dans son laboratoire où d'ingénieuses expériences visualisent l'incons- cient et démontent les bases biologiques de la conscience. Grâce à l'imagerie cérébrale et même à des électrodes intro- duites dans la profondeur du cortex, nous commençons enfin à comprendre les algorithmes qui nous font penser. Détecter la présence de la conscience, décoder à quoi pense un individu, un bébé ou même un animal, sortir les patients du coma, doter les machines d'un début de conscience... Le Code de la conscience ouvre d'extraordinaires perspectives pratiques et intellectuelles, en accordant une importance égale aux implications technologiques, philosophiques, personnelles et éthiques de la résolution du dernier des mystères.

Querry, a world famous architect, is the victim of a terrible attack of indifference: he no longer finds meaning in art or pleasure in life. Arriving anonymously at a Congo leper village, he is diagnosed as the mental equivalent of a 'burnt-out case', a leper mutilated by disease and amputation. Querry slowly moves towards a cure, his mind getting clearer as he works for the colony. However, in the heat of the tropics, no relationship with a married woman, will ever be taken as innocent...

Brain Landscape: The Coexistence of Neuroscience and Architecture is the first book to serve as an intellectual bridge between architectural practice and neuroscience research. John P. Eberhard, founding President of the non-profit Academy of Neuroscience for Architecture, argues that increased funding, and the ability to think beyond the norm, will lead to a better understanding of how scientific research can change how we design, illuminate, and build spaces. Inversely, he posits that by better understanding the effects that buildings and places have on us, and our mental state, the better we may be able to understand how the human brain works. This book is devoted to describing architectural design criteria for schools, offices, laboratories, memorials, churches, and facilities for the aging, and then posing hypotheses about human experiences in such settings.

Le neurobiologiste américain Stanley B. Prusiner a obtenu le prix Nobel pour sa découverte des prions. Il a vécu une aventure scientifique peu commune. D abord fasciné par la maladie de Creutzfeldt- Jakob, forme de démence due à une dégénérescence du cerveau, il se voit confronté, au début des années 1990, à la célèbre maladie de la vache folle, qui produit des effets comparables chez les bovins. Pour expliquer cette encéphalite spongiforme dont on pense qu elle va causer une gigantesque épidémie, le monde de la recherche se lance sur la piste d un agent infectieux classique bactérie, parasite ou virus. Prusiner est persuadé qu il s agit d un agent biologique entiè- rement nouveau, une « protéine infectieuse », ou prion. Les protéines étant les constituants ordinaires des êtres vivants, l idée même du prion est une hérésie très mal accueillie par le monde de la biologie. Elle se révèle pourtant justifiée, au terme d années de lutte et de controverses très instructives sur le fonctionnement du milieu scientifique. Les prions, protéines déformées, sont bien responsables des encéphalites, et ils jouent aussi un rôle majeur dans les maladies de Parkinson et d Alzheimer. Leur découverte est une aventure scientifique haletante, hors des sentiers battus. « Ce livre relate une des plus importantes découvertes de l histoire récente de la médecine ; c est aussi un portrait sur le vif d un grand scientifique dont le courage et la ténacité ont été mis à rude épreuve face au scepticisme général provoqué par son hypothèse des prions. » Oliver Sacks.

À l'origine de ce livre, un fait historique : Louis XIV, le Roi-Soleil, est entré en relation avec le plus ténébreux, le plus mythique des grands souverains de l'Orient, le Négus. L'Abyssin est le roman de cette fabuleuse ambassade.
Jean-Baptiste Poncet, jeune médecin des pachas du Caire, sera, par une extraordinaire réunion de circonstances, le héros de cette épopée baroque et poétique à travers les déserts d'Égypte et du Sinaï, les montagnes d'Abyssinie, de la cour du Roi des Rois à celle de Versailles et retour.
Mais qu'on y prenne garde : derrière sa simplicité, sa tendresse, son humour, ce roman d'aventures recèle une fable tragique. Jean-Baptiste est l'homme qui, ayant découvert un nouvel empire et sa civilisation, fera tout pour déjouer les tentatives de ceux qui veulent le convertir : les jésuites, les capucins et tant d'autres. Grâce à lui, l'Éthiopie échappera à toute reconquête étrangère et gardera jusqu'à nos jours sa fierté et son mystère.
L'Abyssin, tout en empruntant sa langue à Diderot et son rythme à Dumas, est un roman bien actuel, une parabole sur la haine du fanatisme, la force de la liberté et la possibilité du bonheur.

Médecin des hôpitaux, pionnier de l'humanitaire, président d'Action contre la Faim, écrivain, Prix Goncourt, aujourd'hui ambassadeur de France au Sénégal, Jean-Christophe Rufin mène sa vie au grand galop. Comme un cheval qu'un léopard aurait saisi au garrot. Pourtant, sous l'apparente diversité de cette existence, on distingue une unité profonde, née de la fidélité à une seule passion : la médecine, vécue comme un engagement total dans une discipline moins scientifique qu'humaniste. Voyage dans une vie, ce récit fait défiler sous nos yeux trente ans de notre histoire, d'un point à l'autre de la planète. De nouveau, l'auteur de Rouge Brésil et de L'Abyssin offre au lecteur une belle aventure. Mais, cette fois-ci, c'est la sienne.

La première version de Dr. Jekyll et Mr. Hyde terrifia son propre auteur (et son épouse, surtout). Plus long, sans doute, et partiellement autocensuré, écrit en un seul jet et sur trois jours, le texte définitif conserve néanmoins toute la force du rêve qui l'a suscité. Dédoublement de la personnalité, retour du refoulé, instinct de mort, la psychanalyse était encore dans les limbes quand ce fils de clergyman écossais, en 1885, explorait les profondeurs du psychisme avec une audace inouïe. Car il en fallait de l'audace, à cette époque de puritanisme triomphant, pour disséquer ainsi nos pulsions les plus obscures. Érigé au statut de mythe, maintes fois porté à l'écran, simplifié et trahi, Dr. Jekyll exige une relecture attentive : alors se découvre une oeuvre rigoureuse et inspirée, d'une richesse de pensée et d'une modernité absolues.

Patrick Bateman est un jeune homme riche, beau et intelligent. Un golden boy de Wall Street à qui tout réussit. Il est par ailleurs parfaitement au fait des techniques de nettoyage et désincrustage de la peau les plus efficaces, il s'applique les meilleures crèmes pour le visage, ne porte que des vêtements de grands couturiers, utilise les derniers gadgets technologiques et passe ses soirées au Tunnel, la boîte branchée du moment. Bien sûr, tous ses amis sont comme lui.
La seule différence, c'est qu'en plus Patrick Bateman viole, torture et tue. Mais il ne ressent jamais rien. Juste une légère contrariété lorsque ses scénarii ne se déroulent pas exactement comme prévu. À sa sortie en 1991, le roman d'Ellis suscita une vive émotion, aussi bien à cause de ses scènes d'horreur décrites quasi cliniquement que de son principal personnage, Bateman, symbole de la réussite économique, enfant prodige travesti en tueur sadique et immoral. Il faut dire qu'Ellis s'attaque de front à tous les excès de superficialité de l'Occident contemporain : sexe, culte du corps, de la richesse et de la jeunesse. Une entreprise de destruction commencée très tôt avec son premier roman Moins que zéro écrit alors qu'il avait 22 ans et que l'on retrouve dans Glamorama. Bret Easton Ellis ou l'art de mettre de l'acide sur les plaies béantes de la société. --Stellio Paris --Ce texte fait référence à l'édition Broché .

Lorsqu'on se penche sur la préface de ce texte, écrite par Vercors, également traducteur de ce livre, on ne peut douter de ce que sera notre état à la lecture de Pourquoi j'ai mangé mon père : au pire, la mort par le rire, au mieux un divertissement total et entier. Vercors a ri, Théodore Monod a ri, tout le monde salue l'humour dévastateur et ethnologique de Roy Lewis. Utilisant avec réussite le principe ancien qui consiste à transposer dans une époque (la préhistoire), la pensée d'une autre (la nôtre), Roy Lewis nous conte les efforts de nos ancêtres les demi-singes dans leur lutte acharnée pour la survie et la prospérité de l'espèce. Voilà que nos ancêtres sont à la croisée des chemins, face à une nature hostile et à une foule de prédateur. Un tournant de l'évolution qu'il est crucial de négocier en douceur, sous peine d'extinction. Or, voilà qu'Edouard, hominien à l'esprit éclairé, découvre le feu. Une trouvaille qui sauve la famille certes, mais déplaît fort à son frère Vania, qui prédit la fin du monde, milite pour la viande crue et le retour dans les arbres... Roy Lewis fait ici de l'anachronisme sa seule loi et revisite avec brio les grands thèmes de société : l'éducation, le rôle de la femme ou l'éternel combat entre progressistes et réactionnaires. Il aborde également l'écologie, la famille et pose la question cruciale de la maîtrise du progrès technique par le biais de cette fresque grandiose, hilarante et moderne.

La trypanosomose humaine africaine (maladie du sommeil) est due à la piqûre de la glossine (mouche tsé-tsé) qui transmet à l'homme Trypanosoma brucei (T. b.) gambiense en Afrique de l'Ouest et Centrale ou T. b. rhodesiense, en Afrique de l'Est. La maladie évolue du stade 1 lymphaticosanguin au stade 2 méningo-encéphalitique, après pénétration du trypanosome dans le système nerveux central. Non traité, le patient meurt en quelques mois. Le traitement du stade 1 à T. b. gambiense par la pentamidine pose peu de problèmes. Par contre, celui du stade 2 fait appel à des molécules toxiques (mélarsoprol) ou difficiles à administrer en dehors d'une structure hospitalière (éflornithine, et récemment éflornithine + nifurtimox). Il est donc crucial de faire un diagnostic précis et précoce de la maladie et de déterminer le stade évolutif le plus tôt possible. Le livre passe en revue les méthodes diagnostiques utilisées depuis l'épidémie du début du 20e siècle, cliniques puis biologiques, qui n'ont réellement évolué que récemment. Il propose aussi des approches novatrices, avec les techniques modernes mises en place ou en voie de l'être.

Alors que l'explication génomique des troubles autistiques dispute à l'explication psychanalytique la vérité sur leurs causes, les auteurs de cet ouvrage explorent une troisième voie qui ouvre de grands espoirs dans le traitement de ces troubles.L'autisme est un sujet trop grave pour être pris en otage par des courants de pensée contradictoires et exclusifs. Il mérite une prise en charge non seulement efficace mais qui ne se réduit pas à telle ou telle de ses dimension.L'équipe de chercheurs ici réunis livre les conclusions de ses recherches qui ouvrent des perspectives de soins inédites et qui prennent en compte la chimie du cerveau.
Yehezkel Ben-Ari est neurobiologiste. Il est également le fondateur et
le directeur honoraire de l’Institut de neurobiologie de la Méditerranée
(INMED), l’un des plus grands centres de recherches en neurosciences.
Il est l’auteur de plus de 500 articles scientifiques. Docteur Honoris Causa de
l’université de Liège, il a reçu le Grand prix de la Recherche biomédicale fran-
çaise en 2009, le Grand prix des fondations américaines et européennes de
l’épilepsie en 2000 et 2010 et celui de la Fondation de recherche scientifique
de Belgique en 2012.
éric Lemonnier est pédopsychiatre, ancien interne des hôpitaux de Paris,
titulaire d’un DEA de neuroscience et d’une habilitation à diriger les recherches.
Il a publié plus de 30 articles. Responsable du Centre de ressource autisme de
Bretagne de 2001 à 2012, il a une expérience reconnue dans le traitement de
l’autisme. Il est actuellement directeur du Centre expert autisme du Limousin.
Nouchine Hadjikhani est médecin et chercheur en neurosciences. Elle est
professeur associé en radiologie à la Harvard Medical School à Boston, et professeur
invité au Gillberg Neuropsychiatric Centre à Gothenburg, en Suède. Elle a
également dirigé, entre 2006 et 2012, le laboratoire de neurosciences cognitives
sociales au Brain Mind Institute à l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne. Elle a publié plus de 70 articles, dont plusieurs sont cités plus de 500 fois.
Elle a obtenu en 2010 le prix Leenaards de la Recherche Scientifique.

Le Syndrome de l'Amok .
Boeing disparu: et si les pilotes avaient succombé au syndrome de l'Amok...

accès à des soins performants de manière relativement simple. Pourtant quand une personne va voir son médecin de famille, à la fin de la consultation, quel qu'en soit le motif, elle lui demande si ce qui est prescrit, médicaments ou examens, est remboursé, si les spécialistes sollicités prennent un dépassement, si l'éventuelle intervention chirurgicale est bien prise en charge, etc. Si la réponse est négative, le patient demandera, s'il ne peut y faire face, à changer de traitement, à surseoir à l'examen ou à l'intervention. Parfois une personne est dans une situation telle, qu'elle ne conçoit pas la nécessité ou l'intérêt de soins. Elle a d'autres préoccupations. Notre Sécu a des défaillances qui s'accentuent sans cesse. Elle prend de plus en plus d'argent aux Français et rembourse de moins en moins. Il y a toujours des personnes qui ne sont pas couvertes. La pérennité des ressources financières n'est pas assurée. Ce livre traite ces difficultés dans le contexte économique de la France. Il propose des solutions cohérentes et éprouvées pour que tous les Français puissent toujours bénéficier des meilleurs soins.

La révolution de la vie ou comment la biotechnologie va bouleverser l’humanité.

La génomique et les thérapies géniques, les cellules souches, la nano-médecine, les nanotechnologies réparatrices, l’hybridation entre l’homme et la machine sont autant de technologies qui vont bouleverser en quelques générations tous nos rapports au monde. Il est aussi probable que l’espérance de vie doublera au minimum, au cours du XXIe siècle.
Le face-à-face entre les bioconservateurs et les bioprogressistes va aller en s’amplifiant. De l’homme réparé à l’homme augmenté, il n’y a qu’un pas qui sera inévitablement franchi. Que deviendra notre système de retraites actuel quand l’espérance de vie atteindra cent quatre-vingts ans ? L’homme changera-t-il de nature ? Les religions seront-elles anéanties ou revivifiées ? La mort de la mort préfigure-t-elle la mort de Dieu ?
Sans prendre parti, ce livre analyse le plus précisément et le plus clairement possible les termes du débat. Face à certaines évolutions inéluctables il est encore possible de choisir certaines options. Voyage au cœur des laboratoires où se préparent des révolutions scientifiques imminentes ; voyage au cœur des lobbies qui souhaitent accélérer ou stopper ces fantastiques expériences. Voyage dans le monde politique qui tente de comprendre les retombées éthiques et sociales de cette révolution de demain, le livre du Dr Laurent Alexandre nous offre un panorama vertigineux et passionnant d’enjeux fondamentaux car nous sommes à la veille d’un bouleversement qui fera passer l’ensemble des progrès médicaux du XXe siècle pour des micro-événements.

Jean-Claude Guillebaud inaugure un deuxième cycle d'essais : « Enquête sur les nouvelles dominations » Une synthèse détonante, une enquête engagée. Numé- rique, nanotechnologies, intelligence artificielle, posthumanisme, « gender studies » (études de genre) : les penseurs et les acteurs du xxie siècle fabriquent un nouveau monde. Leur dénominateur commun consiste à vouloir rompre avec « la vie vivante », laquelle fonde notre condition humaine qui repose sur une relation concrète et immédiate au corps, au temps, aux autres. Dans sa quête de perfection, la modernité technologique et le « posthumanisme » conduisent à la déréalisation du monde : ils entendent rompre avec la matière. Dans un essai couvrant de nombreux champs du savoir (économie, sciences, philosophie, anthropologie, informatique, etc.), Jean-Claude Guillebaud répond à ceux qu'il qualifie de nouveaux pudibonds, tant les prophètes du xxie siècle tiennent en horreur le corps. Il prône l'esprit de résistance contre l'effacement du réel et de la chair

Bienvenue au Centre d'Incubation et de Conditionnement de Londres-Central. À gauche, les couveuses où l'homme moderne, artificiellement fécondé, attend de rejoindre une société parfaite. À droite : la salle de conditionnement où chaque enfant subit les stimuli qui plus tard feront son bonheur. Tel fœtus sera Alpha – l'élite – tel autre Epsilon – caste inférieure. Miracle technologique : ici commence un monde parfait, biologiquement programmé pour la stabilité éternelle... La visite est à peine terminée que déjà certains ricanent. Se pourrait-il qu'avant l'avènement de l'État Mondial, l'être humain ait été issu d'un père et d'une mère ? Incroyable, dégoûtant... mais vrai. Dans une réserve du Nouveau Mexique, un homme Sauvage a échappé au programme. Bientôt, il devra choisir : intégrer cette nouvelle condition humaine ou persister dans sa démence...

L'origine de 1984 est connue : militant de gauche violemment opposé à la dictature soviétique, George Orwell s'est inspiré de Staline pour en faire son "Big Brother", figure du dictateur absolu et du fonctionnement de l'URSS des années trente pour dépeindre la société totalitaire ultime. Mais Orwell n'oublie pas de souligner que les super-puissances adverses sont elles aussi des dictatures...
Ce qui fait la force du roman, outre son thème, c'est la richesse des personnages, qu'il s'agisse du couple qui se forme, malgré la morale étroite du Parti, ou même du policier en chef qui traque les déviants, ex-opposant lui-même, passé dans les rangs du pouvoir... C'est aussi cette "novlangue", affadie et trompeuse, destinée aux "proles", et ces formules de propagande ("L'ignorance, c'est la force") scandées par des foules fanatisées et manipulées.

1984 est un livre-phare, apologie de la liberté d'expression contre toutes les dérives, y compris celles des sociétés démocratiques.

De modernité à gouvernance en passant par transparence,
réforme, crise, croissance ou diversité : la Lingua Quintae
Respublicae (LQR) travaille chaque jour dans les journaux, les
supermarchés, les transports en commun, les "20 heures" des
grandes chaînes, à la domestication des esprits. Comme par
imprégnation lente, la langue du néolibéralisme s’installe :
plus elle est parlée, et plus ce qu’elle promeut se produit dans
la réalité. Créée et diffusée par les publicitaires et les
économistes, reprise par les politiciens, la LQR est devenue
l’une des armes les plus efficaces du maintien de l’ordre. Ce
livre décode les tours et les détours de cette langue
omniprésente, décrypte ses euphémismes, ses façons d’essorer
les mots jusqu’à ce qu’ils en perdent leur sens, son
exploitation des "valeurs universelles" et de la "lutte
antiterroriste". Désormais, il n’y a plus de pauvres mais des
gens de condition modeste, plus d’exploités mais des exclus,
plus de classes mais des couches sociales. C’est ainsi que la
LQR substitue aux mots de l’émancipation et de la subversion
ceux de la conformité et de la soumission.

(cité dans l'entretien avec Boris Cyrulnik après les actes terroristes de janvier 2015)
Le philosophe allemand Victor Klemperer s'attacha dès 1933 à l'étude de la langue et des mots employés par les nazis. En puisant à une multitude de sources (discours radiodiffusés de Hitler ou de Goebbels, faire-part de naissance et de décès, journaux, livres et brochures, conversations, etc.), il a pu examiner la destruction de l'esprit et de la culture allemands par la novlangue nazie. En tenant ainsi son journal il accomplissait aussi un acte de résistance et de survie. En 1947, il tirera de son travail ce livre : "LTI, Lingua Tertii Imperii, la langue du IIIe Reich", devenu la référence de toute réflexion sur le langage totalitaire. Sa lecture, à cinquante ans de distance, montre combien le monde contemporain a du mal à se guérir de cette langue contaminée ; et qu'aucune langue n'est à l'abri de nouvelles manipulations.

On n'imagine pas un biologiste assez fou pour réaliser les électroencéphalogrammes de Roméo et Juliette. L'amour, le désir, la peur, le plaisir... sont autant d'émotions essentielles qui semblent appartenir davantage au domaine de l'art et de la littérature qu'à celui de la science. La neurobiologie, pourtant, sait décrire certaines de nos émotions au moyen d'interactions entre les neurones et d'échanges de substances chimiques particulières, les neurotransmetteurs, qui sont à la base du fonctionnement du cerveau.
Loin de tout réductionnisme, le docteur en neurobiologie et écrivain Jean-Didier Vincent montre que l'amour et la haine, la faim et la soif, le plaisir et la douleur, empruntent les mêmes voies neuronales et sont décidément inséparables. Les émotions et comportements ne peuvent se comprendre que si l'on en finit avec les vieilles dichotomies visant à séparer le corps et l'esprit : ni pur esprit, ni être bestial, l'homme est à la fois ange et démon, dieu et diable, raison et folie.

Analysée du point de vue de la chimie des hormones et des lois du comportement animal, l'émergence de l'art, de l'amour prend un relief extraordinaire qui a fait le succès de ce livre, vite devenu un classique. --Arthur Hennessy

Présentation de l'éditeur
Ce qui se passe dans la tête du créateur, du compositeur, lorsqu’il crée, demeure encore inconnu. C’est ce « mystère » que se propose d’éclairer ce livre. La création artistique relève-t-elle de processus intellectuels et biologiques spécifiques ? Peut-on s’approcher au plus près de son mécanisme pour parvenir à comprendre comment un compositeur, un musicien, un chef d’orchestre, choisit de mettre ensemble telle et telle note, de faire se succéder tel et tel rythme, de faire émerger du neuf, de produire de la beauté, de susciter l’émotion ? La compréhension de ce qui se déroule dans le cerveau du compositeur lorsqu’il écrit Le Sacre du printemps ou Le Marteau sans maître est-elle possible ? Quelles relations peut-on établir entre les briques élémentaires de notre cerveau que sont les molécules, les synapses et les neurones, et des activités mentales aussi complexes que la perception du beau ou la création musicale ? Tenter de constituer une neuroscience de l’art, tel est l’enjeu de ce livre, qui procède d’un débat entre Jean-Pierre Changeux, le neurobiologiste, qui a fait du cerveau l’objet privilégié de ses recherches, et Pierre Boulez, le compositeur, pour qui les questions théoriques liées à son art, la musique, ont toujours été essentielles, et auquel s’est joint Philippe Manoury pour apporter son éclairage de musicologue. Un livre profondément nouveau. Un événement intellectuel. Chef d’orchestre, compositeur, fondateur de l’Ircam, Pierre Boulez est l’un des plus grands créateurs du XXe siècle. Également théoricien de la musique, il a, pendant près de vingt ans, occupé au Collège de France la chaire « Invention, technique et langage ». Professeur honoraire au Collège de France, membre de l’Académie des sciences, Jean-Pierre Changeux est l’un des plus grands neurobiologistes contemporains, auteur, notamment, avec Alain Connes, de Matière à pensée et, avec Paul Ricœur, de La Nature et la Règle. Ce qui nous fait penser. Philippe Manoury est compositeur et professeur émérite de l’Université de Californie, San Diego.
Biographie de l'auteur
Chef d'orchestre, compositeur, fondateur de l'Ircam, Pierre Boulez est l'un des plus grands créateurs du XXe siècle. Également théoricien de la musique, il a, pendant près de vingt ans, occupé au Collège de France la chaire "Invention, technique et langage". Professeur honoraire au Collège de France, membre de l'Académie des sciences, Jean-Pierre Changeux est l'un des plus grands neurobiologistes contemporains, auteur, notamment, avec Alain Connes, de Matière à pensée et, avec Paul Ricœur, de La Nature et la Règle. Ce qui nous fait penser. Philippe Manoury est compositeur et professeur émérite de l'Université de Californie, San Diego.

DE FRÉDÉRIC SAUSER À BLAISE CENDRARS : RÉSONANCE À LA CHAUX-DE-FONDS ET EN SUISSE
Les auteurs

Laurent Tatu est neurologue au CHU de Besançon et professeur d’anatomie à l’univer-sité de Franche-Comté. D’origine jurassienne, il travaille de longue date sur l’histoire personnelle de Blaise Cendrars en terre neuchâteloise et sur son parcours dans la Grande Guerre. Ses recherches ont abouti à plusieurs publications sur cette thématique.

François Ochsner est neurologue à La Chaux-de-Fonds et maître d’enseignement et de recherches à l’université de Lausanne. Passionné d’his-toire locale et fi n connaisseur de l’évolution de la ville de La Chaux-de-Fonds, il fouille depuis plusieurs années le passé de Blaise Cendrars et de sa famille dans les montagnes neuchâteloises.
Description

Blaise Cendrars, né Frédéric Sauser en 1887 à La Chaux-de-Fonds, a passé son enfance dans cette ville et une partie de son adolescence à Bâle et à Neuchâtel. Il a ensuite été étudiant à Berne durant quelques années. Cette période helvétique de la vie de l’écrivain est mal connue, même si les travaux initiaux de Miriam Cendrars, Hughes Richard et Jean Buhler ont levé une partie du mystère.

L’étude des archives locales, pour certaines inédites, a permis d’enrichir cette partie de la biographie de Cendrars et de la replacer, d’un point de vue historique, dans un contexte familial plus général et dans la vie de l’époque.

Les relations de Cendrars avec la Suisse et sa conception de la nationalité sont complexes et fluctuantes. Pour mieux les appréhender, une étude des sources primaires éclaire son parcours de naturalisation française, souvent déformé par ses biographes. Cette complexité transparaît aussi dans son oeuvre littéraire et se manifeste par un retour tardif aux sources helvétiques.

Moravagine, c'est le mal, la folie, l'énergie destructrice, incarnés dans le dernier descendant d'une famille royale en exil. Son histoire, pleine de bruit et de fureur, est racontée par son témoin, son confident - Cendrars lui-même, dont Moravagine, sa créature, est le double, l'ombre maudite qu'il cherche à exorciser dans cette oeuvre envoûtante, une des plus originales de notre époque.

L'Eveil (cinquante ans de sommeil) Syndiquer le contenu

Durant l'hiver 1916-1917 éclata une épidémie de « maladie du sommeil » (encéphalite léthargique) présentant les symptômes parkinsoniens les plus graves. Beaucoup de malades moururent ; d'autres s'enfoncèrent dans un état léthargique étrange et définitif -immobiles, souvent muets, emprisonnés dans un temps pétrifié. Ces patients incurables, Oliver SACKS les retrouve plusieurs décennies après, dans un asile de la banlieue new-yorkaise où il travaille à partir du milieu des années 60. En 1967 apparaît une drogue (la L-Dopa), qui a pour effet de réveiller ces patients ; ils se remettent à parler, à marcher, retrouvent le goût de vivre... mais certains sont en proie à des hallucinations, des délires paranoïaques, érotomaniaques. L'unité de leur personnalité se brise en une foule se « sous-moi », parfois effrayants, en lesquels ils ne se reconnaissent plus. Faut-il arrêter la L-Dopa ? Diminuer la dose ? Ce sont les problèmes dramatiques auxquels Oliver Sacks sera confronté. Extrêmement émouvant dans le récit du destin de ces patients, le livre comporte aussi une réflexion théorique qui débouche sur des questions essentielles concernant la santé et la maladie, considérée non plus comme un corps étranger qu'on « attrape », mais comme un état du « soi », ayant sa propre logique. -4e de couverture-

1967, Janet Reimer accouche de vrais jumeaux. A la suite d'une erreur chirurgicale lors d'une circoncision, l'un des garçons perd son pénis. Les parents, désespérés, mettent le sort de leur fils entre les mains d'un chirurgien aux procédés pour le moins contestables, le Dr Money. Celui-ci les convainc de transformer le petit Bruce en fille, et c'est ainsi que Bruce devient Brenda. L'auteur raconte tout : les états d'âme des parents, les visites hallucinantes dans l'unité de recherche psycho-hormonale et, surtout, le mal-être de cet enfant qui aura une conscience de plus en plus aiguë de sa différence et de la contradiction flagrante entre sa "nature" et les injonctions auxquelles il/elle est soumis. A quatorze ans, irrépressiblement attiré par les filles, il décide de retrouver son sexe à l'aide d'hormones inverses et change à nouveau de prénom, d'identité. Cette fois il s'appellera David. Mais ses problèmes ne sont pas résolus pour autant, et ce sera le début d'une longue descente en enfer. En plus de nous faire découvrir les stupéfiantes théories du Dr Money et l'extraordinaire force de caractère d'un enfant pas comme les autres, Bruce, Brenda et David invite naturellement à penser la question, brûlante d'actualité, du genre et du sexe, tout en offrant une grande leçon d'humanité.

« Je me sers d'animaux pour instruire les hommes. »
Dans ses Fables, Jean de La Fontaine met en scène des bêtes pour mieux nous parler des gens. Chaque fable traite un sujet, de l’amour à la mort en passant par le vieillissement, la maladie, la politique, les finances.
La Fontaine a-t-il vu juste ? Ses fables sont-elles crédibles eu égard à ce que nous savons aujourd’hui des comportements animaux ? Et après ? Même s’il se trompe sur les mœurs de telle ou telle espèce, n’a-t-il pas fondamentalement raison de chercher à éclairer la comédie humaine par ce parallèle avec le monde animal ? C’est sûr, nous pouvons y trouver bien des éléments de vérité que l’espèce humaine ne peut pas voir tant qu’elle en reste à ce qu’elle sait faire de mieux : se contempler et bavarder sur elle-même…
Patrick Lemoine, sur une vingtaine de fables, remet ses pas dans ceux de la Fontaine ; il sort le grand fabuliste du musée et nous décrypte les tours et détours de sa malicieuse intelligence. Il nous montre quand il a raison, quand il a tort dans son approche des fourmis, cigales, grenouilles et autres corbeaux. Et, le prolongeant, il nous fait découvrir le tableau décapant des vérités de la vie et de la nature, notre parenté profonde avec les animaux, nos frères.
Un livre où l’on ne cesse de s’instruire en se divertissant – parfois, il faut bien le dire… – aux dépens de nous-mêmes !

Patrick Lemoine, psychiatre, écrivain, est l’auteur de nombreux ouvrages et essais.

La nouvelle édition de cette bible médicale, en plus des 421 troubles mentaux déjà répertoriés, intègre 200 nouvelles maladies psychiques et modifie leur appréhension médicale. En 10 chapitres, cet ouvrage dénonce les effets pervers et les absurdités du DSM : Collusion entre la communauté scientifique et l’industrie pharmaceutique. Pression des laboratoires pharmaceutiques à visées financières. Risques de précarisation des malades. Médicamentation à outrance et dangerosité pour le patient. Exclusion des fondements de la psychologie. - Sur les 175 rédacteurs du DSM 95 ont des liens financiers avec l'industrie pharmaceutique. - Depuis Le DSM IV, 15 jours de symptômes de l’état dépressif suffisent pour une prescription de psychotrope. Auparavant les délais étaient de 2 mois. - Avec le DSM V, 45 millions d’Américains seront atteints de troubles mentaux, le nombre d’enfants bipolaires sera multiplié par 40, les cas d’autisme par 20. - En France, la sécurité sociale, les caisses d’allocations se basent sur le DSM pour établir les droits des malades. L’évolution des catégories entraînera la perte de ressources pour certains. - Sous couvert d’hyperactivité, de nombreux enfants ont été médicalisé aux amphétamines. - La plupart des étudiants en médecine n’auront pas d’autre approche de la psychologie que ce manuel.

Pourquoi et comment l'Univers a-t-il commencé ? Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Quelle est la nature de la réalité ? Comment expliquer que les lois naturelles soient aussi finement ajustées ? Et nous, pourquoi donc existons-nous ?

Longtemps réservées aux philosophes et aux théologiens, ces interrogations relèvent désormais aussi de la science. C'est ce que montrent ici avec brio et simplicité Stephen Hawking et Leonard Mlodinow, s'appuyant sur les découvertes et les théories les plus récentes, qui ébranlent nos croyances les plus anciennes.

Pour eux, inutile d'imaginer un plan, un dessein, un créateur derrière la nature. La science explique bel et bien à elle seule les mystères de l'Univers.

Des réponses nouvelles aux questions les plus élémentaires : lumineux et provocateur !

Le premier ouvrage important de Stephen Hawking depuis dix ans.
Biographie de l'auteur
Stephen Hawking est professeur à l'Université de Cambridge et le célébrissime auteur d' "Une brève histoire du temps", de "Trous noirs et Bébés univers" et de "l'Univers dans une coquille de noix".

Leonard Mlodinow est physicien au California Institute of Technology.

The Tale of the Dueling Neurosurgeons: The History of the Human Brain as Revealed by True Stories of Trauma, Madness, and Recovery
by Sam Kean
Little, Brown, 2014

Some people's tragedies have been science's miracles, particularly in the field of neuroscience, where researchers have long relied on rare brain traumas to reveal the workings of the mind. “Despite the (often overhyped) advances of fMRI and other brain-scanning technologies, injuries remain the best, and only, way to infer certain things about the brain,” writes journalist Kean. In this compilation of patients' stories, he details some of the unexpected truths revealed by accidents: “Destroy one small node of neurons, and people lose the ability to recognize fruits and vegetables, but not other food. Destroy another node and they lose the ability to read—even though they can still write.” Beyond paying tribute to the scientific advances these patients made possible, Kean humanizes the patients themselves.

Quatrième de couverture
Etre rationnel, ce n'est pas se couper de ses émotions. Le cerveau qui pense, qui calcule, qui décide n'est pas autre chose que celui qui rit, qui pleure, qui aime, qui éprouve du plaisir et du déplaisir. Le coeur a ses raisons que la raison... est loin d'ignorer. Contre le dualisme du corps et de l'âme, mais aussi contre ceux qui voudraient réduire le fonctionnement de l'esprit humain à de froids calculs dignes d'une machine, voilà ce que révèlent les acquis récents de la neurologie. Un ouvrage déjà classique, par l'un des plus grands spécialistes et théoriciens mondiaux du cerveau.
Antonio R. Damasio dirige le département de neurologie de l'Université de l'Iowa, aux États-Unis, et enseigne à l'Institut d'études biologiques de La Jolla. II est également l'auteur du Sentiment même de soi, autre grand succès. --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.

Biographie de l'auteur
Antonio R. Damasio dirige l'Institut pour l'étude neurologique de l'émotion et de la créativité de l'Université de Californie du Sud et enseigne au Salk Institute à La Jolla. Il est également l'auteur du Sentiment même de soi, autre grand succès.

Stories of Phineas Gage
By Malcolm Macmillan
Overview
In 1848 a railway construction worker named Phineas Gage suffered an accident that made him a major curiosity of medicine and a significant figure in psychology and neuroscience: an explosion caused a tamping iron to be blown completely through his head, destroying the left frontal lobe of his brain. Gage survived the accident and remained in reasonable physical health for another eleven years. But his behavior changed markedly after the injury, and his case is considered to be the first to reveal the relation between the brain and complex personality characteristics. Yet almost nothing is known about him, and most of what is written is seriously in error.

In this book Malcolm Macmillan, a leading authority on Gage, covers all aspects of this fascinating story. He describes Gage's family and personal background, the context of his work and the accident, and Gage's subsequent history. He analyzes contemporary medical and newspaper reports of the accident and its consequences, and evaluates the treatment Gage received from Dr. John Martyn Harlow. He also looks at Harlow's own life and work. Macmillan examines Gage's place in the history of how functions came to be localized in the brain. He explores the many ways that Gage's tale has been represented and misrepresented through the years in popular, fictional, and scientific works. One of Macmillan's primary aims is to rescue the case from the predominantly fantastic accounts so that its real contribution to modern neuroscience can be understood. Partly for this reason, the appendices include facsimiles of Harlow's 1848 and 1868 reports, the primary sources about Gage, and previously unpublished CT scans of Gage's skull made in 1982.

S'appuyant sur un pseudo-freudisme simpliste et sur des techniques proches de l'hypnose, de nouvelles psychothérapies en vogue prétendent faire resurgir à la mémoire des "souvenirs refoulés" de traumatismes enfantins, généralement sexuels. En réalité, elles ont produit des millions de "faux souvenirs", qui parfois entraînent des familles entières dans un enfer de ressentiment où les fantasmes sont confondus avec la réalité, comme en témoignent les extravagantes histoires vécues rapportées dans ce livre. Des "faux souvenirs" d'inceste, de viol et même pire, ont conduit à de tragiques erreurs judiciaires qui ne sont pas sans évoquer les chasses aux sorcières d'antan (et qui, en outre, nuisent à la cause des victimes réelles qui, elles, n'ont jamais oublié). Toutefois, un nombre croissant de patients se rétractent et accusent leurs psychothérapeutes de manipulation mentale. Le débat fait rage aux Etats-Unis. Il pénètre maintenant en France grâce à ce livre sans équivalent. Qu'est-ce que la mémoire, le refoulement, l'inconscient ? Nos souvenirs sont-ils stockés fidèlement dans notre cerveau, ou bien la mémoire est-elle un processus plus complexe, insaisissable et créatif ? Comment produit-on des "faux souvenirs" ? Les auteurs font le point sur ce phénomène étrange et inquiétant, aux frontières du para-normal, et nous mettent en garde contre cette terrifiante dérive de certaines psychothérapies.

Parkinson, mode d’emploi, Docteur Jean-Pierre POLYDOR, Edition L’esprit du temps
Mao, Michel Debré, Albert Jacquart, Mickael J Fox, Jean-Paul II, Cassius Clay, Cavanna, Bernard Buffet, Dali et tant d’autres furent touchés. La maladie de Parkinson est le Poulidor du cerveau : deuxième maladie neuro-dégénérative la plus fréquente après Alzheimer et deuxième cause de handicap moteur chez les seniors après les accidents vasculaires cérébraux. Elle apparait souvent entre 55 et 65 ans, et avant 50 ans pour un malade sur dix !
Le « Parkinson » est la grande inquiétude des personnes qui tremblent. Le livre « Parkinson, mode d’emploi » est destiné aux malades et à leurs proches. Avec une approche pratique, il est écrit avec des mots simples et un ton souvent amusant pour ne pas dramatiser la maladie. Il a pour premier objectif d’amener le malade et son entourage à bien comprendre la maladie, à mieux assumer le quotidien, à se préparer à affronter sans être désemparé. C’est un guide pour la vie de tous les jours, une référence que malade et aidant pourront consulter au chapitre qui les intéresse quand ils seront confrontés à un problème précis. Il donne toutes les informations utiles sur les traitements médicamenteux, la « pompe » à apomorphine, la « pile » (une découverte grenobloise) mais aussi des conseils novateurs pour contrer les troubles de la marche, les indications de la kinésithérapie et de l’orthophonie, la façon de prolonger le bénéfice de leurs séances mais aussi leurs limites. Les immenses progrès et les « effets d’annonces » sont exposés avec objectivité. L’auteur, et c’est inédit dans les ouvrages sur cette affection, a une démarche humaniste pour aider chacun, aidant et malade, a bâtir une représentation positive de la maladie de Parkinson dans un esprit de résilience, fortement influencé par Boris Cyrulnik avec qui il travaille et publie. On trouvera aussi dans cet ouvrage de quoi satisfaire sa culture générale sur la vie romanesque de Sir James Parkinson, les histoires étonnantes qui émaillèrent la description de cette maladie, de la découverte des médicaments et de la « pile » ainsi que les célébrités qui en furent atteintes. Très complet, il aborde aussi la question du droit et celle des droits. C’est le premier livre sur le sujet avec un QR code qui renvoie sur un site internet qui donne des informations complémentaires et les mises à jour.
L’auteur, Jean-Pierre Polydor, est neurologue à Cannes, très impliqué dans l’éducation des malades et des aidants, On lui doit déjà, chez le même éditeur « Alzheimer, mode d’emploi », qui en est à sa 3ème réédition.

...Car l'état amoureux, comme les plaisirs naturels, procède d'un principe chimique : la hausse du débit d'une substance stupéfiante qui inonde le cerveau, la dopamine, celle-ci venant chatouiller des émetteurs-récepteurs produisant des substances euphorisantes. Or l'amour, au même titre que la drogue, peut forcer le circuit du plaisir, au point d'induire un manque invivable et qui peut se transformer en addiction. Nous sommes inégaux devant l'amour ! Ce sont des recherches neurobiologiques récentes qui ont permis d'établir que nous sommes des organismes biologiquement modifiés par l'amour, celui que l'on fait comme celui que l'on éprouve. Mais c'est aussi parce que l'approche des toxicomanies, qui restait concentrée sur les aspects de dépendance, ne reconnaissait pas la dimension de plaisir. Or c'est le plaisir dernier qui, dans l'amour commedans la consommation de drogues exogènes, rend « accro ». Au fil d'une analyse scientifique rigoureuse illustrée de nombreux exemples tirés de l'expérience clinique, de l'expérimentationanimale et de la littérature, Michel Reynaud examine chaque phase de l'état amoureux sous ses aspects biologiques, psychologiques et sociaux : du désir à l'enfer de la dépendance, en passant par le plaisir, l'attachement et la passion. C'est l'amour du côté de la biologie, lu pour la première fois comme une addiction parmi les autres, dans le cadre d'une éternelle recherche du plaisir et de la satisfaction des besoins. Une instructive leçon de science !Michel Reynaud est psychiatre et chef du département de psychiatrie et d'addictologie à l'hôpitaluniversitaire Paul-Brousse. Il est l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages (spécialisés) chez Albin Michel, Odile Jacob, Flammarion (On ne pense qu'à ça)…

Depuis quelques années, les scientifiques ont entrepris de percer les mystères de l'amour. Ils accumulent les données sur les hormones, les phéromones et les neurotransmetteurs impliqués. On en sait donc plus aujourd'hui sur l'apparente folie qui s'empare du cerveau quand nous sommes amoureux, sur les fondements biologiques qui amènent les couples à se quitter, une fois que les enfants sont faits. On connaît mieux aussi les secrets du bonheur à deux et les remèdes pour durer. Loin de la vision des contes de fées, Lucy Vincent nous propose de découvrir le vrai visage de l'amour - ses ruses, ses calculs, mais aussi son charme, sa drôlerie et, quoi qu'il en soit, sa beauté toujours intacte. Une lecture indispensable pour connaître les dessous de l'amour. Une aide précieuse pour maîtriser les stratégies et les codes amoureux.Docteur en neurosciences, Lucy Vincent est également chroniqueur scientifique à Radio France. Elle est l'auteur de Petits Arrangements avec l'amour.











Plaisante et surprenante lecture d'été (BM)
Pourquoi l'odeur sucrée d'un nourrisson est-elle rassurante ? Pourquoi les effluves de la sueur des hommes font-elles le bonheur des femmes ? Saviez-vous que les spermatozoïdes, grâce à leurs récepteurs olfactifs, réussissent à trouver leur chemin jusqu'à l'ovule ? Et que le parfum du muguet est un puissant aphrodisiaque ? Peur, dégoût, rejet ou désir, joie : venues de notre passé le plus archaïque, les odeurs ne cessent de jouer avec notre psychologie. Mais elles rendent compte aussi de notre culture et de notre sociabilité. Une grande enquête, à la pointe des découvertes scientifiques, accessible à tous.

Parmi ceux que nous aimons, quels sont les rares êtres que nous tenons pour irremplaçables et dont la perte subite provoque la douleur ? Qui est cet autre élu qui fait que je suis ce que je suis, et sans lequel je ne serais plus le même ? De quel fil est tissé le lien amoureux pour que sa rupture soit vécue comme une perte ? Qu'est-ce donc que perdre l'aimé et souffrir la douleur d'aimer.Psychiatre, psychanalyste, J.-D. Nasio est l'auteur aux Editions Payot de nombreux ouvrages devenus des classiques de la psychanalyse, notamment L'Enfant du miroir (avec Françoise Dolto), Cinq leçons sur la théorie de Jacques Lacan, et Enseignement de 7 concepts cruciaux de la psychanalyse

Dans ce livre remarquable, l'éminent primatologue Frans de Waal démontre que la morale humaine n'est pas imposée d'en haut. Enracinée en profondeur dans notre héritage animal, elle nous vient de l'intérieur. Elle est donc le produit de l'évolution. Pendant des années, de Waal a vu des chimpanzés réconforter des voisins en détresse, des bonobos partager leurs aliments ou des éléphants s'entraider. Aujourd'hui, il publie, à propos des prémices du comportement éthique dans les sociétés primates, de nouvelles preuves qui renforcent la thèse des origines biologiques du sens humain de l'équité ou de la bonté. Tissant son texte de récits saisissants issus du monde animal et d'analyses philosophiques éclairantes, de Waal explique la morale par un processus venu d'en bas, en mettant en évidence combien nous sommes liés aux animaux. Il explore ainsi pour la première fois les conséquences de son travail pour notre compréhension de la religion moderne. Quel que soit le rôle des impératifs moraux qu'elle édicte, on peut la considérer comme une "ouvrière de la onzième heure", venue s'ajouter à nos instincts naturels de coopération et d'empathie. Le Bonobo, Dieu et nous élabore un raisonnement original fondé sur la biologie évolutionniste et la philosophie morale. Pensant toujours hors des sentiers battus, de Waal apporte une nouvelle perspective sur la nature humaine et sur nos efforts pour donner du sens à notre vie.Frans de Waal est un primatologue et un biologiste américano-néerlandais que la revue lime a inscrit sur sa liste des 100 personnalités les plus influentes. Auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels Le Singe en nous ou L'Ege de l'empathie, il est professeur à l'université Emory d'Atlanta, où il enseigne l'éthologie. Ces livres ont touché un large public dans de nombreuses langues et ont fait de lui l'un des primatologues les plus célèbres au monde.

La marche bipède est-elle inscrite dans nos gènes ? Que nous apprennent les fossiles laissés par nos ancêtres ? Quels changements se sont produits au cours de notre évolution qui ont adapté notre morphologie à la bipédie ? Comment un tout-petit se redresse-t-il, comment apprend-il à marcher ? Comment son squelette doit-il s’adapter pour composer avec la gravité et les lois de l’équilibre ? Et pourquoi, parfois, cet apprentissage ne se fait-il pas ou bien se fait-il mal ? Fruit de la sélection naturelle, la bipédie nous est devenue si familière qu’on en oublierait presque le défi qu’elle constitue. Enfants-loups, enfants sauvages, familles quadrupèdes en Turquie ou en Irak sont là pour nous rappeler combien cet équilibre ne va pas de soi.Christine Tardieu est biologiste de l’évolution, paléontologue, spécialiste de morphologie fonctionnelle et biomécanicienne. Directrice de recherche au CNRS, elle travaille au laboratoire d’anatomie comparée du Muséum national d’histoire naturelle de Paris.

« Je m'installai dans l'hélicoptère et m'apprêtai à vivre la magie de la forêt tropicale d'un autre point de vue. La canopée, véritable toit du monde végétal, se dévoila à mesure que nous nous élevions dans le ciel bleuté. Ici et là émergeaient, comme des sentinelles isolées, des arbres majestueux, sur les branches desquels je pouvais apercevoir, en plissant un peu les yeux, un calao faisant une courte escale dans sa traversée de l'océan végétal. Mais soudain, une fracture, une plaie béante, couleur sang, de terre mise à nu. Le royaume d'émeraude avait fait place à une singulière étendue géométrique, à un immense damier ocre et vert. Plus d'exubérance ni de fantaisie, mais ce même dessin, désolant, austère et monotone sur des kilomètres et des kilomètres. Le responsable : la culture extensive du palmier à huile. »
Quand elle survole cette forêt agonisante de Bornéo, Emmanuelle Grundmann sait que la moitié des forêts tropicales ont déjà été rasées par l'homme. Et que, chaque année sur l'ensemble du globe, ce sont environ treize millions d'hectares de forêts qui disparaissent, victimes des haches, tronçonneuses, bulldozers et feux non accidentels.
Hier le caoutchouc, aujourd'hui l'huile de palme. Ici les crevettes, là la pâte à papier. Depuis toujours, les ressources de la forêt excitent la convoitise des hommes, qui la pillent, la détruisent, la polluent, en exterminent les espèces animales et en chassent les communautés autochtones, pour le plus grand profit de quelques-uns.
Ces forêts qu'on assassine est un livre de combat, qui dénonce les conséquences catastrophiques de cette déforestation galopante. Les responsables de ce carnage (entreprises, hommes politiques, institutions internationales) y sont rudement interpellés.
Les forêts sont les poumons de la planète. Aujourd'hui, elles sont rongées par un cancer mortel dont nous, les hommes, portons l'entière responsabilité. Espérons que ce livre contribuera à nous ouvrir les yeux et à stopper le massacre avant qu'il ne soit trop tard.Primatologue, Emmanuelle Grundmann, 34 ans, travaille sur la réintroduction et la protection des grands singes en Afrique et en Asie. Elle contribue régulièrement au magazine Terre sauvage et a écrit plusieurs livres, dont Etre singe (La Martinière, 2002) avec le photographe Cyril Ruoso. Elle est par ailleurs présidente de l'institut Jane Goodall France ainsi que de l'association Awely, qui œuvre à réduire les conflits entre hommes et animaux à travers le monde.

Au cours d'une de ses croisières dans l'espace, un jeune couple trouve une bouteille contenant un manuscrit. L'histoire qu'il renferme est étrange et suscitent l'intérêt de certains : y aurait-il des êtres humains ailleurs que dans notre galaxie ? C'est à cette question qu'essaient de répondre le professeur Antelle, Arthur Levain, son second, et le journaliste Ulysse Mérou : au cours d'un voyage en vaisseau spatial, ils découvrent une étrange planète proche de Bételgeuse. Vue dans haut, elle ressemblent curieusement à notre Terre et on y distingue des villes et des routes. Après s'y être posés, les trois hommes découvrent que la planète est habitée par des singes civilisés et des hommes réduits à l'état sauvage. Les singes s'emparent d'Ulysse Mérou et s'en servent comme cobaye pour des expériences scientifiques...Pierre Boulle est né en 1912 à Avignon. Après ses études, il va vivre en Extrême-Orient. Il s'engage et combat tour à tour en Chine, en Birmanie et dans la péninsule indochinoise. Après la guerre, il vit en Malaisie avant de se fixer définitivement en France. Il a écrit, entre autres, Contes de l'absurde, Le pont de la rivière Kwaï, E=MC2, Un métier de seigneur et L'énergie du désespoir.

Sous le signe de Babinski. Par Hubert Déchy, 1 volume,

Dédicaces Hôpital Babinski Cracovie

Le système de santé français est depuis peu dépassé dans les classements internationaux par celui de certains pays voisins, et aggrave par son déficit chronique la dette de lÉtat. Faut-il alors repenser le système français ? Le particulier, qui a dû cotiser toute sa vie sur son travail de façon obligatoire, doit faire face à trois peines aujourdhui. La première est celle des dépenses qui restent à sa charge et qui augmentent sans arrêt. Sil a des parents âgés, il devra aussi contribuer financièrement à leur hébergement en établissements spécialisés en cas de dépendance. Enfin, des millions de personnes en France se voient exclues dune couverture suffisante pour faire face à ce droit de lhomme pourtant inscrit depuis 1948 dans la Déclaration universelle. Car elles témoignent de notre engagement envers le bien-être des générations de demain, la santé et sa gestion par les services publics sont au cur des réflexions actuelles. Se penchant sur le cas de la France et dautres pays occidentaux, Hubert Déchy et Camille Dravet livrent une analyse solidement documentée des systèmes de santé et de sécurité sociale, en dénoncent les dérives alarmantes, et suggèrent de nouvelles pistes pour recouvrer ce qui faisait la qualité et la singularité de lexemple hexagonal. Plus encore quune étude édifiante, un cri dalerte.
Hubert Déchy, neurologue et interniste depuis trente cinq ans, a exercé à lhôpital universitaire le matin comme consultant neurologue dans un service de médecine interne et laprès-midi à son cabinet libéral dabord en médecine interne puis en neurologie exclusive. Il est lauteur de livres pour le grand public et pour ses confrères, responsable dassociations de formation médicale continue et membre de nombreuses sociétés savantes. Camille Dravet, 24 ans, jeune diplômée en lettres modernes et en management politique, se destine à une carrière dans la sphère publique. Intéressée par les enjeux actuels de notre société, il sagit de son premier projet de livre.

La répartition des richesses est l’une des questions les plus débattues aujourd’hui. Pour les uns, les inégalités n’en finiraient pas de se creuser dans un monde toujours plus injuste. Pour les autres, on assisterait à une réduction naturelle des écarts et toute intervention risquerait de perturber cette tendance harmonieuse. Mais que sait-on vraiment de l’évolution des inégalités sur le long terme ? En réalité, les analyses économiques supposées nous éclairer se fondent plus souvent sur des spéculations théoriques que sur des faits établis.Fruit de quinze ans de recherches, cette étude, la plus ambitieuse jamais entreprise sur cette question, s’appuie sur des données historiques et comparatives bien plus vastes que tous les travaux antérieurs. Parcourant trois siècles et plus de vingt pays, elle renouvelle entièrement notre compréhension de la dynamique du capitalisme en situant sa contradiction fondamentale dans le rapport entre la croissance économique et le rendement du capital.Si la diffusion des connaissances apparaît comme la force principale d’égalisation des conditions sur le long terme, à l’heure actuelle, le décrochage des plus hautes rémunérations et, plus encore, la concentration extrême des patrimoines menacent les valeurs de méritocratie et de justice sociale des sociétés démocratiques.En tirant de l’expérience des siècles passés des leçons pour l’avenir, cet ouvrage montre que des moyens existent pour inverser cette tendance.Directeur d’études à l’EHESS et professeur à l’École d’économie de Paris, Thomas Piketty est l’auteur de nombreux travaux historiques et théoriques qui lui ont valu, en 2013, le prix Yrjö Jahnsson décerné par la European Economic Association.

Ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre, comment le carriériste qui n’empruntait que les autoroutes, s’aventure désormais sur des chemins de traverse, construit une nouvelle existence dans l’industrie, mais laisse désormais du temps au temps pour nourrir ses passions. L’avant AVC et le sentiment de toute puissance. L’après AVC, la rééducation jamais finie et l’apprentissage de l’humilité. Christian Streiff raconte son long coma, sa résolution de s’accepter diminué pour vaincre les séquelles de la maladie et retrouver une vie normale. Pour celui qui fut l’un des plus puissants patrons de France, cela signifie une vie sans temps mort. Le capitaine d’industrie ne renonce jamais aux projets d’avenir. L’homme confronté à son handicap est beaucoup moins résolu pour tracer son chemin personnel, avec une seule ambition : ne pas rater sa vie et accomplir ses rêves en se donnant les moyens du temps. Découvrir le monde à pied, sur l’eau, satisfaire sa curiosité de nature en solitaire... La question qui reste en suspens étant le paradoxe de l’homme pressé dans son métier et contemplatif dans ses passions. C’est un récit hanté par la perte d’une partie de soi et la nécessité de retrouver un chemin. La fascination d’un vécu de l’intérieur quand l’homme est confronté à sa mort alors que rien ne l’y préparait, qu’il se croyait au sommet de sa vie, intouchable. L’AVC est devenu une maladie commune qui touche plus de 130 000 personnes en France chaque année, dont environ 50 000 en meurent. Le plus souvent, celles qui en réchappent demeurent handicapées. L’AVC peut frapper n’importe qui, les grands comme les miséreux. Le témoignage de Christian Streiff est d’autant plus passionnant qu’il entre dans la catégorie de ceux qui semblent invincibles. Dans un premier temps, se raconter a semblé pour l’auteur presque humiliant. Avouer sa maladie, c’était avouer être descendu de son piédestal. Un homme puissant n’est pas plus combatif et philosophe que le citoyen lambda. L’expérience de la maladie, le handicap et la confrontation avec la mort abroge les distances entre les hommes. Les questions de l’auteur sont celles de chacun.

Le philosophe livre une nouvelle version de son dictionnaire écrit à la première personne. Sa plume est piquante, son sens de la pédagogie, intact.
On aime beaucoup

Rendez-vous à la lettre V, entrée « Vraies gens » : « Il y a des gens faux (parce qu'ils font preuve de duplicité, d'hypocrisie, de mauvaise foi...). Mais avez-vous déjà rencontré de fausses gens ? », demande André Comte-Sponville. Pas sûr, en ­effet, d'en avoir déjà croisé... Mais de faux livres alphabétiques, oui, nous en avons rencontré un certain nombre dans notre vie de critique. Surtout ­depuis cette déferlante éditoriale de dictionnaires offrant parfois le pire, même quand ils se prétendent amoureux. Placé sous les auspices des Dé­finitions d'Alain et du Dictionnaire ­philosophique de Voltaire, celui-ci réserve souvent le meilleur : 1 654 entrées, dont 400 nouvelles, depuis la première édition de 2001. « Vraies gens » en fait partie — « Civilisations (Choc des) », « Développement durable », « Individualisme », « Orgasme », « Visage », aussi.

L'inaugural « Abbé », lui, n'a pas bougé, clin d'œil au libre-penseur des Lumières ; contre la lourdeur de l'Encyc­lopédie de ses confrères Diderot et d'Alembert, Voltaire voulait son ouvrage portatif et piquant. « Je crains moins d'être incomplet qu'ennuyeux. [...] Le langage ordinaire, toutes les fois où il suffit, vaut mieux que le jargon », prévient de son côté Comte-Sponville dès l'avant-propos, sans rechigner à se colleter avec la technicité propre à sa discipline : « Hypostasier », « Herméneutique », « Haeccéité », « Heuristique », « Hétéronomie », pour la seule lettre H !

Depuis l'immense succès de son ­Petit Traité des grandes vertus (1995), le philosophe, né en 1952, a fait de la clarté la marque de fabrique de son éthique matérialiste et athée. Il a ­choisi de quitter la Sorbonne en 1998 pour se consacrer exclusivement à ses livres et à ses conférences. Ecrit à la première personne, sagesse kaléidoscopique, ce Dictionnaire philosophique se construit à rebours de tout dogmatisme, loin de tous ceux qui « croient penser le tout ». A la complexité, con­cept phare de son contemporain Edgar Morin, André Comte-Sponville préfère la simplicité. Une « vertu » qui se cons­truit ici par petites touches, avec une pincée de blagues (« Sais-tu quelle différence il y a entre un optimiste et un pessimiste ? — Le pessimiste est un optimiste bien informé »), un zeste d'oppositions (entre solidarité et générosité, par exemple), le sel de brillants essais (« Sens »), un peu d'histoire de la philosophie (« Dialectique du maître et de ­l'esclave », « Continentale (Philosophie) »), une touche de proverbes orientaux (« Quand le sage montre la Lune, l'imbécile regarde le doigt »), quelques mises en garde (« Capitalisme » : « Ne comptons pas sur le marché pour être juste à notre place. Ni sur la justice pour créer des richesses » ; « Bioéthique » : « Elle est moins constituée de nouvelles valeurs que de nouvelles questions ») et quelques ratés (« Cinéma »). Parce que la philosophie rime avec la vie, le mot « chagrin » a pointé le bout de son nez. Mais s'avère trop faible pour dire le deuil, quand le mot « affliction », trop « recherché », ne convient pas non plus : « Les larmes en tiennent lieu. » Séchez vos larmes. Vous serez arrivés à la lettre Z, « Zététique ». La fin du voyage, là « où la philosophie, qui est un certain type de discours, con­duit à la sagesse, qui est une certaine qualité de silence ». Car « ce dont on peut parler, et cela seul, on peut aussi le taire »

" Jacques Benveniste restera l'homme d'une polémique. Dans laquelle il aura tout gagné. Et tout perdu. Jacques Benveniste n'avait pas toujours été un chercheur à part. Jusqu'à sa découverte contestée, il avait été l'un des scientifiques français les plus publiés en immunologie, sa spécialité de départ, et les plus appréciés. En 1971, sa découverte d'un facteur activateur des plaquettes sanguines l'avait même placé dans tous les manuels de médecine ainsi que sur la liste des nobélisables. " Eric Favereau, Libération " Rencontrer Jacques Benveniste, c'était s'exposer aussitôt à cette marque de la rencontre. La marque de l'intelligence à l'état brut, rapide, en perpétuel mouvement. Une intelligence incarnée, capable d'excès de vitesse et de dérapages, mais ô combien généreuse, ouvreuse d'horizons, de mondes inconnus et d'espoirs infinis. " Eric Fottorino, Le Monde.

Dans ce nouvel ouvrage, Masaru Emoto poursuit ses recherches révolutionnaires sur le pouvoir de l'eau, sur sa capacité à "imprimer" toute information qu'elle reçoit écrite, orale ou musicale. (Ce qui n'est pas sans rappeler les travaux de Benveniste sur la "mémoire de l'eau".) Après avoir congelé l'eau, il photographie par microscope le cristal que peut former l'eau : il sera magnifique si l'information est un message d'amour ou hideux s'il s'agit d'une manifestation de haine ou de colère. Le livre comprend 54 pages de photos en couleurs, qui sont autant de preuves étayant sa démonstration.
L'auteur développe sa théorie en offrant de nombreuses applications, éthiques, médicales ou même alimentaires.
En effet, comme le corps humain est composé de 70% d'eau, il réagit de façon similaire aux informations qu'il reçoit de l'extérieur. En retour, l'eau du corps humain peut renvoyer des informations dans le cadre du diagnostic propre à la médecine japonaise du hado, que présente l'auteur, et qui échappe totalement à la médecine occidentale conventionnelle. Dans le même ordre d'idées, ce professeur japonais de renommée mondiale explique comment nous pouvons, avec des exercices très simples, tirer parti de ses découvertes pour avoir une approche toute nouvelle de l'eau et bénéficier de ses immenses bienfaits : il suffit simplement de parler à l'eau pour qu'elle apporte son aide !

The first complete and authoritative book on yawning
Yawning is a stereotyped phylogenetically ancient phenomenon that occurs in almost all vertebrates. As an emotional behavior and an expressive movement, yawning has many consequences; nevertheless, it has so far been poorly addressed in medical research and practice. Bringing together the latest research from many fields, this volume integrates current insights within embryology, ethology, neurophysiology, psychology, fMRI and pathology. The phylogenetic and ontogenetic aspects of yawning offer an interesting perspective on human development, and its occurrence in neurological diseases - an area explored by only a few investigators - may provide useful clinical information.
This book will make valuable and fascinating reading to neurologists, sleep specialists, psychologists, ethologists and pharmacologists, as well as to anybody interested in uncovering the mystery of yawning.

Touchant 10 à 12 % des adultes et 3 à 10 % des enfants, la migraine est quasiment devenue banale. Pourtant, une vaste enquête menée en France montre que 60 % des migraineux ne sont pas conscients de l'être, refusant de reconnaître leur souffrance et incapables de lui donner un nom. Pourquoi, alors qu'existent désormais des unités de soins et des sociétés consacrées à la migraine, est-il aussi difficile de s avouer migraineux ?

Ce livre examine les raisons historiques pour lesquelles le statut de patient migraineux ne va pas de soi. Si la plainte migraineuse semble avoir dès longtemps existé, et si un terme désigne les « migraineux » dès le IIe siècle après J.C., en revanche la migraine, elle, est un objet tardivement construit, qui n a pas toujours été pensé comme une maladie à part entière, ni même comme une maladie. Davantage, médecins et malades se sont parfois accordés pour la considérer comme étant dans l ordre des choses et sans intérêt.

Mais si elle n est rien qu un fait divers médical, comment expliquer, alors, qu elle a eu la puissance de convoquer tant de modèles explicatifs, de susciter des thérapies aussi ingénieuses, de donner lieu à une si riche iconographie ?

C est le récit de ce paradoxe entre une maladie qui ne parvient pas à se nommer, qui semble invisible (et quels signes assurent donc, en toute objectivité, au mari que son épouse ne ruse pas, ce soir, quand elle déclare qu elle a la migraine ?) et une maladie qui produit tant de noms pour se raconter, tant d images pour se montrer, qu on lira dans cette biographie utile à tous ceux qui voudraient mieux comprendre, à travers le témoignage de l histoire, les vies migraineuses.Esther Lardreau, agrégée de philosophie, docteur en histoire de la médecine, est titulaire du DIU Migraines et céphalées. Ses recherches portent sur les procédures et modalités de la pratique médicale.

Comment le cerveau crée-t-il nos souvenirs, qui sont la chair même de notre vie mentale ? Il y a une cinquantaine d'années, la simple idée qu'on pourrait expliquer la mémoire et d'autres aspects de l'esprit en termes biologiques semblait absurde. Aujourd'hui, c'est devenu une réalité. Le prix Nobel Eric Kandel a joué un rôle important dans l'histoire de la biologie de l'esprit. Il en retrace les grandes étapes et raconte comment la biologie, la psychologie et les neurosciences ont convergé pour créer la science nouvelle de l'esprit, si puissante désormais. Il montre aussi comment cette fenêtre grande ouverte sur ce que sont la perception, la pensée, les émotions et la mémoire laisse espérer de vrais progrès dans le soin d'affections comme la schizophrénie, les troubles du vieillissement, la dépression. Sous sa plume lumineuse, cette saga scientifique est aussi celle d'un homme, un jeune Viennois contraint à fuir le nazisme et qui devint ensuite l'un des maîtres de la neurobiologie, sans jamais renier sa fascination pour la psychanalyse.

Ramachandran propose dans ce livre une réflexion sur ce qui distingue l’humain. S’appuyant sur les conceptions traditionnelles, parfois très anciennes, du « propre de l’homme » (le langage articulé, le rire, le raisonnement abstrait, la conscience de la mort, etc...), il les introduit par la description de cas cliniques rencontrés dans sa carrière et caractérisés par l’altération de ce trait, pour discuter enfin de leurs fondements neurophysiologiques.
Le fil conducteur de ce livre est l’idée que le développement des réseaux de neurones miroirs (actifs lorsque le sujet imite le comportement observé chez autrui) constitue le fondement biologique de l’humanisation, qui serait donc une rupture brutale plutôt qu’un continuum allant des primates à l’humain. Il anticipe les critiques en écrivant avec humour : “avant que les créationnistes ne sabrent le champagne, je dois ajouter que cela n’implique aucun miracle.”

«On ne peut pas dire la vérité à la télévision, il y a trop de gens qui regardent.»
Coluche

INTRODUCTION

L'image est omniprésente dans notre société moderne : multiplication des programmes, explosion de la TNT, émergence de la radio filmée et des Web TV, folie des réseaux sociaux, tout cela sur tous les écrans, même nomades. Difficile d'échapper aux images de politiques, sportifs, patrons, artistes et autres people qui vendent leurs idées, leurs films, leur société, leur image, qui vaut parfois de l'or, et viennent se justifier à la moindre polémique sur un petit détail de leur vie qui vient de faire le buzz. Car aujourd'hui qu'importe ce qu'on dit, il faut être vu. Et faire entendre sa voix. Difficile aussi d'échapper à la saturation que les images engendrent.
En parallèle, la défiance de l'opinion publique s'accroît, et traquer la vérité devient une obsession. Crise économique et financière, aléas de la vie de l'entreprise, élections nationales et locales, compétitions sportives, émissions télévisuelles en tout genre : les images, lissées par l'entourage, les communicants ou les agents, et les éléments de langage, dont usent et abusent ces personnalités, semblent façonnés pour influencer les médias et l'opinion publique.
Sous cet assaut médiatique permanent, il devient difficile de cerner la vraie personnalité et les véritables intentions de ceux qui submergent nos écrans et qui parfois dissimulent ou mentent. Différentes affaires (DSK, Armstrong, Cahuzac.) l'illustrent lamentablement. Et quand un autre prend la parole, on se demande, désormais suspicieux, ce qu'il nous cache.
«Mensonge» est d'ailleurs le mot désigné comme «mot de l'année 2013» par le grand public à l'occasion du festival du Mot 2013, tandis que le jury, présidé par le linguiste Alain Rey et composé de lexicologues, sociologues et journalistes, lui a préféré «transparence». Les deux versants d'une même pièce. Certes, tout n'est pas mensonge, parfois il y a des arrangements avec la pensée, des choses même que l'on n'a pas vraiment conscience de cacher. En tout cas, «on ne nous dit pas tout» comme dirait une humoriste. Toute communication porte d'ailleurs en elle des faux-semblants, des arrangements avec sa conscience, des entorses à la bienveillance, des présupposés sur l'autre ou la relation, bref, comme le disait Paul Valéry, parce que même «un accord est la rencontre de deux arrière-pensées», le non-dit est partout.
En analysant le langage corporel, on apporte un élément déterminant de «body checking», parfois après coup, mais aussi en temps réel, pour des émissions télé, des conférences de presse, des interviews... Derrière les histoires racontées par le truchement des mots, quelle est l'histoire racontée par le corps ? Quelle est la vérité ?
Démangeaisons irrépressibles dans la zone du nez, réactions subreptices de la bouche, haussement d'épaules ou de sourcils, hauteur, positionnement et configuration de nos mains dans l'espace, tous ces mouvements majoritairement incontrôlables, en disent en effet bien plus long que des paroles.
Je vous invite à lire comme des histoires le décryptage du langage corporel de personnalités que vous voyez tous les jours à la télévision ou dans les nouveaux médias pour avoir à l'avenir tout ce petit monde «à l'oeil» et en tirer par ailleurs des enseignements pour vos échanges dans votre vie personnelle et professionnelle.
Le propos se veut léger, sans être superficiel ou infondé, sérieux, sans être dogmatique ou académique.
Politiques, sportifs, patrons, artistes, people. Décodez-les tous, lisez entre les mots leurs pensées cachées. Alors que le commun des mortels ne peut se fier qu'à ce qu'il peut entendre, déjouez ceux qui dissimulent ou qui, consciemment ou non, vous font prendre des vessies pour des lanternes. Car si les mots sont fabriqués, le corps dit toujours la vérité.

Leur corps dit tout haut ce qu'ils pensent tout bas.
Biographie de l'auteur
Coach en communication, synergologue (spécialiste du langage corporel), Stephen Bunard accompagne depuis dix ans des dirigeants, des hauts fonctionnaires et des élus à la prise de parole en public et avec les médias, en temps calme et en situation de crise. Il intervient régulièrement à l'ENA mais aussi dans les médias pour analyser les gestes des politiques, patrons et sportifs.

Avec l’éducation dogmatique qui est encore la nôtre, les humains peuvent facilement perdre leur liberté de pensée et devenir dépendants d’idées, de certitudes ; cette addiction peut les amener à justifier n’importe quoi, parfois violemment, au détriment de la recherche du vivre ensemble et du respect des éco-systèmes.Parmi tous les mammifères, l’Homme semble le seul à pouvoir devenir « esclave » d’une idée et à avoir besoin de certitudes comme un drogué a besoin de son produit pour ne pas être trop mal !

Ce constat est partagé par de nombreuses personnes à travers le monde ; rares sont celles qui voient comment sortir de ce type d’addiction. C’est ce que vise cet ouvrage :

- en proposant une méthode pour pouvoir repérer la pensée dogmatique, celle des autres… et aussi la sienne, et s’entrainer à la pensée non dogmatique ;

- des exercices et des pistes pour se déprendre de ces phénomènes d’hypnose collective et pour en prémunir nos enfants ;

- en fournissant un deuxième niveau de lecture sous forme de notes, des informations précises, des textes et des références, que le dogme ambiant écarte pour se maintenir en place ;

- et quelques raisons d’espérer et de donner réalité à nos rêves…

Daniel Favre relie des domaines qui habituellement sont traités de manière séparée, à savoir la psychologie des comportements addictifs, les attitudes cognitives et l’économie politique et financière : le cas de l’usage de l’argent est exemplaire.

Daniel FAVRE est Professeur des Universités en Sciences de l’Éducation à l’IUFM - Université Montpellier 2. Il est Docteur d'État en Neurosciences et Docteur en Sciences de l’éducation. Il dirige une équipe de recherche intitulée « Didactique et Socialisation ». Ses thèmes de recherche sont : l’apprentissage de la pensée non dogmatique ; l’interaction entre émotion et cognition ; les liens entre échec et violence scolaires ; la construction des savoirs ; le statut du sujet apprenant et l’éducation à la responsabilité. Il vit à Saint Gély du Fesc près de Montpellier (34).

- Quand on bute juste sur les mots, est-ce du bégaiement ? - Doit-on reprendre un enfant qui commence à bégayer ? - Est-ce que la personne qui bégaie doit expliquer son problème à ses interlocuteurs ? - Que penser des méthodes qui prétendent traiter le bégaiement en trois ou quatre jours ? - Et, surtout, qu'est-ce qui est efficace ? Ce guide pratique et concret répond à toutes ces questions et à bien d'autres encore. Il est conçu pour accompagner l'enfant, l'adolescent et leur famille ou l'adulte qui bégaie. Les auteurs s'appuient sur leur grande expérience pour proposer un processus qui a fait ses preuves et aide à retrouver la confiance en soi, à se libérer de la peur du bégaiement et à accéder à une vie relationnelle plus riche, à travers une parole plus fluide et spontanée.Mireille Gayraud-Andel est psychologue clinicienne et orthophoniste. Marie-Pierre Poulat est orthophoniste. Elles sont toutes deux formées aux thérapies cognitivo-comportementales, spécialisées dans l'aide aux patients souffrant de bégaiement, animent ensemble des groupes de supervision et sont chargées d'enseignement à l'université Paris-V, au sein du DU Bégaiement et troubles de la fluence.

Vous remettez à demain ce que vous pourriez faire aujourd'hui ? Vous perdez votre temps à des choses insignifiantes, en laissant traîner ce qui est vraiment important ? Peur de mal faire, désorganisation, manque de temps... Les explications, ou plutôt les justifications sont nombreuses. Si cette tendance empoisonne votre existence ou celle de votre entourage, vous souffrez sans doute de " procrastination ", et cela n'a rien à voir avec la paresse.
Culpabilité, perte de temps, insatisfaction, stress, conflits en sont les conséquences et peuvent se solder plus concrètement par l'échec scolaire, le divorce, la perte de son emploi... Procrastinateur occasionnel ou impénitent, n'attendez plus pour changer. S'appuyant sur sa pratique de psychothérapeute, le Dr Bruno Koeltz vous propose une méthode simple et efficace pour ne plus tout remettre au lendemain.

«Voilà des mois que j'aurais dû écrire cet essai. Pourquoi ai-je fini par m'y mettre ? Parce que j'ai du temps libre ? Eh non. J'ai des copies à corriger, des articles à écrire, un projet scientifique à évaluer, des thèses à relire, etc. Si je me lance dans cette entreprise, c'est pour remettre au lendemain ces tâches qui m'incombent !»
Ainsi John Perry démarre-t-il son essai sur la procrastination, un défaut aux yeux de la majorité, un atout pour qui sait en tirer avantage. A notre époque où règne une frénésie de productivité délétère, ce livre s'adresse particulièrement à ceux qui aiment paresser, décaler, lambiner, atermoyer, ajourner, proroger, différer, décaler, musarder... Au fil de ces méditations tantôt légères ou profondes, John Perry bâtit un plaidoyer très convaincant en faveur de ce qu'il appelle la procrastination structurée. Les procrastinateurs sont en effet souvent tentés de réduire le nombre de leurs engagements, en espérant ainsi avoir enfin le temps de se consacrer aux tâches essentielles. Quel piège ! Leur tempérament étant d'éluder les corvées, c'est pour eux le meilleur moyen de se transformer en bons à rien. C'est pourquoi un procrastinateur doit apprendre à tirer le meilleur parti de son don naturel, et accepter toutes les tâches qui se présentent à lui avec enthousiasme. Il ne les mènera pas toutes à bien et pas forcément dans le bon ordre, mais cela lui donnera souffle et créativité. Ce petit essai alerte et désopilant livre aussi des considérations inattendues sur l'art d'ignorer certains mails, le rythme des chansons de soul music, le bon usage des to-do lists, l'avantage de laisser son bureau en pagaille pour que les idées naissent du désordre... et sur l'histoire métaphysique du temps depuis Héraclite.

Le philosophe américain John Perry est professeur émérite à l'université de Stanford en Californie. Étant de son propre aveu un procrastinateur invétéré, il a créé le concept révolutionnaire de «procrastination structurée». Traduit dans une vingtaine de langues, cet ouvrage lui vaut aujourd'hui une reconnaissance internationale.

John Perry, né dans le Nebraska en 1943, a passé un doctorat de philosophie en 1968 et enseigne dans la très célèbre université de Stanford, en Californie. Auteur de nombreux livres universitaires dans le domaine de la philosophie du langage et de la philosophie de l'esprit, il a animé pendant 10 ans un programme de radio à succès, «Philosophy talk». Il a reçu en 2011 le prix lg Nobel en Littérature, un Nobel humoristique pour des découvertes insolites, pour son ouvrage sur la procrastination structurée.

Les progrès les plus récents en neurosciences permettent
aujourd'hui de mieux comprendre le fonctionnement de cette
formidable machine à décider qu'est le cerveau humain.
Comment celui-ci procède-t-il pour prendre une décision ?
Que sait-on des structures cérébrales impliquées ? Quel est
leur fonctionnement ?
Nous prenons des décisions tous les jours. Certaines sont prises
rapidement sans que nous en ayons vraiment conscience.
D'autres décisions sont le fait d'un long travail, pleinement
conscient et contrôlé. Mais notre cerveau fait-il toujours le
meilleur choix ? Peut-il se tromper ?
Des conseils concrets pour éviter les pièges dans lesquels
tombent fréquemment les décideurs et pour se donner les
moyens d'optimiser les prises de décision.
Philippe Damier est professeur de neurologie au CHU de Nantes.
Ses travaux de recherche, conduits sous l'égide de l'Inserm
et des hôpitaux universitaires, à l'hôpital de la Salpêtrière,
au Massachusetts Institute of Technology et au CHU de Nantes,
portent sur les maladies neurodégénératives. Titulaire d'un
MBA de l'Université de Melbourne, il s'intéresse également
à la problématique de la décision managériale

Extrait
Le mystère de la maladie

Pourquoi dans un corps aussi bien conçu que le nôtre y a-t-il des milliers d'imperfections et de faiblesses qui nous rendent vulnérables aux maladies ? Si la sélection naturelle peut aboutir à l'évolution de mécanismes aussi sophistiqués que les yeux, le coeur et le cerveau, pourquoi n'a-t-elle pas abouti à des moyens de prévenir la myopie, les attaques cardiaques et la maladie d'Alzheimer ? Si notre système immunitaire peut reconnaître et attaquer un million de protéines, pourquoi attrapons-nous encore la pneumonie ? Si une hélice d'ADN peut encoder de manière fiable les plans de l'édification d'un organisme adulte de dix milliards de cellules spécialisées, chacune ayant une place donnée, pourquoi ne serions-nous pas capables de remplacer un doigt endommagé ? Si nous pouvons vivre une centaine d'années, pourquoi pas deux cents ans ?

Nous savons de mieux en mieux pourquoi nous sommes atteints de maladies spécifiques, mais nous ne comprenons pas encore très bien pourquoi les maladies existent tout simplement. Nous savons qu'un régime riche en graisse peut entraîner des maladies cardiovasculaires et que l'exposition prolongée au soleil peut causer des cancers de la peau, mais pourquoi aimons-nous tant les nourritures grasses et le soleil en dépit de leurs dangers potentiels ? Pourquoi nos corps ne peuvent-ils pas réparer les artères bouchées et la peau endommagée par le soleil ? Pourquoi les coups de soleil font-ils si mal ? Pourquoi la douleur ? Et pourquoi sommes-nous, après des millions d'années, encore sensibles aux infections par les streptocoques ?

Le grand mystère de la médecine est la présence, dans une machine perfectionnée, de ce qui semble être des imperfections, fragilités et mécanismes improvisés qui permettent la plupart des maladies. La perspective et l'approche évolutionniste transforment ce mystère en une série de questions auxquelles il est possible de répondre : pourquoi le processus darwinien de la sélection naturelle n'a-t-il pas éliminé les variants de gènes qui nous rendent vulnérables aux maladies ? Pourquoi ce processus n'a-t-il pas façonné des gènes qui auraient amélioré notre capacité à résister aux avaries ou à les réparer pour empêcher le phénomène de vieillissement ? La réponse usuelle selon laquelle la sélection n'est pas assez puissante est généralement fausse. Au contraire, comme nous le verrons, le corps est un ensemble de compromis délicats.

Les structures les plus simples du corps sont conçues d'une manière telle qu'aucune création humaine ne peut les égaler. Ainsi les os : leur forme tubulaire maximise la solidité et la flexibilité tout en minimisant le poids. Poids pour poids, ils sont plus solides que des barres d'acier massif. Les os sont magistralement conçus pour servir leur fonction : épais aux extrémités vulnérables, ponctués de saillies en surface où ils augmentent la force de levier des muscles, et sillonnés pour fournir des voies sécurisées aux nerfs délicats et aux artères. L'épaisseur de chaque os augmente aux endroits où la solidité est requise. Aux endroits où ils se courbent, l'ossification est plus dense. L'espace creux dans les os a aussi son utilité : il fournit une maternité sûre pour les nouvelles cellules sanguines.

La physiologie est encore plus impressionnante : considérons le dialyseur, aussi volumineux qu'un réfrigérateur; il n'est pourtant qu'un maigre substitut au rein, ne remplissant que peu des fonctions de son équivalent naturel. Ou prenons les meilleures prothèses cardiaques fabriquées par l'homme. Elles ne durent que quelques années et écrasent quelques cellules sanguines à chaque fermeture tandis que les valves naturelles se ferment et s'ouvrent avec douceur deux millions et demi de fois pendant toute une vie. Ou considérons les cerveaux, avec leur capacité à encoder les plus petits détails de la vie qui, des dizaines d'années plus tard, peuvent être rappelés en une fraction de seconde. Aucun ordinateur ne peut s'en approcher.
Biographie de l'auteur
Randolph M Nesse est psychiatre, professeur ainsi que codirecteur des Etudes au sein du département de psychiatrie de la faculté de médecine de l'Université du Michigan à Ann Harbor. Il coordonne également l'enseignement intitulé "Evolution et adaptation humaine" dans cette même université. Il a présidé la société savante "Human Behavior and Evolution Society" (Comportement humain et évolution) dont il est l'un des fondateurs, et préside actuellement la fondation "Evolution, Medicine and Public Health" (Evolution, médecine et santé publique). Il a écrit de nombreux articles de recherche sur la psychiatrie et la médecine darwinienne, et a participé à plusieurs ouvrages collectifs sur les aspects évolutionnistes de la biologie évolutive de la dépression, de l'engagement et du deuil. George C Williams (1926-2010) a été professeur d'écologie et de biologie évolutive à l'université de New-York, et fut un membre éminent de l'académie des sciences des Etats-Unis. Il fut président de la Société Internationale pour l'Etude de l'Evolution et a été désigné "écologue de l'année" en 1989 par la Société Américaine d'Ecologie. Il a largement contribué à la compréhension du fait que les processus évolutifs prennent place à l'échelle populationnelle et non de l'espèce et a élaboré notamment la théorie de la pléiotropie antagoniste selon laquelle des gènes peuvent avoir des effets différents aux différents âges d'un individu et ainsi contribuer au vieillissement. Dans les années 1960, son travail et celui de ses collègues ont promu l'idée que l'évolution est centrée sur le gène comme unité de transmission, une théorie reprise dans le livre de Richard Dawkins, Le gène égoïste. George Williams a publié au cours de sa carrière de nombreux articles scientifiques et des ouvrages essentiels sur la sélection naturelle, la sélection de groupe, le sexe et l'évolution. Il fut aussi co-auteur d'un essai épistémologique sur Thomas H Huxley.

Le Livre de mes rêves
Archétype du cinéaste onirique, Federico Fellini a noté ses rêves pendant plus de trente ans dans des carnets aujourd’hui réédités. De l’oreiller à la pellicule, il n’y avait alors qu’un pas.
Dans la tête de Fellini


En 1960, Federico Fellini a 40 ans. Il sort tout juste de l’aventure de La Dolce Vita qui a déchaîné les passions (scandale au Parlement italien, réaction violente de l’Eglise, mais Palme d’or à Cannes, etc.). Il est à un tournant de sa carrière et de sa vie. En 1954, il a commencé une psychanalyse freudienne qu’il a vite abandonnée. Cette fois-ci, il se rend au 12 de la via Gregoriana, où officie un psychanalyste d’origine allemande, Ernst Bernhardt, qui a été formé par Carl Gustav Jung. Cette rencontre va changer la vie du cinéaste. Contrairement à beaucoup de ses collègues qui craignent que la découverte des rouages du moteur de leur création tarisse leur créativité, Federico Fellini va bien au contraire trouver dans la psychanalyse jungienne (fondée sur les archétypes) un outil non seulement pour “rentrer en contact” avec son inconscient, pour dépasser ou affronter les peurs que lui inspirent ses fantasmes, mais aussi une source pérenne d’inspiration et d’expression.
Son analyse va durer quatre ans, jusqu’à la mort brutale de Bernhardt en 1965 – un des moments les plus émouvants du Livre de mes rêves. Car parmi les conseils que lui prodigue Bernhardt, analyste par ailleurs peu orthodoxe, il y en a un qui ne va pas tomber dans l’oreille d’un sourd et qui est l’origine de ce que nous découvrons avec grand bonheur aujourd’hui : noter ses rêves.
Depuis toujours, le cinéaste s’intéresse au travail onirique (on dit qu’il demandait à ses amis de lui raconter leurs rêves). Fellini s’achète donc un grand livre de comptes et commence, dès son réveil, à noter non seulement les traces des rêves qui lui restent de la nuit, mais aussi ses visions hypnagogiques (qui apparaissent pendant cette courte phase de transition qui précède le sommeil). Il le fera pendant près de vingt-deux ans de façon régulière, avec des périodes plus riches et intenses que d’autres. Autour de 1970, il cesse pendant près de quatre ans, mais selon Tullio Kezich, l’un de ses meilleurs spécialistes et co-auteur de cette excellente édition, claire et pratique, du Livre de mes rêves, certains carnets auraient peut-être disparu. Les cahiers existants, et quelques feuilles volantes ajoutées jusqu’en 1990, très connus de ses fans, de ses amis (et dont certains avaient été publiés dans des tirés à part) sont édités aujourd’hui dans leur intégralité, près de quinze ans après la mort du cinéaste italien.
On pourrait craindre que la lecture de rêves soit ennuyeuse pour qui n’est pas analyste. Or c’est tout le contraire. D’abord parce que Fellini ne se contente pas d’écrire ses rêves, il les dessine (avant de se tourner vers le cinéma, il a d’abord été dessinateur humoristique pour une revue satirique à grand tirage, Marc’Aurelio). Si dans le premier carnet (qui regroupe les rêves faits entre 1960 et 1968), le récit de ces rêves prend la forme rudimentaire de petits croquis vite faits, dès le deuxième carnet, commencé en 1973, ils deviennent de véritables petits chefs-d’œuvre, fouillés, pleins de détails, patiemment coloriés au feutre.

Ses rêves, où apparaissent parfois des personnages connus ou leurs fantômes (bien sûr son épouse Giulietta Masina, mais aussi Rossellini, Antonioni ou Pasolini – avec lequel il couche dans un rêve –, Tina Aumont, Totò, Giorgio Strehler, Anita Ekberg et Mastroianni, son scénariste Ennio Flaiano, etc.), deviennent des films en puissance, comiques et/ou asphyxiants – on en retrouve d’ailleurs des éléments dans certaines de ses œuvres à venir. On découvre aussi au fil de ce gros recueil de fac-similés un homme angoissé, qui rêve souvent de destruction de masse, de merde, de frustration ou d’humiliation sexuelle, de trains. On y reconnaît bien sûr tous les fantasmes célèbres de Fellini, comme ses fameuses femmes callypiges monstrueuses et inquiétantes auxquelles son nom reste attaché – ici parfois magnifiquement dessinées. Surtout, à travers ce livre, et contrairement à quelques idées reçues sur un Fellini réactionnaire, c’est un homme de son temps, un artiste du XXe siècle passionné par les recherches sur ce qui se joue en chacun de nous qui apparaît sous nos yeux. L’histoire ne dit pas si Fellini tira de la rédaction de ces carnets un bien-être quelconque. Ce que l’on sait en revanche, c’est que le long métrage suivant, encore un chef-d’œuvre, sera Huit et demi, l’histoire d’un cinéaste célèbre en crise qui ne parvient pas à réaliser son prochain film, et qui tente de faire le point sur sa vie… Et que peu à peu, au fil de son œuvre, Federico Fellini, venu du néoréalisme, deviendra, jusqu’à s’y perdre peut-être, le plus grand cinéaste onirique de l’histoire du cinéma.


Jean-Baptiste Morain

Ce livre célèbre est tout autant inspiré par le courant New Age californien que par la neurophysiologie du sommeil paradoxal. Héritier d'Hervey de Saint-Denys, Stephen LaBerge a entrepris de réhabiliter le rêve lucide auprès des scientifiques: ceux-ci doutent encore de la possibilité d'être à la fois lucide et endormi.

Il s'agit en fait de rêves spécifiques, auxquels certains dormeurs sont plus aptes que d'autres, durant lesquels on a conscience d'être en train de rêver; avec quelque entraînement, on peut diriger le scénario de son rêve. Toute la polémique porte bien sûr sur l'état réel dans lequel se trouve alors le dormeur : est-il en sommeil paradoxal ou en semi-éveil ? LaBerge fait preuve de beaucoup d'enthousiasme, d'une grande force de conviction et profite fort bien de l'attirance du publie pour ces états paranormaux; l'étude du rêve lucide a d'ailleurs été, avant LaBerge, du ressort presque exclusif des parapsychologues.

L'intérêt pour la méditation transcendantale et le yoga, le discours initiatique de Stephen LaBerge, contribuent au scepticisme persistant des scientifiques. Le succès auprès du grand publie demeure pourtant intact, tant l'auteur écrit de façon plaisante et parfaitement accessible.

La thèse de J. Allan Hobson sur le rêve présentée dans cet ouvrage est sans doute la plus stimulante de ces dernières années. Neurophysiologiste et professeur de psychiatrie à Harvard , Hobson s'emploie à montrer que la théorie freudienne ne peut être maintenue devant les progrès de la neurophysiologie et propose un point de vue réellement novateur mais non réductionniste de l'activité onirique. Il propose une hypothèse qui rend compte des états de l'organisme pendant le sommeil paradoxal et du résultat de cette activité : les scénarios de rêves recueillis.

La première partie de cet ouvrage est consacrée aux différents étapes de la science des rêves, y compris les conceptions de Freud et Jung, avec une nette préférence pour ce dernier. La deuxième partie présente un exposé très complet et très clair de l'ensemble des connaissances neurophysiologiques sur les états de conscience et le sommeil paradoxal.

Hobson expose ensuite son hypothèse selon laquelle le cerveau, à intervalle régulier, est activé par un générateur interne, qui " mime " l'activation neuronale se produisant pendant la veille. Devant cette activation, le cortex effectue, parce que c'est son travail, une synthèse des informations " allumées " avec les moyens du bord, c'est-à-dire avec l'information stockée dans le cerveau: les restes de la journée, les souvenirs divers des événements de sa vie et de l'ensemble des choses qu'il a apprises: " Le cerveau-esprit fait de son mieux pour donner un sens aux signaux díorigine interne... [il] doit peut-être aller chercher au plus profond de ses mythes pour trouver une structure narrative susceptible de rassembler toutes les données. "

On aura compris que le livre de Hobson soulève des questions philosophiques, et que c'est l'un de ses mérites.

William Dement a été l'un des artisans de la conception contemporaine du sommeil paradoxal. Avant de constituer une clinique d'étude du sommeil à Stanford, il a travaillé dans le laboratoire de Chicago avec Nathaniel Kleitman et Eugen Aserinsky et isolé le sommeil à mouvements oculaires rapides comme étant celui dans lequel surviennent les rêves. Il a découvert que ce sommeil existe aussi chez le chat et ainsi ouvert la voie aux expériences décisives sur l'animal.

Dormir, Rêver s'adresse d'abord aux étudiants et aux non-spécialistes, ce qui en fait un ouvrage très accessible, agréable à lire. Dement prend le soin de répondre clairement aux questions que chacun se pose: quels sont les effets de la privation de rêve (ou de sommeil en général, domaine dans lequel Dement a réalisé des travaux pionniers) ? Pourquoi ne se souvient-on que de certains rêves? Y a-t-il des relations entre les rêves d'une même nuit, des séries de rêves ?

Après avoir abordé les points principaux des connaissances sur le rêve, Dement analyse, dans la deuxième partie du livre, les différents troubles du sommeil en général et leurs liens avec les maladies mentales, en particulier chez les schizophrènes : il semble que les psychotiques ne connaissent pas l'effet de rebond de sommeil paradoxal après la privation de ce sommeil, comme c'est le cas chez les sujets " normaux ". Dement relie ce phénomène à une insuffisance de sérotonine qui serait aussi à l'origine des hallucinations à l'état de veille.

Ce livre bref et didactique est un résumé de L’Interprétation du rêve. Il part de la double question
du sens du rêve : son contenu a-t-il une signification (comme le supposaient déjà les anciens) et
son existence répond-elle à une fonction (ce dont semblent douter les modernes) ? Pour Freud, le
contenu du rêve est toujours la réalisation plus ou moins voilée d’un désir identifiable par l’analyse,
et sa fonction est comparable à celle d’un « gardien du sommeil » : en procurant une forme de
satisfaction, il permet d’écarter une excitation susceptible de troubler le sommeil. Mais l’enjeu de
cette démonstration n’est pas tant le rêve que la nouvelle conception du psychisme avancée par la
psychanalyse. Élaborée dans le contexte du traitement des névroses, l’hypothèse de l’inconscient
montre ici l’étendue de sa pertinence en s’appliquant au vaste univers de la vie « normale » et non
pas seulement à la pathologie. Sur le rêve ouvre ainsi à des perspectives inédites sur la
psychologie individuelle et, par la voie de la symbolique, sur la psychologie collective et les
phénomènes culturels.
Sigmund Freud (1856-1939), fondateur de la psychanalyse.

Ce livre propose une lecture philosophique du rêve. Il contient l'histoire détaillée et richement documentée des recherches qui ont été consacrées, tout au long du dernier demi-siècle, au "sommeil paradoxal" et au rêve. L'auteur met de l'ordre dans le foisonnement des hypothèses et des interprétations. Il présente les multiples directions amorcées, abandonnées, puis reprises et repensées par les chercheurs. Jusqu'où s'étend le parallélisme entre le fonctionnement du cerveau et celui de la pensée ? Quelles pourraient être les fonctions du rêve dans l'individuation du cerveau ? Quel est le rôle des gènes dans les mécanismes oniriques ?.
L'ouvrage est préfacé par Michel Jouvet, membre de l'Institut (Académie des sciences), neurophysiologiste, fondateur de la physiologie contemporaine du sommeil et du rêve. Claude Debru est professeur de philosophie des sciences à l'Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm, correspondant de l'Académie des sciences et membre de l'Académie allemande des sciences de la nature Leopoldina.

conseil de Jeau-Pierre Polydor
L'anthropologue Germaine Tillion, résistante et déportée, travaillait
encore à la veille de sa mort. Revenue de l'horreur, elle avait décidé de rire jusqu'à la dernière minute, suscitant autour d'elle un groupe d'amitié, d'entraide et de gaieté qui a duré jusqu'à ce qu'elle ait 101 ans.
Pour beaucoup, la vieillesse fait tout perdre la mémoire, la fraîcheur, le cerveau.
Ce livre montre au contraire que la résilience est possible chez
les personnes âgées. Réunissant des psychologues, des neurologues,
un vétérinaire, des psychiatres et des gériatres, il fait comprendre comment interviennent dans ce processus vital les liens d'attachement, les interactions, la mémoire, mais aussi les émotions, la motivation ou encore l'humour et la musique.
Louis Ploton est psychiatre, professeur émérite de gérontologie
à l'université Lyon-II.
Boris Cyrulnik est neuropsychiatre et directeur d'enseignement à l'université de Toulon.
Avec Marie Anaut, Claude Béata, Alain Brossard, Michel Delage,
Jacques Gaucher, Pascale Gérardin, Cyril Hazif-Thomas, Yves
Kagan, Antoine Lejeune, Pierre Lemarquis, Jérôme Pellerin,
Marion Péruchon, Jean-Pierre Polydor, Gérard Ribes, Serge
Sirvain, Philippe Thomas, Mireille Trouilloud.

La migraine de l’enfant est paradoxale à plus d’un titre : lors des crises, la douleur est sévère, les enfants sont souvent livides, « cadavériques », incapables de bouger, ils sont obligés de s’allonger dans la pénombre, vomissent parfois massivement, voient, sentent, entendent des « choses bizarres » – correspondant aux auras ; mais ils se réveillent en pleine forme après avoir dormi quelques heures… et tous les examens sont normaux.
Alors que 5 à 10 % des enfants sont migraineux, le diagnostic n’est posé que pour une petite partie d’entre eux. La migraine est pourtant la première cause de céphalées intenses récurrentes chez l’enfant, la plupart des professionnels cherchant vainement une cause, et évoquant « les yeux, une gastro, les sinus ou bien une origine psy… ».
Cet ouvrage a pour double objectif de présenter l’état de la science (épidémiologie, physiopathologie, génétique…) qui s’est largement enrichi ces dix dernières années et d’apporter aux professionnels des outils concrets pour identifier les céphalées et améliorer la prise en charge des enfants et des adolescents migraineux. Les céphalées de tension, les céphalées chroniques, les syndromes épisodiques associés à la migraine sont aussi détaillés.
Illustré de nombreuses vignettes cliniques, cet ouvrage précise les critères diagnostiques, les pièges et les idées fausses ; il décrit comment rechercher les facteurs déclenchants et particulièrement ceux d’origine psychosociale, comment utiliser et combiner les traitements médicamenteux et non médicamenteux (notamment les approches psychothérapeutiques et psychocorporelles).
Telle est l’ambition de ce livre, destiné à tous les professionnels confrontés à des enfants et des adolescents migraineux, mais également accessible en grande partie aux familles.

Prenez un couple. Depuis quelque temps, cet homme ne regarde plus son épouse qu avec ennui. Survient un étranger, dont les yeux brillent quand il voit cette femme. En peu le temps, l ardeur du mari renaît. Hier indifférent, il serait prêt à se battre pour réaffirmer son « amour éternel ». Nous ne désirons rien tant que ce que désire l autre. Pour le meilleur et pour le pire et dès la naissance : notre psyché elle-même est une copie de celle de nos parents !
La découverte des neurones miroirs impose une relecture complète de la psychologie et de la psychiatrie. Les mêmes zones de mon cerveau sont activées si je fais une action ou si je la regarde faire par un autre. Cette altérité nous constitue. Elle peut être vécue comme un apprentissage par imitation du modèle, ou comme une rivalité, ou comme un obstacle à la réalisation du désir que l autre m'a suggéré.
Modèle, rival ou obstacle sont les trois visages de l'autre. Chacun d eux peut engendrer une personnalité "normale", ou névrotique, ou psychotique. Cette approche dessine donc une nouvelle psychologie et une nouvelle psychiatrie. Elle nous impose notamment une nouvelle gestion de l'altérité, fondée sur la « dialectique des trois cerveaux » : le premier, le cerveau cognitif, le second, le cerveau émotionnel, et le troisième, ou « cerveau mimétique », qui est donc celui de l'altérité, de l'empathie, de l'amour comme de la haine.
C'est à cette démarche que nous invite Jean-Michel Oughourlian. La rencontre des neurosciences et de la psychologie mimétique nous ouvre à une nouvelle vision de l être humain.

Nous savons expliquer assez simplement le fonctionnement de
la cellule vivante en partant de l'ADN, mais qu'en est-il de la
mémoire ? Sera-t-elle réductible, pour les générations futures,
à des mécanismes simples et intuitifs ? Avec la patience et
l'humilité d'un Mendel croisant des variétés de pois, Jacques
Ninio s'est livré pendant des années à des centaines de milliers
d'épreuves de mémoire visuelle qui lui permettent aujourd'hui
de proposer un modèle inédit du fonctionnement de la
mémoire. Emaillé de dialogues familiers, ce livre à l'esprit
ludique déplace notre attention de l'habituel : pourquoi
j'oublie ? vers l'énigme véritable : qu'est-ce qui me fait soudain
penser à ceci ou à cela ? En supplément, le lecteur naviguera
en liberté dans un cahier de photographies souvent insolites. A
lui d'aller librement d'une image à l'autre et de se poser des
questions sur les liens entre l'image repérée dans une page et
celle qui lui ressemble dans une autre. Un ouvrage qui comble
un vide sur les mécanismes intimes de la mémoire.

Qu'entendons-nous par « bonheur » ? Dépend-il de nos gènes, de la chance, de notre sensibilité ? Est-ce un état durable ou une suite de plaisirs fugaces ? N est-il que subjectif ? Faut-il le rechercher ? Peut-on le cultiver ? Souffrance et bonheur peuvent-ils coexister ?

Pour tenter de répondre à ces questions, Frédéric Lenoir propose un voyage philosophique, joyeux et plein de saveurs. Une promenade stimulante en compagnie des grands sages d Orient et d Occident.Où l on traversera le jardin des plaisirs avec Epicure. Où l on entendra raisonner le rire de Montaigne et de Tchouang-tseu. Où l on croisera le sourire paisible du Bouddha et d Epictète. Où l on goûtera à la joie de Spinoza et d Etty Hillesum. Un cheminement vivant, ponctué d exemples concrets et des dernières découvertes des neurosciences, pour nous aider à vivre mieux.

Book Review for European Neurology
Olivier Walusinski
Catherine Bouchara
Charcot, une vie avec l’image
Philippe Rey
Paris. 2013.
240p.
« Charcot a su gagner l’attachement de ceux, qui, comme moi, ont vécu dans son
intimité, c’est seulement son génie qui lui a valu la haute estime de tous » dit Joseph Babinski
(1857-1932) lors de la célébration du centenaire de la naissance de Jean-Martin Charcot
(1825-1893, le fondateur de la neurologie (1). Etre qualifié de génie assure une place au
pinacle des gloires de l’histoire. Ceci explique parfaitement que, depuis sa disparition, il ne se
passe rarement une année sans qu’un livre évoquant Charcot, sa vie ou son oeuvre, ne
paraisse. La référence biographique demeure « Charcot, constructing Neurology » de Goetz,
Bonduelle et Gelfand paru en 1995 (2). Bogousslavsky et collaborateurs ont magnifié son
école en 2011: « Following Charcot: a forgotten History of Neurology and Psychiatry » (3).
Récemment, Bogousslavsky et Boller ont éclairé les relations que Charcot entretenait avec les
arts (4).
Malgré cette abondance d’évocations, il peut paraître surprenant que de l’inédit puisse
encore surgir pour nous éblouir. Remercions Catherine Bouchara de nous proposer, en
français seulement à ce jour, un grand livre, magnifiquement illustré en couleurs, « Charcot,
une vie avec l’image ». Venue à la psychiatrie après avoir été sociologue, Catherine Bouchara
pratique l’hypnose à l’hôpital de La Salpêtrière. De là à s’imprégner aux sources de cet art, il
n’y avait qu’un pas à franchir jusqu’à la regrettée bibliothèque Charcot (5). Mais elle ignorait,
bien sûr, que franchir ce pas marquait l’entrée dans dix ans de recherches, nécessaires au
dépouillement d’une part, des archives de la bibliothèque Charcot, riche du legs du fils, Jean-
Baptiste Charcot, refusé par la bibliothèque de la Faculté de Médecine de Paris, pour
d’obscures rancunes seules connues de son doyen d’alors, Georges Debove (1845-1920), et
pourtant ancien interne du maître, et d’autre part, de plusieurs sources privées inédites. « Mes
recherches sur le grand maître de La Salpêtrière, Jean-Martin Charcot, allient deux passions
communes: l’art et la médecine » nous a-t-elle dit. L’amitié qu’elle a su lier avec Madame
Marie Vallin-Charcot, arrière petite-fille de Charcot, lui a ouvert les portes enfermant des
trésors d’archives familiales, jusqu’alors ignorées des historiens.
La tradition du dessin est une constante de la vie familiale des Charcot. Simon-Pierre,
le père de Jean-Martin, sellier et carrossier, dessine des carrosses et leur décor. Jean-Martin
écrit à son fils: « Mon cher fils, je t’engage à continuer les croquis. C’est une bonne façon
d’occuper ses loisirs: la science et l’art sont alliés, deux enfants d’Apollon » dans une lettre,
non datée, retrouvée par Catherine Bouchara. Toutes les grandes découvertes de Charcot
résultent de la mise en oeuvre de la méthode anatomo-clinique. Elle n’aurait pas été
pleinement démonstrative sans le dessin. Charcot aimait à citer Cruveilhier: « l’anatomopathologiste
doit se faire artiste lui-même, il est des nuances, des contrastes que le langage le
plus imagé ne parvient que difficilement à dépeindre » (6). Catherine Bouchara nous donne à
admirer des croquis, et même des aquarelles, illustrant les observations, saisies au lit des
malades par Charcot, révélant ‘une patte d’artiste’ très proche de celle de son élève et
compagnon d’arpentage des musées Paul Richer. Les notes de préparation des cours, écrites et
schématisées au crayon de couleur, confirment tout le soin et la conscience pédagogique que
Charcot leur accordait. Au détour d’une note, cette phrase « la plus grande partie de nos
trésors mentaux gît en dehors de la sphère de la conscience » et le schéma associé, confirment
que Sigmund Freud a bien trouvé l’inspiration à La Salpêtrière !
Fondée une école, c’est savoir s’entourer de collaborateurs talentueux. Désiré-
Magloire Bourneville sera l’éditeur des oeuvres, Paul Richer sera l’artiste, révélé par les
croquis illustrant sa thèse consacrée à la grande hystérie, Paul Regnard sera le photographe.
Catherine Bouchara sait mettre en valeur leurs travaux, supervisés par leur maître, et nous
rapporter les témoignages de leur intimité dans laquelle ils partagent les émotions procurées
par les voyages et les visites des musées mais aussi celles des salles de La Salpêtrière.
Madame Charcot répugnait à voyager. A chaque déplacement, Charcot lui écrit, avec
ponctualité, d’étape en étape, agrémentant ses lettres de délicieux croquis, souvent en
couleurs, comme ceux réalisés au cours de son voyage au Maroc pendant l’été 1887 (7).
Si les caricatures de ses collègues de la faculté, exécutées par Charcot, sont connues, il
est saisissant de découvrir, sorties de collections privées, de véritables caricatures de presse
dont le trait humoristique croque, à merveille, les sentiments patriotiques anti-allemands, que
Charcot ne professaient pas en public. Quelques photos nous montrent la vie familiale des
Charcot. Autre surprise, Catherine Bouchara nous fait visuellement pénétrer dans la demeure
de Charcot à Neuilly. Ces photos, toutes récentes, nous donnent pourtant l’impression que
Charcot va entrer, à l’instant, et s’asseoir à son bureau, magnifiquement conservé, le mobilier,
les décorations comme les vitraux encore tels qu’il les affectionnait.
Catherine Bouchara prend par la main, avec bonheur, son lecteur, qu’il soit expert ou
ignorant de l’oeuvre de Charcot, survolant avec maîtrise toutes les facettes des productions du
maître, sans manquer quelques mises en perspective avec des travaux contemporains comme
ceux de Milton Erickson ou de Giacomo Rizzolati et Vittorio Gallese par exemple. S’il fallait
donner une petite critique, je témoignerais de ma déception de lire, dans la bibliographie, « La
Tourette, G de », mauvaise habitude anglo-saxonne, méconnaissant que son prénom est
Georges et son nom Gilles de la Tourette.
Sans manquer de féliciter Catherine Bouchara d’avoir réussi à mener splendidement à
son terme une publication aussi importante et de qualité, il faut associer, dans nos louanges,
l’éditeur Philippe Rey qui, grâce au soutien de l’Université Pierre et Marie Curie, nous offre
cet exceptionnel recueil alliant beauté et inédit.
1°) Babinski J. Eloge de J.M. Charcot. La Revue Neurologique. 1925;32(6):746-756.
2°) Goetz CG, Bonduelle M, Gelfand T. Charcot: constructing neurology. New York, Oxford.
Oxford University Press. 1995.
3°) Bogousslavsky J, Ed. Following Charcot: a forgotten history of neurology and psychiatry.
Basel, New York. Karger. 2011
4°) Bogousslavsky J, Boller F. Jean-Martin Charcot and art: relationship of the "founder of
neurology" with various aspects of art. Prog Brain Res. 2013;203:185-99.
5°) Ricou P, Leroux-Hugon V, Poirier J. La bibliothèque Charcot à la Salpêtrière. Paris.
Pradel. 1993.
6°) Charcot JM. La médecine empirique et la médecine scientifique, parallèle entre les
anciens et les modernes. in Leçons sur les maladies des vieillards et les maladies chroniques.
Paris. Adrien Delahaye. 1868.
7°) Gelfand T. Charcot in Marococco. Introduction, notes and translation. Ottawa. University
of Ottawa Press. 2012.

20/12/2013
Sur le thème de la Magie de Noël ...
Plonger dans ce livre c’est laisser de côté ses a priori visuels pour entrer dans un monde où le bizarre côtoie le beau et où la vérité n’est pas toujours unique. En suivant les chemins sur lesquels nous entrainent les auteurs de ce livre, on découvrira les œuvres des maîtres de l’illusion, sous toutes ses formes : ambiguïté des fausses perspectives, jeu trouble des escaliers sans fin, anamorphoses et ambigrammes, interprétation des à-plats, des 2 D ou 3D, images doubles et double sens, trompe-l’oeil… On notera le rôle de l’op art et de la photographie, de l’architecture et des sciences… sans oublier les nouvelles technologies et l’utilisation dans le quotidien de cet art si étrange et fascinant. Mais si tous les artistes réunis dans ce livre sont des maîtres dans l’art de fasciner et de tromper, si leur travail requiert de longues heures de précision pour que la réalité devienne confuse, le résultat le plus troublant c’est que l’on s’amuse vraiment à parcourir ces pages.

Cet ouvrage, écrit par Henry Dunant, paru en 1862, est à l'origine du mouvement international Croix-Rouge / Croissant-Rouge.
Dans cet ouvrage publié à compte d’auteur en novembre 1862, Henry Dunant raconte la bataille de Solférino (24 juin 1859), la vision d’horreur des 6 000 morts et 40 000 blessés livrés à eux-mêmes et la façon dont il organisa les secours à Castiglione.
Au-delà du récit, il propose les premières idées à l’origine du Droit International Humanitaire : la neutralité des secours et l’intervention d’une organisation de volontaires. Quelques pages qui bouleversèrent l’Europe et constituent le fondement du Mouvement International de la Croix-Rouge.

Cet ouvrage aborde les aspects historiques et médicaux de la question des psychonévroses de la Grande Guerre dont la nature et les causes lésion nerveuse, trouble psychique ou simulation... ont divisé les médecins de l'époque.
L omniprésence de la suspicion de simulation autorise la mise en place d'un vaste champ d'expérimentation médicale. On adapte à la médecine de guerre des méthodes thérapeutiques, déjà employées en temps de paix, mais désormais utilisées de manière beaucoup plus agressive. C'est ainsi que le « torpillage » mis au point par Clovis Vincent ou la méthode psychofaradique développée par Gustave Roussy deviennent la base d'une psychothérapie répressive. Certains soldats refusent ce type de traitement, et des affaires célèbres, comme celles du zouave Deschamps ou du procès de Besançon, font alors émerger la question du droit des blessés militaires.
Une collusion médico-militaire s'installe. Les soldats suspects de simulation, consciente ou inconsciente, sont renvoyés au front, au nom du patriotisme, par des médecins militaires. D'autres combattants, dont les troubles psychiques n'ont pas été identifiés, sont conduits par des médecins devant les conseils de guerre et fusillés pour désertion.
Les dérives liées à la prise en charge des psychonévroses de la Grande Guerre sont cependant à l'origine d'une importante évolution des conceptions médicales qui aboutissent à la définition moderne du post-traumatic stress disorder.

" (....) pour compléter ton "article" sur Médecin de 14-18, une référence qui m'est chère (...) 500 photos prises par un Médecin dans les tranchées, un grand copain de Forestier, l'inventeur de la Chrysothérapie et de la maladie qui porte son nom." Jean-Marie Mussini




Extrait
«Le problème des intellectuels, c'est qu'ils reprochent à la télévision de n'être pas assez bonne. Ils sont suspects de vouloir mettre Arte sur toutes les chaînes et d'imposer leurs préférences culturelles à tout le monde. Pour ma part, je ne crois pas qu'il y ait une bonne ou une mauvaise télévision - je préfère qu'il n'y ait pas de télévision du tout.»
(Alexandre Lacroix, philosophe)

«Parce que les influences médiatiques sont subtiles, cumulatives, et qu'elles adviennent sur une longue période de temps, parents, pédiatres et éducateurs peuvent ne pas être conscients de leur impact.»
(Victor Strasburger, professeur de pédiatrie, école de Médecine, université de New Mexico)

Je suis chercheur. En tant que tel, j'apparais dans le répertoire de diffusion des principaux journaux scientifiques liés au champ des neurosciences fondamentales et cliniques. À chaque nouvelle parution, ces journaux m'envoient leur sommaire, afin que je puisse identifier les travaux susceptibles de m'intéresser. Depuis 15 ans, il ne s'est pas passé une semaine sans que j'extraie au moins un ou deux papiers relatifs aux effets délétères de la télévision sur la santé psychique, cognitive et somatique de l'enfant. La tendance est tellement massive que certains spécialistes n'hésitent plus à évoquer un véritable problème de santé publique. Des voix commencent même à s'élever pour réclamer l'extension, aux grands groupes audiovisuels, des poursuites pénales originellement diligentées contre les industriels du tabac et de la malbouffe. L'analogie est loin d'être incongrue. En effet, l'industrie du tabac fut condamnée en son temps pour avoir indûment stimulé le caractère addictif de produits dont elle connaissait le danger. De nos jours, le complexe médiatico-publicitaire dépense des sommes faramineuses pour identifier et manipuler les ressorts d'une dépendance cathodique dont il devient de plus en plus difficile de nier l'existence. Psychologie, neuro-imagerie, éthologie, ethnologie, sociologie, aucune branche des sciences humaines et médicales n'est dispensée d'apporter son obole à la Cause mercantile. Depuis quelques années, le neuro-marketing s'érige en nouveau graal manipulatoire. Son credo : aller chercher les failles les plus intimes de notre cerveau pour asservir, à notre insu, nos comportements, nos désirs, nos peurs, nos pulsions, nos représentations, nos décisions. Dans un ouvrage récent, deux spécialistes du sujet résument ainsi l'approche : «Visez le petit. Préparez votre cible. Marquez-la au front le plus tôt possible. Seul l'enfant apprend bien [...] Les cigarettiers et les limonadiers savent que plus tôt l'enfant goûtera plus il sera accro. Les neurosciences ont appris aux entreprises les âges idéaux auxquels un apprentissage donné se fait le plus facilement.» Pouvons-nous tolérer ce genre d'abjection ? Pouvons-nous rester impassibles lorsqu'une armée de cupides charognards mobilisent tous les outils de la recherche moderne afin d'offrir à Coca-Cola «du temps de cerveau humain disponible» ? Pouvons-nous accepter qu'un «troisième parent cathodique» pénètre subrepticement l'intimité psychique de nos enfants afin de susciter chez eux des comportements de dépendance ou d'achat aux effets sanitaires dévastateurs ? Bien des gens semblent penser que non, parmi lesquels des universitaires, des journalistes, des spécialistes de la convention internationale des Nations unies sur les droits de l'enfant et de nombreux artistes, cadres ou dirigeants de l'industrie audiovisuelle qui refusent de livrer leur précieuse descendance aux affres de «la boîte à images». Comme le résume Liliane Lurçat avec son talent coutumier, «quelle est la liberté des enfants, si ce n'est d'être des enfants, et au nom de quoi peut-on se permettre d'agir sur eux avec une telle puissance ? Quelle est la liberté des adultes, si ce n'est de pouvoir comprendre, et pourquoi alors cibler l'émotion plutôt que la raison ?»

Biographie de l'auteur
Michel Desmurget est docteur en neurosciences. Après avoir fréquenté plusieurs grandes universités américaines (MIT, Emory, UCSF), il est aujourd'hui directeur de recherche à l'INSERM. Il est l'auteur de Mad in USA (Max Milo, 2008).








Marie Grosman est agrégée de sciences de la vie et de la Terre, spécialisée en santé publique et en santé environnementale. Elle a publié des travaux scientifiques sur les facteurs environnementaux des maladies neurodégénératives. Roger Lenglet, philosophe et journaliste d'investigation, est l'auteur de nombreux livres d'enquête s'intéressant tout particulièrement à la santé, à l'environnement et au lobbying industriel. Il est membre de la Société française d'histoire de la médecine.










Antoine Sénanque est neurologue (BM)
"Dire des choses graves avec humour, parler de la vie et de la mort, et de toutes les angoisses de l'homme en faisant rire  : quelle chance, quel talent  !...
C'est à la fois drôle, désespéré, acide parfois, mais plein d'humanité, comme le sont les films de Woody Allen ou de Stephen Frears. Antoine Sénanque est passionné par la médecine, mais il a toujours vécu douloureusement son métier, critiquant ses dérives, et honnissant son impuissance face aux grandes maladies. Il a d'ailleurs pris la plume pour dire sa différence dans « Blouse » et « La grande garde ». Impressionné par Céline, c'est la lecture du « Voyage » et le désespoir du docteur Destouches qui l'ont poussé à écrire. Comme les personnages de son cinquième roman, il est allé à Lourdes pour croire à des guérisons impossibles. Ses phrases courtes, acérées, sont un peu celles de ses ordonnances, mais il y a en plus la patte de celui qui passe son temps à écouter les autres, à les observer et, quoi qu'il en dise, à les aimer. (Claire Chazal - Paris-Match, juillet 2012)"











Un de mes fils me propose ce livre après sa découverte du site(Bernard Montagne).

Pierre Rabhi a vingt ans à la fin des années 1950, lorsqu'il décide de se soustraire, par un retour à la terre, à la civilisation hors sol qu'ont commencé à dessiner sous ses yeux ce que l'on nommera plus tard les Trente Glorieuses. En France, il contemple un triste spectacle : aux champs comme à l'usine, l'homme est invité à accepter une forme d'anéantissement personnel à seule fin que tourne la machine économique. L'économie ? Au lieu de gérer et répartir les ressources communes à l'humanité en déployant une vision à long terme, elle s'est contentée, dans sa recherche de croissance illimitée, d'élever la prédation au rang de science. Le lien viscéral avec la nature est rompu ; cette dernière n'est plus qu'un gisement de ressources à exploiter - et à épuiser. Au fil des expériences, une évidence s'impose : seul le choix de la modération de nos besoins et désirs, le choix d'une sobriété libératrice et volontairement consentie, permettra de rompre avec cet ordre anthropophage appelé "mondialisation". Ainsi pourrons-nous remettre l'humain et la nature au coeur de nos préoccupations, et redonner enfin au monde légèreté et saveur.











Frédérique Brudon
Gérard Mick
La plainte céphalalgique est une des douleurs les plus répandues, affectant en effet plusieurs millions d'individus. Symptôme banal ou manifestation d'une pathologie plus lourde, elle est l'objet de nombreuses consultations aussi bien chez les généralistes que chez les neurologues. Cet ouvrage a pour but d'éclairer le praticien sur tous les aspects des céphalées (nosologiques, cliniques, diagnostiques, thérapeutiques). Pour chaque type de céphalée, un chapitre a été rédigé, faisant l'état des connaissances actuelles à son sujet. Écrit par des spécialistes et relu par des généralistes, cet ouvrage clair, accessible et pragmatique propose des arbres décisionnels, des recommandations et des tableaux complets, notamment concernant la thérapeutique. Les auteurs, neurologues et spécialistes de la douleur, ont voulu concevoir un ouvrage concret et utile pour la pratique quotidienne.











Il me paraîtrait () approprié de faire la promotion d'un ouvrage récemment traduit de l'anglais de Naomi Oreskes et Erik M. Conway paru aux éditions du pommier : "Les marchands de doute", sous-titré "Ou comment une poignée de scientifique ont masqué des enjeux de société tels que le tabagisme et le réchauffement climatique" Frédéric SUPIOT











Transportée aux urgences de l’hôpital de Strasbourg pour un malaise, Angèle Lieby commence à avoir des difficultés à s’exprimer, puis perd connaissance. On la plonge dans un coma artificiel pour l’intuber. Le quatrième jour, elle ne se réveille pas. Or Angèle est consciente et souffre sans pouvoir réagir. Pour le personnel médical, elle est très vite considérée comme morte. Le miracle : une larme. Le 25 juillet, jour de l’anniversaire de son mariage, sa fille aperçoit une larme au coin de son œil. Elle avertit le personnel médical qui rétorque que c’est impossible. Puis Angèle bouge le petit doigt. Commence alors une longue période de rééducation qui va durer presque un an. Un cas exceptionnel pour la science. La maladie d’Angèle est le syndrome de Bickerstaff. Il peut se déclencher après une infection aussi commune qu’une rhinopharyngite… Son histoire fait aujourd'hui l’objet de présentations dans divers congrès de médecine et de recherches.











Voici un livre pour ceux qui aiment vraiment la neurologie et qui la pratiquent en étant attentifs à la subtilité de cette discipline.
Foucaud du Boisguéheneuc nous propose dans ce texte un cheminement inattendu qui, utilisant les concepts de la philosophie phénoménologique – notamment de Merleau-Ponty – appliqués à la sémiologie neurologique, nous amène à une réflexion qui convoque tout autant la biologie fondamentale et l’embryologie que la psychanalyse. Dans ce cheminement intellectuellement exigeant, nous découvrons l’importance de l’intersubjectivité dans le diagnostic neurologique. Nous découvrons à la fois comment cette intersubjectivité fonde la rigueur de l’examen neurologique et comment elle organise la structuration même du fonctionnement cérébral.
Cette phénoménologie de l’intersubjectivité de l’examen neurologique conduit Foucaud du Boisguéheneuc à une herméneutique du signe neurologique sous la condition de l’entrecroisement (du chiasme) des consciences et des images du corps du neurologue et de son patient. Voici un livre érudit qui, dans la lignée de Kurt Goldstein, donne un autre sens aux maladies du système nerveux, dévoilant le rôle primordial qui échoit à la chair vécue à deux (le médecin, son malade), et relativisant l’analyse objectivante et mécanisante des « fonctions » cérébrales qui souvent tient lieu de clinique.
Un livre à ne mettre qu’entre les mains de ceux qui aiment aller au fond des choses et acceptent d’être sans cesse bousculés par la complexité et la beauté de la vie.


Hubert Déchy - Bertrand Wechsler - Jean-Charles Piette - Pierre Hausfater - Gérald Rancurel
La survenue d'une atteinte neurologique au cours d'une maladie systémique, qu'il s'agisse d'un lupus érythémateux disséminé, d'une sclérodermie, d'une PAN ou d'une autre affection, revêt une signification pronostique souvent péjorative ; d'ou la nécessité d'un diagnostic précoce et d'un traitement adapté.

Le mérite de l'ouvrage Atteintes neurologiques au cours des maladies systémiques est de décrire de façon exhaustive, pratique et actuelle toutes les manifestations neurologiques susceptibles de survenir dans ce contexte, pouvant quelquefois mémé révéler la maladie systémique. Dans tous les chapitres, les auteurs se sont efforcés de traiter les problèmes du diagnostic clinique, radiologique, biologique, ainsi que les orientations pronostiques et les stratégies thérapeutiques avec concision, clarté et souci pragmatique.

Le livre s'adresse a un large public : neurologues, internistes, neuro-radiologues, urgentistes, neuro-chirurgiens, rhumatologues, dermatologues, pneumologues, néphrologues, etc ...

HUBERT DECHY

Sous le signe de Babinski. Par Hubert Déchy, 1 volume, 127 pages, Association des Amis du musée d'Histoire de la médecine - La Compagnie d'Hauteville, 2007.

 

L'allongement de la vie a révélé l'ampleur épidémiologique de maladies neurodégénératives comme la maladie d'Alzheimer. Cette dernière bouleverse le sentiment de Soi de manière tout autre que le vieillissement normal. Cet ouvrage s'adresse à tous ceux, professionnels, parents, chercheurs qui s'interrogent sur les moyens et la manière de repenser l'humain et d'accompagner la personne .
Roger Gil est neuropsychiatre, professeur émérite de neurologie à l'Université de Poitiers et responsable de l'Espace éthique du CHU de Pailler-sil est membre du Conseil scientifique de l'EREMA (Espace National de réflexion éthique sur la maladie d'Alzheimer) et chargé d'enseignement d'humanités scientifiques (Bioéthique et Société) au collège universitaire de Poitiers de l'Institut de Sciences politiques de Paris. Il a été doyen de la faculté de médecine et de pharmacie de Poitiers. f a été chef de service de neurologie au CHU de Poitiers où il a fondé l'Unité de Neuropsychologie et le Centre Mémoire de ressources et de recherche. Ses travaux de recherche et ses publications concernent la neurologie, la neuropsychologie et la bioéthique.

C'est un véritable guide assorti de témoignages vécus qui est proposé au lecteur soucieux d'enrichir ses connaissances sur sa santé, son équilibre psychique. Il saura ainsi, conseil par son médecin généraliste, quel spécialiste consulter - neurologue ou psychiatre - pour résoudre son problème.
Hubert Déchy, neurologue et interniste depuis trente cinq ans, a exercé à lhôpital universitaire le matin comme consultant neurologue dans un service de médecine interne et laprès-midi à son cabinet libéral dabord en médecine interne puis en neurologie exclusive. Il est lauteur de livres pour le grand public et pour ses confrères, responsable dassociations de formation médicale continue et membre de nombreuses sociétés savantes.